🔮 Mise Ă  jour :  suite aux annonces du gouvernement, et aussi longtemps que dure le couvre-feu Ă  18h, la Messe qui prend son Temps a lieu Ă  15h30. Rendez-vous Ă  l’église Saint-Ignace, inutile de s’inscrire avant.

Pour ceux qui ne peuvent pas se joindre à la MT, le commentaire et les pistes pour prier seront publiés ici.

Messe du 28 février


Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 9, 2-10)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, Ă  l’écart sur une haute montagne.

Et il fut transfiguré devant eux.

Ses vĂȘtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.

Élie leur apparut avec MoĂŻse, et tous deux s’entretenaient avec JĂ©sus.

Pierre alors prend la parole et dit Ă  JĂ©sus :

« Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour MoĂŻse, et une pour Élie. »

De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur Ă©tait grande.

Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »

Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que JĂ©sus seul avec eux.

Ils descendirent de la montagne, et JĂ©sus leur ordonna de ne raconter Ă  personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscitĂ© d’entre les morts.

Et ils restĂšrent fermement attachĂ©s Ă  cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

 Commentaire du pÚre Gabriel Pigache sj

MystĂšre
 En JĂ©sus, comme en tout homme et en toute femme, rĂšgne une part imprenable, un grand mystĂšre. Notre origine et notre devenir, le sens de nos vies nous Ă©chappe ! Que faisons-nous sur cette terre ? Voulons-nous le comprendre ? peut-ĂȘtre
mais nous en saisirons peu de chose 
 JĂ©sus lui-mĂȘme, qui pourtant prend peu Ă  peu conscience de sa mission, lui l’Elu de Dieu, fut comme nous traversĂ© par la question du sens de sa vie. Dans le chapitre prĂ©cĂ©dant, au chapitre 8 de l’Evangile de Marc, il posait d’ailleurs Ă  ses disciples la question : « pour vous, qui suis-je ? ». Or seul Pierre rĂ©pond, « tu es le Christ !», avant de se mĂ©prendre sur le sens de cette expression.

JĂ©sus tente aujourd’hui de prĂ©senter Ă  ses amis les plus proches, Pierre, Jacques et Jean, le sens de sa mission et de sa vie. Que signifie « ĂȘtre le Christ » ? Pour partager cela Ă  d’autres, JĂ©sus (tout comme Abraham au pays de Moriah, cf la 1Ăšre lecture) prend les grands moyens : il emmĂšne avec lui ses proches et va Ă  l’écart sur la Montagne. Il se prĂ©sente tel qu’il est : l’ami de MoĂŻse et de Elie -c’est-Ă -dire, dans la foi d’IsraĂ«l, proche des deux plus grands auteurs de la Bible- et tout comme eux, incandescent de la lumiĂšre de Dieu. Mais face Ă  cette scĂšne, Pierre ne sait pas quoi dire et bafouille une invitation, tandis que Jacques et Jean sont effrayĂ©s. Au fond, JĂ©sus a-t-il rĂ©ussi, comme il semble en avoir eu l’intention, Ă  se faire connaĂźtre Ă  ses amis en tant que « Christ » ?

La fin du rĂ©cit montre comment se rĂ©vĂšle en vĂ©ritĂ© une vocation : par surprise ! Pour JĂ©sus comme pour Abraham : une voix venue du ciel, qui dissipe le brouillard. Parole adressĂ©e en je – « mon Fils bien aimĂ© » – aux tĂ©moins de la scĂšne – les disciples- : « Ă©coutez-le ! », et qui laisse les disciples seuls avec « JĂ©sus seul ». « Seuls avec le seul » : les conditions sont rĂ©unies pour que les disciples dĂ©couvrent leur vocation de disciples, d’amis intimes de JĂ©sus.

Entre JĂ©sus et ses disciples, un serment : « ne raconter Ă  personne ce qu’ils ont vu, avant que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts ». Mais, nous dit le texte, « ils se demandaient entre eux ce que signifiait ressusciter d’entre les morts ». Dans leur rencontre « surprise » avec Dieu, et Ă  avec JĂ©sus, les voilĂ  engagĂ©s vers un nouvel horizon : comprendre ce que signifie « ressusciter d’entre les morts ».

Entrer en relation, se faire connaĂźtre auprĂšs d’autres tels que je suis, ou tel que je crois me connaĂźtre, cela n’est pas simple
 Je peux bien essayer de me prĂ©senter Ă  travers mes relations, Ă  travers mes parents, frĂšres et sƓurs, avec mes amis
 mais la plus grande part de moi-mĂȘme reste un mystĂšre et souvent l’objet de grands malentendus. C’est lĂ  justement, qu’ « une voix se fait entendre » et me prĂ©sente le Fils, pour qu’enfin je l’écoute. Saurais-je entendre cette voix et Ă©couter le Fils ? Dans le temps qui me sĂ©pare de PĂąques, le carĂȘme est un temps privilĂ©giĂ© : Ă  l’écoute des Ecritures, dans la priĂšre et en Eglise, en contemplant la puissance crĂ©atrice de la rĂ©surrection, apprendre Ă  m’incliner devant le mystĂšre de Dieu. Laisser tomber les images de moi-mĂȘme et de Dieu, entendre la voix du PĂšre me dire « Celui-ci est mon Fils bien-aimĂ© ». Le carĂȘme est un temps privilĂ©giĂ© pour me prĂ©parer Ă  entrer dans une nouvelle histoire, Ă  la suite du RessuscitĂ©.

Demande : Fais-moi trouver dans ta parole, Seigneur, la nourriture dont ma foi a besoin pour discerner ta gloire Ă  l’Ɠuvre dans les Ă©vĂšnements ordinaires.

JĂ©sus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, Ă  l’écart sur une haute montagne

JĂ©sus dĂ©sire tisser avec Pierre, Jacques et Jean une relation plus intime. Pour cela, il les emmĂšne seuls et Ă  l’écart. Saurais-je me retirer moi aussi de la foule, Ă  l’écart, et prendre le risque de tisser une relation avec un ami ou avec une amie ? Voire de parler Ă  Dieu comme un ami parle Ă  un ami ?

Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre

Accepter l’autre radicalement diffĂ©rent.e de ce que j’imaginais de lui ou d’elle, cela ne se fait pas en un jour.  Consentir Ă  la rĂ©alitĂ© quand elle m’échappe, cela prend du temps. Quelles rencontres me troublent aujourd’hui ? Quels Ă©vĂšnements me dĂ©stabilisent ? Comme Pierre, j’en parle au Seigneur


JĂ©sus leur ordonna de ne raconter Ă  personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscitĂ© d’entre les morts.

Dans l’ordinaire des jours de carĂȘme, tendu vers la mort et la rĂ©surrection de JĂ©sus, contempler la puissance cachĂ©e de la divinitĂ© du Christ dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre en toute crĂ©ation. En parler Ă  mon Dieu comme un ami parle Ă  son ami.

Messe du 21 février


Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 12-15)

JĂ©sus venait d’ĂȘtre baptisĂ©.

AussitĂŽt l’Esprit le pousse au dĂ©sert et, dans le dĂ©sert, il resta quarante jours, tentĂ© par Satan.

Il vivait parmi les bĂȘtes sauvages, et les anges le servaient.

AprĂšs l’arrestation de Jean, JĂ©sus partit pour la GalilĂ©e proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait :

« Les temps sont accomplis : le rÚgne de Dieu est tout proche.

Convertissez-vous et croyez Ă  l’Évangile. »

  Commentaire du pÚre Etienne Grieu sj

Ce petit passage d’Evangile se situe juste aprĂšs le baptĂȘme de JĂ©sus. Donc, tout au dĂ©but de sa vie publique. JĂ©sus est encore seul. Pas de disciple ni de foule autour de lui. Et ce qui nous est donnĂ© Ă  mĂ©diter, c’est l’écho d’une Ă©preuve assez terrible que JĂ©sus eut Ă  traverser.

