Les pistes de la Messe qui prend son Temps

Tous les samedis, retrouvez sur cette page les pistes pour prier avec la Messe qui prend son Temps :

Messe du 5 avril

Messe du 29 mars

Messe du 22 mars

Messe du 15 mars

Et pour continuer à vivre la MT en communion les uns avec les autres, 2 propositions :

  • Un cahier numérique pour déposer des intentions de prière. Ces intentions seront imprimées et déposées chaque semaine devant l’autel, avec la procession des offrandes, lors de l’eucharistie du dimanche des communautés jésuites de Sèvres (église St Ignace) et d’Assas (Maison Magis).
  • Des petits groupes de partage, via WhatsApp, Zooom, Skype, selon ce qui est choisi par le groupe.

Messe du 05 avril – Dimanche des Rameaux et de la Passion

Rameaux - Entrée à Jérusalem - Arcabas

“Entrée à Jérusalem” – Arcabas vers 1980 huile sur toile

Pendant la Semaine Sainte, nous sommes invités à suivre les méditations proposées par l’église Saint-Ignace, sur le même modèle que celles de la Messe qui prend son Temps.

Du dimanche des Rameaux au lundi de Pâques, seront publiés chaque jour en vidéo et par écrit :

  • Une hymne chantée
  • L’Evangile du jour
  • Un commentaire
  • Des points pour la prière

Pour accéder au contenu de ce dimanche rendez-vous sur le site de Saint-Ignace.

Si vous souhaitez recevoir chaque jour de la Semaine Sainte les méditations par email, vous pouvez vous inscrire sur le site Hozana.

Messe du 29 mars

Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean (Jn 11, 3-7.17.20-27.33b-45)   (la version brève)

En ce temps-là, Marthe et Marie,  les deux sœurs de Lazare, envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »

En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »

Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.

Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »

À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.

Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »

Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »

Marthe reprit :  Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection au dernier jour. »

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? »

Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »

Alors Jésus se mit à pleurer.

Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »

Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.

Jésus dit : « Enlevez la pierre. »

Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. »

Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »

On enleva donc la pierre.

Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.

Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »

Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »

Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire.

Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

Ce passage d’Évangile nous rejoint particulièrement pour deux raisons : Jésus est auprès de ses proches dans un temps d’épreuve et il est question de vie et de mort. Suivons de plus près Jésus…

D’abord, reconnaissons que Jésus est comme nous, il a de très bons amis. Saint Jean dit qu’il aimait (du mot grec agape) Marthe, Marie et Lazare. Marthe et Marie sont présentes chez saint Luc dans un récit bien connu (Luc 10) et plus tard chez saint Jean, où Marie versa un parfum d’un grand prix sur les pieds de Jésus. L’amitié est un moteur dans notre existence. La valeur de la vie est dans la qualité des liens que nous tissons.

Jésus est comme nous. Il éprouve aussi des émotions. Il pleure la mort son ami. Pourquoi pleure-t-il alors qu’il sait que Lazare sera ressuscité ? La disparition de son ami l’émeut, comme tout un chacun. La mort d’un proche est et sera toujours difficile à vivre. On se sent fragile, triste, démuni et parfois désemparé. Cela fait partie de la réalité humaine. Jésus l’a vécu, comme nous. La foi n’est pas un antalgique (un opium !) ou un artifice destiné à occulter les angoisses. La foi est adhésion à Jésus, qui a aussi connu la souffrance et la mort. Dieu n’est pas indifférent à la douleur des hommes. Jésus n’a pas cherché à cacher son émotion. Car si l’émotion peut nous surprendre, nous dérouter, elle est impulsion de la vie qui nous déborde. Nous pouvons contempler Jésus, qui laisse s’exprimer ses émotions.

Mais si Jésus aimait Lazare et ses sœurs, pourquoi avoir attendu deux jours avant de se déplacer ? Parce que chaque acte de Jésus a son heure. Il n’est pas soumis aux contingences du monde ou aux désirs des hommes, mais il est obéissant à la volonté du Père.

Jésus est fidèle au Père. Il est fidèle à ce qu’il y a de plus vrai au fond de lui. Il ne cherche pas à plaire aux autres, ou son bien-être personnel. Etre disciple de Jésus, c’est écouter ce que nous invite le Seigneur au plus profond et s’engager pleinement, avec ce qu’on est, pour accomplir ce qui nous semble important et juste.

Alors Jésus se dirige vers Béthanie, qui se trouve à 3 km de Jérusalem. Il sait qu’il va vers un lieu hostile et dangereux. D’ailleurs, après notre récit, des chefs juifs décideront sa mort. Jésus marche vers la mort pour donner la vie. La croix est en toile de fond de notre passage. La grotte fermée par une pierre, par exemple, anticipe la sépulture de Jésus.