Parfois, on peut avoir en tĂȘte une image de JĂ©sus qui ne touche pas vraiment terre : qui se promĂšne dans l’humanitĂ© comme sur un coussin d’air. Il n’est pas vraiment inquiĂ©tĂ© par ce qui arrive, il est bien au-dessus de tout cela. Est-ce une image juste, quand on s’arrĂȘte sur le texte d’Evangile qui nous est proposĂ© aujourd’hui ? Certainement pas. Car mĂȘme si Ă  partir de ce que nous venons d’entendre, il n’est pas facile de savoir exactement ce qui s’est passĂ© pour JĂ©sus, ce qui est sĂ»r c’est qu’il s’est passĂ© quelque chose de redoutable pour lui, entre son baptĂȘme et son entrĂ©e dans la vie publique. Et ce quelque chose c’est une Ă©preuve : il fut « tentĂ© par Satan ». Marc ne prĂ©cise pas plus. Mais ce qui est clair, c’est qu’il a vraiment Ă©tĂ© tentĂ©, et sans doute secouĂ© comme un prunier.

Comment JĂ©sus, lui qui est si prĂšs du PĂšre, a-t-il pu ĂȘtre tentĂ© ? S’il est d’emblĂ©e tout en Dieu, comment la tentation peut-elle l’effleurer ? Eh bien, c’est qu’il est vraiment l’un de nous ; il est vraiment de notre chair. Il n’avait pas par derriĂšre une assurance qui lui permettait de traverser tous les obstacles le cƓur lĂ©ger. Et comme avec nous le diable est trĂšs malin, il l’a Ă©tĂ© sans doute encore plus pour JĂ©sus. Le diable nous aborde trĂšs souvent Ă  partir de notre rĂ©alitĂ©. Il y a trĂšs souvent du vrai dans ce qu’il dit, c’est pourquoi prĂ©cisĂ©ment il peut avoir prise sur nous. Et ce qu’il fait, c’est d’essayer de retourner notre rĂ©alitĂ© contre Dieu : « tu manques de confiance en toi ? Mais comment Dieu a-t-il pu te crĂ©er ainsi ? Ce n’est pas possible. Et d’ailleurs, regarde, tu ne vaux rien du tout, tu n’aurais mĂȘme pas dĂ» avoir le droit d’exister ». « Tout te rĂ©ussit ? C’est gĂ©nial ; tu es vraiment trĂšs bon tu sais ; bien meilleur que tous les autres. Regarde-les : Ă  cĂŽtĂ© de toi, personne n’est Ă  la hauteur ». L’obsession du diable c’est de sĂ©parer : sĂ©parer les hommes de Dieu, nous sĂ©parer entre nous, nous sĂ©parer de nous-mĂȘmes. Et sans aucun doute, le diable a-t-il essayĂ© de sĂ©parer JĂ©sus de son PĂšre, et de le sĂ©parer de l’humanitĂ©, de nous.

A contrario, quand, quelques lignes plus loin, on entend JĂ©sus qui va en GalilĂ©e pour commencer Ă  proclamer l’Evangile, nous est donnĂ© le fruit de ce combat : JĂ©sus a refusĂ© de se laisser sĂ©parer, au contraire, il va vers ses frĂšres, avec cette passion de les rejoindre, de rejoindre jusqu’au dernier, qu’il manifeste tout au long de sa vie. Et quand il parle, ce qu’il annonce c’est la proximitĂ© de Dieu : « le RĂšgne de Dieu est tout proche ». Le RĂšgne de Dieu, c’est quand l’Alliance (cette Alliance dont il Ă©tait question dans la premiĂšre lecture) entre Dieu et l’humanitĂ© prend forme, quand elle passe vraiment dans la rĂ©alitĂ©. Et JĂ©sus appelle Ă  se prĂ©parer Ă  l’accueillir. Si JĂ©sus peut annoncer ainsi le renouement de l’Alliance c’est qu’il est lui-mĂȘme Alliance. En sa personne il est Alliance, lien indestructible entre le PĂšre et l’humanitĂ©. Or cette Alliance a Ă©tĂ© Ă©prouvĂ©e. Elle a rĂ©sistĂ© aux pires attaques de Satan. JĂ©sus ne s’est laissĂ© sĂ©parer ni de nous, ni du PĂšre. C’est Ă  partir de lĂ  qu’il peut annoncer des retrouvailles entre Dieu et nous, qu’il peut ĂȘtre pour nous, rĂ©conciliation. C’est que lui-mĂȘme s’est montrĂ© plus fort que tout ce qui peut nous sĂ©parer.

A partir de lĂ , on comprend pourquoi Marc dit que c’est l’Esprit qui a poussĂ© JĂ©sus au dĂ©sert. Sans doute, JĂ©sus devait-il affronter, tout au dĂ©but de sa mission, cette Ă©preuve qui fait croire qu’on est sĂ©parĂ© de Dieu et de l’humanitĂ©, afin de pouvoir, tout Ă  la fin, rĂ©sister Ă  la mĂȘme tentation, quand il est sur la croix. Et du coup, toute sa vie pourra ĂȘtre, pour tous, chemin de retrouvailles avec Dieu, invitation Ă  retrouver la proximitĂ© avec Dieu Ă  laquelle nous sommes destinĂ©s.

Cette proximitĂ© elle nous est donnĂ©e grĂące Ă  ce combat du Christ. GrĂące Ă  lui elle nous rejoint. Accueillons-lĂ . Le CarĂȘme est fait pour cela. Profitons-en, largement !

Pour ce temps de priĂšre, je vous propose de demander au Seigneur la grĂące de reconnaĂźtre les combats spirituels qui sont les vĂŽtres, afin de vous y livrer en confiance.

1. Voir JĂ©sus dans le dĂ©sert. Se reprĂ©senter ce dĂ©sert. Vous pouvez vous reprĂ©senter vous-mĂȘme, marchant dans ce dĂ©sert, ou autrement. Comment vous sentez-vous dans ce dĂ©sert ?

2.  Considérer comment Jésus est tenté par Satan. Il a un combat à mener. Comment voyez-vous Jésus dans ce combat ? Que peut-il alors vivre et ressentir ?

3.  Et auprĂšs de JĂ©sus, il y a des bĂȘtes sauvages et des anges. Environnement contrastĂ© ! Quelle peut ĂȘtre l’attitude de JĂ©sus au milieu de tout cela ?

4.  Entendre ensuite l’Evangile qu’il annonce (c’est Ă  la fin du texte). Laissez-le retentir pour vous.

Messe du 14 février

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 40-45)

En ce temps-là, un lépreux vint auprÚs de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »

Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »

À l’instant mĂȘme, la lĂšpre le quitta et il fut purifiĂ©.

Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitÎt en lui disant :

« Attention, ne dis rien Ă  personne, mais va te montrer au prĂȘtre, et donne pour ta purification ce que MoĂŻse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un tĂ©moignage. »

Une fois parti, cet homme se mit Ă  proclamer et Ă  rĂ©pandre la nouvelle, de sorte que JĂ©sus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait Ă  l’écart, dans des endroits dĂ©serts.

De partout cependant on venait Ă  lui.

Commentaire du pĂšre Jacques Enjalbert sj

La justesse d’une foi qui franchit tous les obstacles


Voici qu’un lĂ©preux vient trouver JĂ©sus. Cet acte mĂȘme peut nous paraitre aujourd’hui naturel, mais il ne l’est pas du tout au temps de JĂ©sus. La lĂšpre Ă©tait perçue dans la loi juive comme une impuretĂ© qui sĂ©parait celui qui en Ă©tait atteint du Dieu « Saint ». Et toute impuretĂ© Ă©tait la marque visible d’un pĂ©chĂ©, commis soit par le malade lui-mĂȘme, son entourage, son ascendance
 Tous ceux qui le touchaient ou s’en approchaient devenaient eux-mĂȘmes impurs Ă  son contact
 Seul le prĂȘtre Ă©tait habilitĂ© Ă  « purifier » le lĂ©preux.  Il faut donc beaucoup d’audace au lĂ©preux, avec tout le poids social sur son impuretĂ© et sa culpabilitĂ©, pour enfreindre la Loi, s’approcher de JĂ©sus et s’adresser Ă  lui.