Le retour à la vie de Lazare est le 7ème et dernier signe accompli par Jésus dans l’Evangile de saint Jean. C’est le plus grand : redonner vie à un corps qui commence à se putréfier.

Un signe désigne une réalité plus ample. Que souhaite nous faire comprendre ici Jésus ? Il nous révèle que Dieu est maitre de la vie. Jésus dit qu’il est « la résurrection et la vie » (v. 25). Dieu donne la vie en plénitude, dès maintenant, à condition de le laisser agir en nous. Il offre une vie large,. La mort physique ne peut pas nous éloigner de la communion avec Dieu. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, dit saint Paul (Rm 8,38-39). Le récit nous enseigne aussi autre chose : si nous croyons que Jésus est l’envoyé de Dieu, alors nous verrons la gloire de Dieu. Dit autrement, croire en Jésus permet de reconnaitre Dieu pour ce qu’il est : Il est tout amour ! La joie, l’espérance et l’amour sont plus grands que l’isolement, la fermeture et la fin de tout. Nous aimant sans mesure jusqu’à se faire homme, Dieu ne cesse de nous inviter à dire OUI à une vie authentique, pleine et solidaire. Croire pour voir… Le croyant voit autrement.

Demandons au Seigneur d’augmenter en nous la foi. Si on accueille l’Esprit de Dieu en nous, notre vie a plus de couleurs et de profondeur.

Entendons son appel à la communion, à la vie et à l’espérance.

Une demande de grâce : «  Seigneur, augmente en moi ma foi, car c’est toi qui m’offres la vraie vie »

« Celui que tu aimes est malade »

Entrer dans les sentiments de Jésus. Il a de l’amitié pour Marthe, Marie et Lazare. Ses amitiés l’ont construit et fortifié. Aimer, c’est aussi accepter d’être touché et vulnérable. Voir Jésus s’émouvoir et pleurer. Rendre grâce au Seigneur pour les amitiés qui me sont offertes. Ce sont des cadeaux de Dieu.

Dans le moment d’épreuve que nous traversons, exprimer mes sentiments à Dieu.

« Il demeura encore deux jours à cet endroit »

Jésus reste libre dans ses amitiés. Il est fidèle au Père. Regarder Jésus poursuivre sa mission, dans la confiance. Il désire être à sa juste place. A quoi le Seigneur m’appelle-il à vivre pour ces prochains jours ? Lui demander la grâce de mieux l’écouter et d’agir avec lui, même dans de petites choses.

« Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu »

La foi en Jésus permet de voir Dieu tel qu’il est : non pas un juge impassible, mais un être qui est tout amour et qui nous invite à le rejoindre. Demander à Dieu de faire grandir ma foi. Reconnaître dans ma vie des moments de grâce, où je me sens pleinement dans le présent et aussi comme rattaché à l’éternité. Remercier le Seigneur pour ces temps de paix et de joie profonde.

Messe du 22 mars

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 9, 1.6-9.13-17.34-38) (version brève)

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.

Je vous propose d’entendre ce récit de la guérison de l’aveugle né comme quelque chose qui nous est dit, de la part de l’Evangéliste Jean, sur ce qu’est être croyant, être témoin du Christ.

C’est un long récit. Et il faut sans doute cette longueur pour nous faire entrer dans l’itinéraire de cet homme, qui est celui du croyant. Regardons ce qui lui arrive :

Tout d’abord, il vit quelque chose de bouleversant. Alors qu’apparemment, il n’a rien demandé, Jésus s’approche de lui, lui applique de la boue sur ses yeux, et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Et le texte dit : « à son retour, il voyait ». On peut imaginer ce que cela représente pour cet homme : le monde se dévoile pour lui, avec ses couleurs, ses lignes et ses formes. C’est pour lui sans doute une naissance, un tout nouveau rapport au monde. Et cela, grâce à cet homme qui l’a guéri, dont il ne sait pas grand-chose. Il est tout à fait possible que les uns et les autres, nous ayons vécu quelque chose de semblable dans notre itinéraire de croyant : à un moment, un événement qui nous a fait voir toutes choses un peu autrement, dans une autre lumière, où nous pouvons reconnaître l’œuvre de Dieu, le don de Dieu.