« Si tu le veux, tu peux me purifier » s’écrie-t-il pourtant en tombant aux genoux de JĂ©sus. Contemplons sa parole et son geste, l’immense confiance en JĂ©sus qui l’habite. L’homme ne doute pas. Il n’exige rien, dans ces simples mots, il manifeste Ă  la fois que Dieu seul peut tout, que nul ne saurait le contraindre et que JĂ©sus est de Dieu. Sa parole rĂ©vĂšle Ă  JĂ©sus qu’il lui suffit de vouloir pour pouvoir. Sa foi voit dĂ©jĂ  en lui, le Christ, prĂȘtre, prophĂšte et roi au nom du PĂšre des cieux ; celui qui est de Dieu.

N’ai-je pas Ă  apprendre de lui la foi, l’apprendre de personnes plus Ă©prouvĂ©es ou rĂ©prouvĂ©es que moi
 ? Apprendre cette entiĂšre confiance et Ă  me remettre dans les mains aimantes de Celui qui peut tout
 sans rien exiger pour autant ?

Un Dieu aux entrailles de mĂšre

JĂ©sus est saisi de compassion, nous dit la traduction liturgique du verbe grec ÏƒÏ€Î»Î±ÎłÏ‡ÎœÎčÎ¶Î”ÎŻÏ‚ – splankhnidzeis / ĂȘtre remuĂ© aux entrailles comme une mĂšre ; exact renvoi au terme hĂ©breu ŚšŚ—ŚžŚ™Ś – rahamim / sein maternel, utĂ©rus, entraille que l’on retrouve dans la Torah pour dire le lien qui unit Dieu Ă  son peuple, un Dieu saisi aux profondeurs de son ĂȘtre Ă  la vue de ses enfants par le mĂȘme lien charnel et viscĂ©ral qui unit la mĂšre Ă  l’enfant qu’elle porte en son sein.

L’émotion profonde face Ă  la vĂ©ritĂ© et la foi de cet homme est la source de l’agir de JĂ©sus. La compassion nous prend et nous dĂ©passe infiniment. On ne dĂ©cide pas d’ĂȘtre pris aux entrailles. Le geste et la parole de JĂ©sus en rĂ©ponse viennent comme l’acte-mĂȘme de Dieu qui ne peut nous abandonner ou nous laisser voir la corruption sans se porter au-devant de nous : « Je le veux, sois purifiĂ© » dit JĂ©sus tout en touchant le lĂ©preux. A cet endroit, il n’y a plus aucune loi, impuretĂ© ou pĂ©chĂ© qui tiennent, seul se dit le lien recrĂ©ateur de l’amour. Voici l’homme guĂ©rit

Oui contemplons ici en JĂ©sus la vĂ©ritĂ© Ă©tonnante d’un Dieu qui se laisse toucher
 et ne peut que se porter au-devant de tout humain blessĂ©, dans un amour qui seul purifie de tout mal


Les conditions de la Parole vraie qui crée et recrée

Pourtant, Ă  peine l’homme guĂ©rit, JĂ©sus le rudoie et le renvoie. Pourquoi donc ?  JĂ©sus regretterait-il un geste qui lui aurait Ă©chappĂ© ? Dieu se repentirait-il de l’amour qu’il Ă©prouve pour nous ? Nous sentons bien que cela ne peut tenir
 Alors, n’est-ce pas qu’à l’endroit de cette guĂ©rison, JĂ©sus par sa rudesse appelle Ă  comprendre que, plus que le geste, c’est la Parole de Dieu mĂȘme qui nous crĂ©e et nous recrĂ©e. Et c’est cela qu’il est venu nous annoncer d’abord, jusqu’à la CĂšne et Ă  la Croix
 Ici, son geste pourrait ĂȘtre sujet Ă  mĂ©sinterprĂ©tation et c’est pourquoi il envoie l’homme faire constater sa guĂ©rison par le prĂȘtre pour sa rĂ©intĂ©gration dans la communautĂ© des croyants, comme le prescrit la Loi.

Le lĂ©preux, lui, tout Ă  sa joie, ne respecte cependant pas la consigne reçue et se met mot Ă  mot Ă  proclamer beaucoup de choses et Ă  divulguer la parole. Du coup c’est au tour de JĂ©sus de se retrouver impur, comme pestifĂ©rĂ© puisqu’il s’est laissĂ© toucher et l’a touchĂ©, obligĂ© d’ĂȘtre tenu Ă  l’écart des autres humains. Le voilĂ  qui, innocent, prend sur lui le mal d’autrui, en filigrane du drame de la croix
 Et il ne peut plus proclamer l’Evangile de Dieu. Quel contraste avec l’homme qui, pour sa part, ne proclame plus que des choses et rĂ©pand la parole
 L’unitĂ© fondamentale entre parole et geste qui vient de la tendresse profonde de Dieu, du lien d’amour qu’il nous porte ne peut plus opĂ©rer ouvertement.  JĂ©sus n’agit en plĂ©nitude qu’au cƓur d’une relation unique et personnelle Ă  chacun de nous, par la Parole qu’il porte et qu’Il est et qui nous recrĂ©e. L’enjeu est la vĂ©ritĂ© de cette relation. La coĂŻncidence retrouvĂ©e entre Lui et nous, entre paroles exprimĂ©es et dĂ©marche de tout l’ĂȘtre et qui a pour nom l’amour
 DĂ©finition du lien de la foi sans laquelle Dieu ne peut pleinement nous sauver. Et rĂ©vĂ©lation que ce n’est qu’aux marges, aux lieux de pauvretĂ© d’une relation un Ă  un que JĂ©sus peut pleinement parler et agir
 Loin du brouhaha du spectaculaire, de la rĂ©assurance oĂč l’homme se replace au centre plutĂŽt qu’il ne s’efface.

Mais une autre puissance est l’Ɠuvre. Celle de l’Esprit qui attire Ă  JĂ©sus, au lieu secret de l’attente en chacun d’une parole, d’une relation qui sauve et me fait quitter ma vie ordinaire pour venir personnellement Ă  JĂ©sus. « Dis seulement une parole, et je serai guĂ©ri » disons-nous Ă  la suite du Centurion avant de communier


Je demande une grĂące : Seigneur donne-moi de grandir dans la foi que tu nous sauves !

La justesse d’une foi qui franchit tous les obstacles : Je vois le lĂ©preux qui se jette au pied de JĂ©sus.  J’entends ses paroles
 Puis-je me lancer vers JĂ©sus comme lui ? N’ai-je pas Ă  apprendre de lui la foi, apprendre de personnes Ă©prouvĂ©es ou rĂ©prouvĂ©es cette entiĂšre confiance. Puis-je me remettre dans les mains aimantes de Celui qui peut tout et sans rien exiger pour autant ?

Un Dieu aux entrailles de mĂšre : Je contemple la rĂ©ponse de JĂ©sus mĂ» aux entrailles, saisi de compassion
 Quelle Ă©motion le traverse ? Je le vois rĂ©pondre au lĂ©preux, le toucher
 Et celui-ci est guĂ©ri. Je mesure la vĂ©ritĂ© Ă©tonnante d’un Dieu qui se laisse toucher. Il ne peut que se porter au-devant de l’humain blessĂ© et cet amour purifie de tout mal


Les conditions de la Parole vraie qui crĂ©e et recrĂ©e : JĂ©sus renvoie l’homme en le rudoyant, l’invitant Ă  se montrer aux prĂȘtres. Mais lui rĂ©pand la nouvelle. Est-elle encore proclamation de la Bonne Nouvelle ? Que lui manque-t-elle ? Je contemple en contraste JĂ©sus, Ă  l’écart, qui a pris sur lui notre mal
 Et comme sa Parole attire Ă  lui


Messe du 7 février

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 29-39)

En ce temps-lĂ , aussitĂŽt sortis de la synagogue de CapharnaĂŒm, JĂ©sus et ses disciples allĂšrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’AndrĂ©. Or, la belle-mĂšre de Simon Ă©tait au lit, elle avait de la fiĂšvre.
AussitĂŽt, on parla Ă  JĂ©sus de la malade. JĂ©sus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fiĂšvre la quitta, et elle les servait.