Mais cela n’est qu’une première étape : car la suite du récit montre comment cet homme est aux prises avec des autorités qui acceptent très mal ce qui lui est arrivé, et se refusent à tout prix à voir en Jésus quelqu’un qui fait du bien. Observez ce qui se passe : au début l’homme répond aux questions en rapportant ce qui lui est arrivé. C’est de l’ordre du compte-rendu. Mais au fur et à mesure qu’on le tarabuste, il s’enhardit ; il répond avec de plus en plus de force. Sa première parole engagée, c’est quand il se prononce sur Jésus. Il dit alors simplement « c’est un prophète ». Mais ensuite, il prend de plus en plus d’assurance. Il se met par exemple à interroger ses interrogateurs, à leur renvoyer leurs questions : « Je vous l’ai dit et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? ». Et finalement, il met en cause leur autorité : « voilà ce qui est étonnant ! vous ne savez pas d’où il est et pourtant il m’a ouvert les yeux. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». L’itinéraire que fait cet homme est très étonnant. Lui qui n’était qu’un mendiant, lui qui était considéré comme étant dans le péché depuis sa naissance – comme le diront ceux qui l’interrogent, à la fin – eh bien c’est lui qui en remontre aux autorités. Cela annonce l’audace des témoins du Christ, qui retentira tout au long de l’histoire, et qui sera d’autant plus impressionnante qu’elle concerne des personnes au départ très modestes.

Cela nous dit quelque chose sur ce qu’est être croyant. Ce n’est pas d’abord afficher des convictions de foi : cet homme ne récite pas un credo. Il dit simplement ce qui lui est arrivé. Comment il est aujourd’hui une créature nouvelle à cause de cela.

Parfois nous nous interrogeons : comment partager notre foi à ceux qui nous entourent ? Eh bien voilà une manière de faire qui ne consiste pas à dire ce en quoi on croit, mais ce qui nous est arrivé. Et cela, sans doute, ça intéresse beaucoup vos proches et vos amis.

La dernière chose que je voudrais dire s’appuie sur la finale du récit : ce que Jésus reproche, finalement, à ses détracteurs, ce n’est pas d’être aveugle ; c’est de dire « nous voyons » ; autrement dit, de nier leur aveuglement. Cela aussi nous dit quelque chose de précieux sur l’expérience du croyant : le croyant reste, le plus souvent un homme tout à fait imparfait ; que ce soit à cause de son péché, ou de ses limites. Mais nous sommes invités à un autre rapport avec toute cette part de nous-mêmes que, souvent, nous n’aimons pas, que nous aimerions voir disparaître ; tout ce que nous trouvons mal fichu en nous, et parfois même inacceptable. Or Jésus n’exige pas du tout que cela disparaisse. Simplement, il nous invite à nous rapporter autrement à cette part de nous qui est en souffrance. Et à la considérer comme ce qui, en nous, appelle Dieu. Et ce qui en nous appelle Dieu, c’est peut-être ce qu’il y a de plus vrai, de plus juste en nous. Grâce à cela, nous cessons de nous représenter comme des êtres autosuffisants, mais nous reconnaissons une source à notre vie, quelqu’un qui nous a porté à l’existence, et en qui nous trouverons notre perfection.

Une demande de grâce : « Seigneur que grandisse en moi l’audace du croyant »

1) Rester sur ce qui arrive à cet homme au début du récit : Jésus lui a mis de la boue sur les yeux, il est allé à la piscine de Siloé, il s’y est lavé, et quand il est revenu, il voyait. Reprendre ces différents moments un par un ; et sentir intérieurement ce que cet aveugle a pu éprouver.

2) Regarder ce qui se passe dans les échanges qu’il a avec les autorités religieuses. Dans quelle disposition est-il alors qu’on l’interroge ? Comment répond-il aux questions qu’on lui pose ?

3) Que se passe-t-il quand Jésus retrouve l’aveugle guéri ? Comment voyez-vous cette rencontre ? Qu’éprouve l’aveugle en face de Jésus ?

Messe du 15 mars

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean, ch. 4 (version brève)

En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »

En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ?  Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. Je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.  Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » […]

Laissant là sa cruche, elle revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville et ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Page superbe. De toutes les rencontres de Jésus, celle-ci semble avoir été l’une des plus heureuses et réussies. Un homme, une femme étaient arrivés l’un et l’autre au puits, sous le soleil de midi. Au terme, la femme laissera là sa cruche vide et ni l’un ni l’autre n’auront rien bu. Nous sommes passés d’une soif à une autre. Nous sommes passés de la fatigue du chemin à la joie contagieuse.