Le soir venu, aprĂšs le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui Ă©taient atteints d’un mal ou possĂ©dĂ©s par des dĂ©mons. La ville entiĂšre se pressait Ă  la porte.
Il guĂ©rit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de dĂ©mons ; il empĂȘchait les dĂ©mons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il Ă©tait.

Le lendemain, JĂ©sus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit dĂ©sert, et lĂ  il priait.
Simon et ceux qui Ă©taient avec lui partirent Ă  sa recherche.
Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. »
JĂ©sus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que lĂ  aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »

Et il parcourut toute la GalilĂ©e, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les dĂ©mons.

Commentaire d’Emmanuelle MaupomĂ©, soeur auxiliatrice

Marc 1, 29-39 : une journée de Jésus

Quand on contemple JĂ©sus et sa folle activitĂ© dans ce passage de l’Evangile de Marc, il semble que l’on entend le rire de la Vie qui se propage de proche en proche comme une cascade, comme une contagion de joie divine… La belle- mĂšre de Pierre se lĂšve et sert, les malade sont guĂ©ris, les dĂ©mons se taisent, la ville entiĂšre se presse, et JĂ©sus va encore ailleurs, plus loin, pour que ailleurs encore la Vie, sa Vie se rĂ©pande et que l’Evangile soit annoncĂ©…

Lui, JĂ©sus il est partout : il est dans la maison, et il est hors de la maison, il est au dĂ©sert et sur les routes, il est lĂ  le jour et il est lĂ  aussi la nuit, il est lĂ  dans l’action et il est lĂ  dans la priĂšre, il est lĂ  qui se laisse toucher, et il est lĂ  qui Ă©chappe aussi Ă  toute prise…En Lui pourtant, toutes ces oppositions : dedans/dehors, action/priĂšre, nuit et jours, toutes ces tensions, semblent s’apaiser…

Alors nous, nous qui sommes des disciples parfois bien agitĂ©s par nos activitĂ©s, nos rencontres, nos prĂ©occupations, nous pouvons nous demander : comment fait- il ? Comment fait- il pour rester juste au cƓur de toute cette activité ? Comment fait- il pour que le rire de la vie en Lui ne se crispe pas Ă  cause de la fatigue, de la confrontation mĂȘme Ă  la souffrance d’autrui ? Comment fait- il pour discerner le moment juste oĂč il lui faut rĂ©pondre Ă  la soif de la foule, des malades qui se pressent et le moment juste pour se refuser Ă  cette soif et aller au dĂ©sert ou ailleurs ? Comment fait- il pour se donner ainsi, tout Ă  tous, et demeurer pourtant appuyĂ©, ancrĂ© sur son PĂšre ? Et nous pouvons rĂȘver aussi d’ĂȘtre comme JĂ©sus : serein de sa sĂ©rĂ©nitĂ© active,, lestĂ©s comme lui d’une ancre secrĂšte qui plongerait en son cƓur et nous permettrait d’aimer sans fatigue, de nous donner sans tension, sans dispersion. Mais comment faire ?

Ecoutons JĂ©sus : pour façonner ses disciples Ă  son image, Il ne leur donne pas un long enseignement sur la Confiance ou sur la priĂšre : Il ne leur dit rien d’autre que « allons ailleurs ». C’est-Ă -dire qu’il n’est d’autre maniĂšre pour apprendre le chemin que le chemin lui-mĂȘme, mais derriĂšre Lui. Il n’est pas d’autre maniĂšre d’apprendre l’Ă©quilibre en Dieu, que de consentir Ă  se laisser dĂ©sĂ©quilibrer par la route, par la mission, par la priĂšre Ă  sa suite. Pas d’autre maniĂšre que de se laisser dĂ©sĂ©quilibrer mais aussi ramener Ă  l’Ă©quilibre par Lui, Ă  chaque pas, sans rĂȘver d’une stabilitĂ© dĂ©finitive qui ne tiendrait au fond qu’Ă  notre propre sagesse. Il n’est pas d’autre chemin pour le disciple, pour chacun de nous, que de marcher, mais marcher derriĂšre Lui, les yeux fixĂ©s sur Lui, rivĂ©s sur Lui qui va devant …

Fixer les yeux sur lui, pour apprendre Ă  marcher avec lui, pour apprendre sa maniĂšre de marcher et de vivre, c’est prĂ©cisĂ©ment cela qui nous est proposĂ© maintenant avec ce temps de priĂšre…

Emmanuelle Maupomé, St Ignace, 7 février 2021

FĂȘte de la Bienheureuse Marie de la Providence

Je demande une grùce, par exemple : la grùce de pouvoir me rendre vraiment présent/e à Jésus qui parle, qui guérit, qui prie, avec tout ce que je suis, pour apprendre de Lui qui Il est vraiment.

1/ JĂ©sus s’approcha et la saisit par la main

Je regarde JĂ©sus, tous ceux qui sont là : les disciples, la famille, et puis cette femme allongĂ©e, malade.  J’imagine les gestes des uns et des autres, jusqu’à ce moment oĂč JĂ©sus s’approche, prend la main de cette femme, la relĂšve… Qu’est-ce que j’éprouve en regardant cela : Ă©tonnement, admiration, joie, autre chose ? J’accueille ce qui vient ainsi en moi.

2/ Le soir venu, (…) la foule entiĂšre se pressait Ă  la porte

La foule entiĂšre se presse : c’est une foule avec des malades, des gens atteints de toutes sortes de maladies, de fatigues physiques, psychiques sans doute aussi. Je peux imaginer ces malades du  temps de JĂ©sus : les aveugles, les boiteux, les paralytiques, les possĂ©dĂ©s. Et je peux amener aussi tous les malades et les fatiguĂ©s d’aujourd’hui : ceux que je connais, dont je suis proche, moi peut-ĂȘtre… Je les amĂšne à  JĂ©sus, je les lui prĂ©sente, je prie pour eux, avec eux….

3/ JĂ©sus priait…. « Tout le monde te cherche »… « Allons ailleurs ! »

C’est la nuit, le dĂ©sert et JĂ©sus prie… Je prends le temps de dĂ©couvrir JĂ©sus qui prie, avec les disciples qui le dĂ©couvrent… Puis j’écoute leur dialogue « tout le monde te cherche… Allons ailleurs ! » Qu’est-ce qui pousse ainsi JĂ©sus ailleurs, vers d’autres qui l’attendent ? Et moi, quel est l’ailleurs oĂč je me sens invitĂ©/e Ă  aller aujourd’hui ?

Messe du 31 janvier

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 21-28)

JĂ©sus et ses disciples entrĂšrent Ă  CapharnaĂŒm.

AussitĂŽt, le jour du sabbat, il se rendit Ă  la synagogue, et lĂ , il enseignait.

On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.

Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier :

« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. »

JĂ©sus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. »

L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui.

Ils furent tous frappĂ©s de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? VoilĂ  un enseignement nouveau, donnĂ© avec autoritĂ© ! Il commande mĂȘme aux esprits impurs, et ils lui obĂ©issent. »

Sa renommée se répandit aussitÎt partout, dans toute la région de la Galilée.

Commentaire du pĂšre Miguel Roland-Gosselin sj

Vous savez que la premiĂšre lecture est choisie, le dimanche, pour le lien qu’elle permet d’établir avec l’évangile. Elle oriente notre comprĂ©hension de l’évangile. Exemple : cet Ă©pisode de guĂ©rison, par quel biais faut-il l’envisager ? Pourquoi l’Église l’a-t-elle retenu aujourd’hui ? RĂ©ponse : voyez cette « autorité » de JĂ©sus, voyez avec quelle puissance il parle et il agit, et comprenez qui il est ; il est celui que Dieu avait annoncĂ© Ă  MoĂŻse, le « nouveau prophĂšte », ce mystĂ©rieux personnage qui viendrait un jour arracher les hommes Ă  la mort. « Je ne veux pas mourir », disaient le peuple d’IsraĂ«l au dĂ©sert. « Vous faites bien de dire cela », avait rĂ©pondu Dieu ; vous faites bien, car vous n’ĂȘtes pas faits pour la mort mais pour la vie. Et Dieu s’était engagé : je vous enverrez un prophĂšte vĂ©ritable, celui qui parlera vraiment au nom de Dieu, celui dont les mots auront la puissance de Dieu. JĂ©sus est l’accomplissement des Écritures.

Vous n’ĂȘtes pas faits pour mourir. Et JĂ©sus le Vivant va donc affronter la mort. Il va l’affronter d’abord par des mots, par des paroles d’enseignement qui ont « autorité ». Les foules sont frappĂ©es par cette autorité : quand cet homme-lĂ  parle, ses paroles sonnent vrai ; on entend qu’elles viennent de loin ; on entend que ce qu’il dit n’est pas puisĂ© dans son propre fond. Cet homme-lĂ  parle de plus loin que lui. Il est un passeur de vie. Il nous donne des mots oĂč l’on entend Dieu lui-mĂȘme, source de vie. N’est-ce pas cela, parler avec autorité ? Rien Ă  voir avec la parole d’une puissant, la parole d’un dominant. Laissez cela aux scribes ! La parole d’autoritĂ© est humble, juste, vivifiante. Celui qui parle ainsi est en Ă©troite parentĂ© avec l’auteur de la vie. Il nous « autorise » Ă  avancer ; c’est cela une parole « d’autorité ».

Ce point pourrait faire l’objet d’un premier moment de priĂšre. Nous pourrions contempler JĂ©sus dans sa parole vivifiante, ferme, exigeante, exactement ajustĂ©e pour faire grandir les gens et les lancer dans l’existence. JĂ©sus « passeur » de vie. Et si cela nous aide, nous pourrons faire un petit dĂ©tour pour nous rappeler le visage de quelques personnes qui ont Ă©tĂ© pour nous des « passeurs », de belles figures d’autoritĂ©.

Et puis il y a ce tĂȘte-Ă -tĂȘte avec l’homme possĂ©dĂ© par un esprit impur. Cet homme, bien sĂ»r, nous reprĂ©sente tous. Il est, selon saint Marc, le premier d’entre nous que le Christ va libĂ©rer de sa mort, qu’il va arracher au dĂ©mon mortel qui peut ronger un homme. Curieusement, le dĂ©mon se dĂ©fend ; on dirait que le malheureux possĂ©dĂ© s’arc-boute devant JĂ©sus pour ne pas le laisser approcher. Comme si la mĂȘme humanitĂ© qui dit « Je ne veux pas mourir » allait se dresser contre JĂ©sus pour l’empĂȘcher de faire son Ɠuvre de vie. C’est exactement ce qui va se passer. Tout l’évangile racontera cela : JĂ©sus arrive avec une puissance de vie, et l’humanitĂ©, possĂ©dĂ©e par ses dĂ©mons, va tenir tĂȘte Ă  JĂ©sus et le rejeter. C’est qu’il en coĂ»te de choisir la vie et de renoncer Ă  son existence de pĂ©ché ! C’est que nous y tenons, Ă  nos dĂ©mons ! GrĂące Ă  Dieu, JĂ©sus dira sur la croix que l’humanitĂ© ne « savait pas » ce qu’elle faisait. Nous ne savons pas, mais les dĂ©mons qui nous dĂ©chirent le savent : « Je sais qui tu es ! »

Il y a peut-ĂȘtre lĂ  une deuxiĂšme matiĂšre pour notre priĂšre. Nous pourrions regarder l’humanitĂ©, la belle humanitĂ© qui tient tĂȘte Ă  la vie, qui cĂšde Ă  ses dĂ©mons, qui est possĂ©dĂ©e par
 Ă  vous de voir : l’orgueil, la jalousie, toutes les « puissances et dominations » dont parle saint Paul. Nous porterons un regard sans concession sur les folies du monde et, au nom de l’humanitĂ© blessĂ©e, au nom de tous ceux qui souffrent, nous lancerons Ă  JĂ©sus un vibrant : « Je ne veux pas mourir ».

Et il restera encore une phrase Ă  entendre, la plus vigoureuse et salutaire qui soit : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » C’est un ordre impĂ©rieux et tranchant. Y a-t-il des dĂ©mons qui nous rongent (quels sont-ils ?), des peurs qui nous retiennent (quelles sont-elles) ? Une chose est sĂ»re, rien de tout cela ne fait le poids devant le Christ. Il « commande mĂȘme aux esprits impurs », rien de nos petitesses et de nos folies ne dĂ©borde sa bontĂ© et sa puissance. Mais ce « Tais-toi ! » qui chasse les dĂ©mons, ce « Tais-toi ! » qui guĂ©rit et libĂšre un homme, ne faudra-t-il pas que nous le prononcions nous aussi ? Pour notre bien et pour celui du monde, le chemin de la vie n’exige-t-il pas de notre part quelques vigoureuses et tranchantes dĂ©cisions d’autorité ? Dire non Ă  ceci, non Ă  cela. Cela peut s’envisager, avec une grande confiance en la bontĂ© et en la douceur de Dieu, du Dieu de JĂ©sus-Christ.

Demander une grùce : « Seigneur, libÚre-moi (libÚre-nous) des puissances du mal et des inspirations mauvaises. »

« Il enseignait en homme qui a autoritĂ©. » Les foules admirent en JĂ©sus une « autorité ». Laisser monter en moi tout ce que je sais de lui, le contempler : vais-je partager l’admiration des foules ?

« Je ne veux pas mourir. » C’est un cri de l’humanitĂ© (1Ăšre lecture). ConsidĂ©rer notre monde avec son virus d’aujourd’hui et ses dĂ©mons de toujours, avec toute sa peine Ă  vivre. Demander Ă  Dieu la vie, pour le monde, pour des gens, pour moi.

« Tais-toi ! Sors de cet homme. » Entendre cette parole « d’autorité ». Ces mots vigoureux, n’y a-t-il pas lieu que je les prononce Ă  mon tour ? Sur moi-mĂȘme (pour chasser mes dĂ©mons). Sur d’autres. Toujours avec amour et charitĂ©.

Conclure en parlant au Seigneur.

Messe du 24 janvier

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 14-20)

AprĂšs l’arrestation de Jean le Baptiste, JĂ©sus partit pour la GalilĂ©e proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait: « Les temps sont accomplis : le rĂšgne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez Ă  l’Évangile. »

Passant le long de la mer de GalilĂ©e, JĂ©sus vit Simon et AndrĂ©, le frĂšre de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pĂȘcheurs.

Il leur dit : « Venez Ă  ma suite. Je vous ferai devenir pĂȘcheurs d’hommes. »

AussitĂŽt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frÚre Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets.

AussitĂŽt, JĂ©sus les appela.

Alors, laissant dans la barque leur pÚre Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

Commentaire du Pasteur Frédéric Chavel

A l’occasion de la semaine pour l’unitĂ© des chrĂ©tiens, un pasteur protestant a Ă©tĂ© invitĂ© Ă  faire le commentaire.

Commentaire Ă  venir.

Pour une grùce : Seigneur, fais de ma vie une vie évangélique, dans la grùce du partage.

1/ « JĂ©sus partit pour la GalilĂ©e proclamer l’Évangile de Dieu ». Temps de mise en route. Mais quelle est la fin de ce voyage ? Qu’est-ce que vivre un tel dĂ©part ?

Suis-je prĂȘt, quant Ă  moi, Ă  dĂ©sĂ©quilibrer ma vie en tendant vers l’appel du Royaume ?

2/ « Laissant leurs filets ». Le labeur est difficile, et l’interrompre pour autre chose encore plus exigeant. Et pourtant, j’observe les disciples. N’y a-t-il pas ici libertĂ© et simplicitĂ© ?

Comment vivre dans la paix les moments nécessaires de changement de vie ?

3/ « PĂȘcheurs d’hommes ». Parcourir des yeux l’humanitĂ©. Sans non plus oublier les poissons, et toutes les crĂ©atures dont notre humanitĂ© est solidaire.

Que suis-je appelĂ© Ă  faire pour eux ? Qu’est-ce que je dĂ©sire partager avec eux de la vie ?

Messe du 17 janvier

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 1, 35-42)

En ce temps-lĂ , Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.

Posant son regard sur JĂ©sus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »

Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent JĂ©sus.