Regardons cette femme de Samarie. Cinq maris, et un sixième qui n’est même plus un mari : mais que cherche-t-elle, cette femme ? Que cherche-t-elle, sinon vivre et aimer ? Au fond, que cher­chons-nous tous, hommes et femmes fatigués par la route ? De l’eau en abondance, pour ne plus retourner sans cesse au puits. L’amour, un amour enfin abouti. Oui, mais encore ? Cela suffit-il à dire le fond du désir de l’homme ? La femme de Samarie n’a pas su encore formuler et engager le fond de son désir. Dans notre prière, commençons donc par là : en regardant la multitude humaine en quête de vie, en quête d’amour ; et en posant un regard sur nous-mêmes. À quoi est-ce que j’as­pire ? Quels sont mes manques essentiels, ceux que Dieu seul pour­rait combler ?

Car le fond du désir de l’homme, celui qui va réjouir enfin la Samari­taine et la lancer dans une joie contagieuse, le voilà : il semble que ce soit Dieu. Vous pourrez relire soigneusement cette étonnante conversation, voir comment la femme progresse dans l’identifi­cation de Jésus, en même temps qu’elle se découvre elle-même. Jésus est désigné d’abord comme « juif », puis il devient « Seigneur »« plus grand que notre père Jacob »« prophète »« Christ » ; et l’on ajoutera à la fin qu’il est « Sauveur du monde ». Nulle part ailleurs Jésus n’ira aussi loin dans la révélation explicite de son identité : « Je le suis, moi qui te parle ». Jésus révèle son identité en même temps qu’il conduit la femme à découvrir la sienne propre, là où se manifeste sa peine à vivre, son immense désir insatisfait. Alors la femme pose sa dernière ques­tion : Dieu. Où trouve-t-on Dieu ? Faut-il l’adorer ici plutôt que là ? C’est l’ultime façon de demander : Où trouver l’eau de la vie ? Conduite par Jésus jusqu’à son cœur, là où elle voudrait vivre et déborder de vie, la Samaritaine dit : je désire adorer enfin le Dieu de vérité.

Dans notre prière nous pourrons demander à Jésus qu’il nous révèle le visage de Dieu.

Où habite-t-il, Dieu ? Jésus répond : Dieu t’attend dans ton cœur, c’est là qu’il se propose d’habiter. Tu seras juif ou samaritain, tu seras mu­sulman ou chrétien, tu seras celui qui croit au ciel ou celui qui n’y croit pas : sache que Dieu t’attend pour faire jaillir en toi la vie. Aussi dur que soit ton cœur, il ne sera pas plus dur qu’un rocher au désert, et Dieu en fera « une source jaillissante pour la vie éternelle ». À quelle condition ? Pourvu que tu vives « en esprit et vérité ». Juif ou Samaritain, qui que tu sois, tu goûteras à la vie éter­nelle dès lors qu’au plus intime de toi-même, là où réside ta vérité connue de Dieu seul, tu seras accordé au souffle de l’Esprit. Tu diras oui à la vie, tu diras non au mensonge, et une joie nouvelle t’envahira. Un élan joyeux t’emportera vers tes frères, et eux seront à leur tour remplis de joie.

Dans notre prière, nous pourrons finalement regarder cette femme toute joyeuse, qui laisse là sa cruche vide. Cela me suggère qu’il me faudra peut-être laisser quelque chose derrière moi, rompre avec du passé, oser faire toutes choses nouvelles. Seigneur Jésus, permets que je te rencontre au bord du puits, et viens me lancer dans la vie !

Demande de grâce. « Seigneur, donne-moi de cette eau… »

Arrive une femme de Samarie. Regarder cette femme : lasse de venir puiser, insatisfaite en amour, inquiète de savoir où l’on doit prier Dieu. Elle nous ressemble. Regarder notre humanité, fatiguée, avec ses amours tâtonnants, ses faux dieux, sa quête… Prier pour l’humanité (quelques visages concrets ?). Me pré­senter moi-même devant Jésus, tel que je suis.

« Je le suis, moi qui te parle. » Au terme de la rencontre, Jésus dévoile son identité. Écouter la force des mots. Peut-être Jésus a-t-il quelque chose à me dire ce soir, sur moi, sur lui. Réfléchir.

Laissant là sa cruche, elle revint à la ville… Considérer la joie de la femme, son élan qui va être contagieux. Quels sont les élans qui me portent ? N’y a-t-il pas quelque chose à « laisser là », afin de me lancer dans la vie ?

Pour conclure, parler au Seigneur. On pourra lui confier les catéchu­mènes qui seront baptisés à Pâques, plongés dans l’eau vive.

2020-04-03T19:07:08+02:00