Se retournant, JĂ©sus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? »

Ils lui rĂ©pondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : MaĂźtre –, oĂč demeures-tu ? »

Il leur dit : « Venez, et vous verrez. »

Ils allĂšrent donc, ils virent oĂč il demeurait, et ils restĂšrent auprĂšs de lui ce jour-lĂ .

C’était vers la dixiĂšme heure (environ quatre heures de l’aprĂšs-midi).

AndrĂ©, le frĂšre de Simon-Pierre, Ă©tait l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi JĂ©sus.

Il trouve d’abord Simon, son propre frĂšre, et lui dit :  « Nous avons trouvĂ© le Messie » – ce qui veut dire: Christ.

André amena son frÚre à Jésus.

JĂ©sus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras KĂšphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Commentaire du P. Grégoire Le Bel sj

Nous sommes au dĂ©but de l’évangile de Saint Jean. Cet Ă©vangile Ă©tonnant, qui a eu du mal Ă  ĂȘtre reconnu comme canonique, dĂ©bute avec son fameux Prologue, puis s’ouvre sur ce que les exĂ©gĂštes appellent le livre des Signes sur 12 chapitres.

Avec ce premier chapitre de saint Jean, nous sommes les tĂ©moins privilĂ©giĂ©s d’une passation : L’attention Ă©tait clairement sur Jean, ce personnage Ă©tonnant et haut en couleur. Rapidement, sa vie sera de dĂ©signer un autre, le Messie, et d’abord aux Juifs envoyĂ©s de JĂ©rusalem, puis Ă  JĂ©sus lui-mĂȘme quand celui-ci s’approche pour ĂȘtre baptisĂ©, puis enfin Ă  ses propres disciples. Jean est un passeur, un facilitateur, un aĂ©roport, un de ces lieux, une de ces personnes qui permet Ă  d’autres d’advenir Ă  la vie. Ici aux Juifs qui n’accepteront pasle message et resteront dans leur cĂ©cité ; puis Ă  JĂ©sus, qui sera confirmĂ© dans sa vocation de Fils de Dieu ; enfin Ă  ses disciples Ă  qui il indique le chemin Ă  suivre, et ce chemin c’est le Christ lui-mĂȘme.

Voici peut-ĂȘtre une premiĂšre invitation : reconnaĂźtre celles et ceux qui furent dans ma vie ou le sont encore, des passeurs, des femmes et des hommes qui ont Ă©tĂ© comme des poteaux indicateurs de la direction Ă  suivre pour vivre en plĂ©nitude. Un professeur, mes parents, un parrain, une marraine, aux scouts, au MEJ un chef, une cheftaine, un ou une animatrice, un saint Ă  travers ses Ă©crits ou sa vie ou que sais-je encore.

Seconde invitation, qui en est la contraposĂ©e : ReconnaĂźtre humblement que j’ai pu ĂȘtre moi aussi de maniĂšre consciente ou non passeur, facilitateur de telle ou tel. Nous sommes des ĂȘtres de relation, vivifiĂ© par l’Esprit Saint reçu Ă  notre baptĂȘme. Il ne peut en ĂȘtre autrement que de montrer Ă  notre tour des chemins Ă  des proches ou des inconnus : Oui l’Esprit Saint fait feu de toute existence qui vit Ă  son rythme.

Mais revenons Ă  ce court passage de seulement sept versets. Il nous prĂ©sente l’appel des trois premiers disciples : un inconnu, AndrĂ© et Simon. Mais est-ce rĂ©ellement un appel ? N’est-ce pas plutĂŽt une attraction, un de ces moments oĂč les choses prennent place, s’ajustent, comme quand on tombe amoureux, comme quand on exprime son dĂ©sir de la vie religieuse par exemple.

Une des choses trĂšs intĂ©ressantes tient dans le fait que ces premiers appelĂ©s/envoyĂ©s sont des disciples de Jean. D’une certaine maniĂšre, ces hommes sont la vivante expression de ce que proclamait Jean Ă  ses disciples qui s’inquiĂ©taient de la naissante popularitĂ© de JĂ©sus, rapportant qu’il se serait mĂȘme mis Ă  baptiser comme on peut le lire au chapitre 3. « Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai Ă©tĂ© envoyĂ© devant lui. Celui Ă  qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant Ă  l’ami de l’époux, il se tient lĂ , il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » Qu’il grandisse et que je diminue. C’est ce que Jean fait en indiquant Ă  ses disciples l’Agneau de Dieu, le Christ, le Messie tant attendu ; Deux d’entre eux entendent et se mettent en route. D’une certaine maniĂšre, Jean Baptiste est une icĂŽne de la ChastetĂ©. Il n’entre pas dans quelque jeu de sĂ©duction, ni avec les pharisiens venus de JĂ©rusalem, ni avec ses propres disciples. Il veut pour eux le meilleur. Il les dĂ©tache de leurs liens affectifs avec lui.

Alors que les disciples sont en route, JĂ©sus semble presque surpris de les voir marcher Ă  sa suite. Une invitation leur est alors faite : « Venez, et vous verrez. ». Invitation Ă  laquelle ils rĂ©pondent en demeurant Ă  ses cĂŽtĂ©s. C’est un trĂšs beau terme que demeurer. Quelque chose de la stabilitĂ©, de la sĂ©curitĂ©, la durĂ©e, qui fait penser Ă  la maison, la demeure. MĂȘme si cela peut faire sourire, l’épisode du petit prince avec le renard est de cet ordre-lĂ . Demeurer, s’apprivoiser, et s’attacher Ă  jamais dans un cƓur Ă  cƓur. Une question peut alors nous accompagner : quels moyens puis-je prendre ou inventer pour demeurer auprĂšs de JĂ©sus, demeurer en sa prĂ©sence au cƓur de mon quotidien. Prie en Chemin est un excellent moyen, mais Ă  chacun de trouver sa maniĂšre de nourrir cette prĂ©sence auprĂšs du Christ, de s’y laisser nourrir et accueilli aussi.

Le passage s’achĂšve sur l’appel de Pierre par son frĂšre AndrĂ©. Il est Ă©tonnant que Pierre, sans qu’on sache rien de lui, s’il est disciple ou pas de Jean Baptiste etc. est mis d’emblĂ©e en position d’autoritĂ©. Devant le Christ, pas de comparaison, pas de premier ou de dernier. Il y a seulement des aimĂ©s, chacun Ă  sa maniĂšre, sous le regard de celui qui nous envisage tel que nous sommes et serons un jour. Il est enfin heureux de voir que les envoyĂ©s de la part de Jean Baptiste, deviennent dĂšs le dĂ©but de l’évangile, Ă  leur tour des facilitateurs, des passeurs, montrant le chemin vers le Christ Ă  un autre. N’est-ce pas une belle maniĂšre de dĂ©buter notre annĂ©e liturgique ? Seigneur, fais de nous des habitants de ta maison, des facilitateurs de ta prĂ©sence auprĂšs des femmes et hommes de ce temps. Amen.

Au dĂ©but de ce temps de priĂšre je demande la grĂące pouvoir trouver les mots pour dire quelle est ma quĂȘte, ce que je recherche dans mon cheminement avec le Christ.

1/ « Voici l’agneau de Dieu ». Je me place auprĂšs des deux disciples de Jean le Baptiste. Je regarde Jean. Il est fidĂšle au lieu oĂč il baptise. JĂ©sus en revanche, marche, va et vient le long du Jourdain ou du lac de GalilĂ©e. Puis j’entends et mĂ©dite cette Ă©trange parole : « Voici l’agneau de Dieu »

2/ « Que cherchez-vous ? » JĂ©sus commence par interroger le dĂ©sir de celui ou celle qui se met Ă  sa suite. Et la question est gĂ©nĂ©rale : Que cherchez-vous ? J’imagine ce qui se passe dans la tĂȘte et le cƓur des deux disciples qui suivent JĂ©sus. Et pour moi, qu’en est-il ? Qu’est-ce que je recherche dans ce compagnonnage avec JĂ©sus ?

3/ « Nous avons trouvĂ© le messie ». C’est Ă©tonnant et rassurant de voir que se mettre Ă  la suite de JĂ©sus ne se fait pas d’un coup. Il y a des Ă©tapes, des moments de maturation, de transformation, de changement. En regardant ma vie, quelles Ă©tapes ont Ă©tĂ© franchies ? À quels moments JĂ©sus a-t-il posĂ© son regard sur moi ? J’en fais mĂ©moire et je rends grĂące.

Messe du 10 janvier


 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 7-11)

En ce temps-lĂ , Jean le Baptiste proclamait :

« Voici venir derriĂšre moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour dĂ©faire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisĂ©s avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint.»

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.

Et aussitĂŽt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se dĂ©chirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.

Il y eut une voix venant des cieux :

« Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

  Commentaire du pÚre Etienne Grieu sj

Cet Ă©pisode du baptĂȘme de JĂ©sus est trĂšs important, car c’est un acte inaugural, un geste qui ouvre une nouvelle page, ici, c’est le commencement de la mission de JĂ©sus. Or gĂ©nĂ©ralement, dans un acte inaugural de ce type, on dit en une seule fois tout ce qui ensuite va peu Ă  peu se dĂ©ployer. Alors, cela nous invite Ă  redoubler d’attention pour comprendre ce qui se dit dans cet acte du baptĂȘme.

Regardons le geste mĂȘme du baptĂȘme, qui a Ă©tĂ© inventĂ©, apparemment par Jean le Baptiste. Existait depuis longtemps dans le judaĂŻsme des ablutions, afin de se purifier de toutes les souillures qu’on peut contracter. Le baptĂȘme est un geste qu’on peut classer dans cette famille de gestes de purification. Mais, avec ce que fait Jean, il y a 2 nouveautĂ©s : d’abord, on est plongĂ© tout entier dans l’eau. Comme pour dire, ça ne suffit pas de mettre un peu d’eau pour enlever les saletĂ©s et ce qui est moche en nous ! en fait, il faut que nous soyons tout entier plongĂ©s dans l’eau. Comme si ce dont nous devions ĂȘtre purifiĂ©s n’était pas un petit Ă©lĂ©ment, mais nous-mĂȘmes, tout entier. Le geste du baptĂȘme indique qu’on est prĂȘt Ă  ĂȘtre tout entier renouvelĂ©s. Pas seulement une part de nous. Mais nous, tout entier.

La 2e nouveautĂ©, c’est qu’on ne se fait pas l’ablution soi-mĂȘme. Mais on est baptisĂ© par un autre (ici Jean). C’est une maniĂšre de reconnaĂźtre que pour ce renouvellement de fond en comble de notre ĂȘtre, eh bien nous avions besoin d’un autre. Nous ne pouvons pas nous renouveler seuls.

VoilĂ , en trĂšs gros ce que pouvait reprĂ©senter ce geste du baptĂȘme que pratiquait Jean. Alors beaucoup de gens venaient (Marc Ă©crit « tout le pays de JudĂ©e et tous les habitants de JĂ©rusalem ») venaient se faire baptiser. Et c’était, de leur part, un geste de conversion. Marc Ă©crit « ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs pĂ©chĂ©s ». On peut imaginer ici un vaste mouvement de rĂ©veil spirituel, oĂč beaucoup de personnes Ă©prouvent le besoin de changer de vie, ils se reconnaissent pĂ©cheurs, limitĂ©s, dĂ©pourvus, et ils font ce geste du baptĂȘme pour dire qu’ils s’en remettent entiĂšrement Ă  Dieu.

Et tout cela se passe dans le Jourdain, dans ce cours d’eau que le peuple, bien des siĂšcles avant, a dĂ» franchir pour entrer dans la terre sainte. Donc, ce qui est espĂ©rĂ©, c’est une nouvelle entrĂ©e dans la terre sainte, une transformation pas seulement de chacun, mais du peuple ; pour qu’il redevienne le peuple conduit par Dieu Ă  travers le dĂ©sert, jusque dans la terre sainte.

Au point oĂč nous en sommes, une question a peut-ĂȘtre surgi en vous : mais que vient donc faire JĂ©sus lĂ -dedans ? JĂ©sus, il n’a pas besoin d’ĂȘtre purifiĂ© ; il n’a pas pĂ©chĂ© ! il n’a pas besoin de conversion. Il n’a pas besoin d’entrer dans la terre sainte, car c’est lui qui apporte le Royaume. Alors pourquoi vient-il ici, pourquoi se fait-il baptiser ? Et en plus, pourquoi on a fait de cette dĂ©marche l’acte inaugural de sa mission ?

Eh bien justement, dans ce choix de JĂ©sus, il y a tout lui ; et il y a la maniĂšre de s’y prendre de Dieu avec nous. Ce que fait JĂ©sus, ce qu’il veut avant tout, c’est nous rejoindre. Nous rejoindre lĂ  oĂč nous sommes le plus nous-mĂȘmes, lĂ  oĂč nous sommes en vĂ©ritĂ©. Or, quand, face Ă  Dieu, nous nous reconnaissons bien dĂ©munis, pas fiers, et ayant vraiment besoin d’un autre pour ĂȘtre renouvelĂ©s en profondeur, alors lĂ  nous sommes le plus nous-mĂȘmes, nous sommes le plus en vĂ©ritĂ©.

Et il nous rejoint ainsi discrĂštement. Sans rien dire. Il vient joindre son geste aux gestes de tous les gens qui sont lĂ , sa prĂ©sence Ă  leur prĂ©sence. Il vit ainsi un moment de communion, extrĂȘmement fort, avec son peuple.

Eh bien en faisant cela, prĂ©cisĂ©ment, JĂ©sus entre dans sa mission. Car sa mission, ce sera cela. Du dĂ©but Ă  la fin. Une communion qu’il cherche Ă  rĂ©tablir avec l’humanitĂ©, avec nous.

Si le ciel s’ouvre, si l’Esprit se manifeste, c’est une maniĂšre de dire que c’est Dieu lui-mĂȘme qui s’engage dans cette mission. La voix qui vient du Ciel, elle s’adresse Ă  JĂ©sus. Marc, de cette façon, nous rend tĂ©moin de la relation entre JĂ©sus et son PĂšre. Et ce qui se manifeste c’est de la joie ! La joie du PĂšre parce que son Fils inaugure cette mission dans laquelle il va nous retrouver.

Comment aujourd’hui, nous laisser rejoindre par JĂ©sus ? Je vous propose de regarder ces moments de votre vie oĂč vous ĂȘtes, comme les foules qui venaient auprĂšs de Jean le Baptiste, pas fiers ; oĂč vous avez conscience d’un besoin de renouvellement en profondeur ; oĂč vous dĂ©couvrez que vous ne pourrez pas faire cela seul, Ă  la force du poignet, mais que vous avez vraiment besoin des autres. Eh bien, ces moments, c’est sans doute pour nous la porte d’entrĂ©e pour accueillir le Christ !

Vous pouvez demander au Seigneur, Ă  l’occasion de ce temps de priĂšre, la grĂące d’ĂȘtre rejoints par la joie de Dieu, et qu’elle grandisse en vous.

  • Regarder Jean. Comment le voyez-vous ? Marc l’a dĂ©crit vĂȘtu de poils de chameau, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage : quelqu’un qui s’est mis Ă  l’extrĂȘme pĂ©riphĂ©rie mais qui, de lĂ , attire tout le monde. Ecouter ce qu’il dit, entendre sa voix (comment est-elle sa voix : forte ? douce ? tonitruante ?) Il annonce quelqu’un qui est plus fort que lui.
  • Regarder JĂ©sus. Voir sa dĂ©marche de se faire lui aussi baptiser. N’est-ce pas Ă©tonnant ? (Marc a dit auparavant « ils se faisaient baptiser en confessant leurs pĂ©chĂ©s »). Rester sur cet engagement de JĂ©sus Ă  rejoindre son peuple qui se reconnaĂźt pĂ©cheur.
  • Ecouter la voix qui vient des cieux (comment est-elle, cette voix : forte ? douce ? etc.). Elle dit « Tu es mon Fils bien-aimĂ© ; en toi, je trouve ma joie ». Rester lĂ -dessus. La voix s’adresse Ă  JĂ©sus, laisser rĂ©sonner « tu es mon Fils bien-aimĂ© ». Ecouter la voix qui dit sa joie. LĂ  aussi, laisser rĂ©sonner.

Messe du 20 décembre

Annonciation, Filippo Lippi, Palazzo Barberini

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Luc (Lc 1, 26-38)

En ce temps-lĂ , l’ange Gabriel fut envoyĂ© par Dieu dans une ville de GalilĂ©e, appelĂ©e Nazareth, Ă  une jeune fille vierge, accordĂ©e en mariage Ă  un homme de la maison de David, appelĂ© Joseph ; et le nom de la jeune fille Ă©tait Marie.

L’ange entra chez elle et dit :

« Je te salue, Comblée-de-grùce, le Seigneur est avec toi. »

À cette parole, elle fut toute bouleversĂ©e, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

L’ange lui dit alors :

« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grùce auprÚs de Dieu.

Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de JĂ©sus.

Il sera grand, il sera appelĂ© Fils du TrĂšs-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trĂŽne de David son pĂšre ; il rĂ©gnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son rĂšgne n’aura pas de fin. »

Marie dit à l’ange :

« Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? »

L’ange lui rĂ©pondit :

« L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du TrĂšs-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naĂźtre sera saint, il sera appelĂ© Fils de Dieu.

Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est Ă  son sixiĂšme mois, alors qu’on l’appelait la femme stĂ©rile.

Car rien n’est impossible Ă  Dieu. »

Marie dit alors :

« Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »

Alors l’ange la quitta.

  Commentaire du PÚre Miguel Roland-Gosselin sj

À quelques jours de NoĂ«l, l’Église choisit dans les Écritures quelques pages qui nous ferons mieux entrer dans l’intelligence du mystĂšre. Je dis « mystĂšre », parce le mot m’est soufflĂ© par la deuxiĂšme lecture : « rĂ©vĂ©lation d’un mystĂšre gardĂ© depuis toujours dans le silence, mystĂšre maintenant manifesté , mystĂšre portĂ© Ă  la connaissance de toutes les nations pour les amener Ă  l’obĂ©issance de la foi  » Quand vous entendez dans le vocabulaire chrĂ©tien le mot « mystĂšre », ne pensez pas « mystĂšre et boule de gomme », pensez : bonne nouvelle qui se dĂ©couvre enfin, et qui n’aura jamais fini de nous Ă©merveiller de plus en plus. Depuis la nuit des temps Dieu a un projet, un immense dĂ©sir pour l’homme et pour la crĂ©ation, et au matin de NoĂ«l ce projet va enfin venir au jour. Ce projet-dĂ©sir-promesse, cette bonne nouvelle qui travaille en secret l’humanitĂ© depuis les origines, c’est le Christ. Quand les temps Ă©taient mĂ»rs, Dieu a prĂ©parĂ© une belle humanitĂ© digne d’accueillir le Christ. Pour que la promesse puisse Ă©clore, il lui fallait une terre favorable ; c’est la foi de Marie.

Et puisqu’il s’agit de contempler aujourd’hui ce « mystĂšre gardĂ© depuis toujours dans le silence », puisque nous mĂ©ditons sur la longue germination du Christ qui s’annonce depuis les origines, l’Église est allĂ© chercher dans les Écritures un autre rĂ©cit d’Annonciation, dans les temps reculĂ©s. Bien avant Marie, le roi David reçut lui aussi la visite d’un messager – c’est le prophĂšte Nathan –, lequel messager (en grec cela se dit « ange ») lui promet une descendance, une descendance royale. Et Dieu dit : « Je serai pour lui un pĂšre ; et lui sera pour moi un fils ». S’agissait-il dĂ©jĂ  de JĂ©sus ? En un sens, oui. En ce sens que Dieu prend en charge la royautĂ© de David, son peuple d’IsraĂ«l, sa ville de JĂ©rusalem, le Temple que bĂątira son fils Salomon ; tout cela servira Ă  la germination du Christ. Tout dans l’histoire humaine est prĂ©pa­ratif ; dĂšs lors qu’un homme, comme David, met sa confiance en Dieu, il contribue Ă  la naissance du Christ. Jusqu’au jour oĂč, Ă  l’heure choisie par Dieu, le Christ viendra au monde, accueilli par la foi parfaite de Marie. (Et l’évangĂ©liste Matthieu ajoutera : accueilli aussi par la belle foi de Joseph.)

Et ce long travail de prĂ©paration, est-il maintenant fini ? N’y a-t-il plus rien Ă  attendre, maintenant que le Christ est venu au monde ? Bien sĂ»r que si, il reste Ă  attendre ; l’histoire n’est pas finie. Rappelez-vous que le dernier mot de la Bible sera : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! » Et d’Avent en Avent, de NoĂ«l en NoĂ«l, nous n’en finirons pas, et de cĂ©lĂ©brer l’évĂ©nement unique de l’Incarnation du Verbe, et d’espĂ©rer qu’il prenne peu Ă  peu sa pleine mesure en nous. Nous espĂ©rons que cet Ă©vĂ©nement, de mieux en mieux, prenne corps en nous. Le long et mystĂ©rieux travail que Dieu opĂšre depuis toujours pour faire advenir le Christ, il l’opĂšre en nous – c’est l’Ɠuvre de l’Esprit – pour que nous devenions chrĂ©tiens. Et pour que l’Église devienne de mieux en mieux ce qu’elle est, le corps du Christ. Ce travail, c’est la foi. « Il est grand, le mystĂšre de la foi. » Les belles Ɠuvres que Dieu a faites par la foi de David, l’Ɠuvre immense et unique qu’il a faite par la foi de Marie, il continue de les faire, pour le monde d’aujourd’hui, par notre propre foi. Par notre confiance en lui.

Un court instant je vois l’étonnant contraste entre l’immensitĂ© du monde, son bruit et ses chahuts, et le calme tranquille d’une maison de Nazareth.

Je demande une grùce : Viens, Jésus sauveur !

1/ Je regarde l’humanitĂ© en quĂȘte de salut. L’humanitĂ© des temps bibliques ; je survole Abraham, David, les prophĂštes
, quelques figures de l’humanitĂ© en quĂȘte du Christ. Et l’humanitĂ© d’aujourd’hui : Asie, AmĂ©rique, Afrique, Europe ; tant de beautĂ©s et tant de folies
 J’appelle l’Esprit pour que naisse le Christ.

2/ Marie Ă  Nazareth. La longue course de l’Esprit vient s’arrĂȘter sur elle, Dieu se pose sur Marie et je me repose auprĂšs d’elle : Marie de l’Annonciation, Marie Ă  quelques jours de NoĂ«l. Je lui demande de m’inviter dans sa foi-confiance.

3/ Enfin je m’offre Ă  Dieu. Je m’offre pour que JĂ©sus me saisisse, que son Ă©vangile naisse en moi, que je porte dignement le nom du Christ. Et je prie pour l’Église, afin qu’elle soit son corps, sa prĂ©sence sensible dans le monde d’aujourd’hui.

Messe du 13 décembre

La prédication de Jean Baptiste, Domenico Ghirlandaio

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 1, 6-8.19-28)

Il y eut un homme envoyĂ© par Dieu ; son nom Ă©tait Jean. Il est venu comme tĂ©moin, pour rendre tĂ©moignage Ă  la LumiĂšre, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la LumiĂšre, mais il Ă©tait lĂ  pour rendre tĂ©moignage Ă  la LumiĂšre.

Voici le tĂ©moignage de Jean, quand les Juifs lui envoyĂšrent de JĂ©rusalem des prĂȘtres et des lĂ©vites pour lui demander : « Qui es-tu ? »

Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. »

Ils lui demandĂšrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophĂšte Élie ? »

Il répondit : « Je ne le suis pas.

– Es-tu le ProphĂšte annoncĂ© ? »

Il répondit : « Non. »

Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une rĂ©ponse Ă  ceux qui nous ont envoyĂ©s. Que dis-tu sur toi-mĂȘme ? »

Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophÚte Isaïe. »

Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens.

Ils lui posĂšrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le ProphĂšte ? »

Jean leur rĂ©pondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derriĂšre moi, et je ne suis pas digne de dĂ©lier la courroie de sa sandale. »

Cela s’est passĂ© Ă  BĂ©thanie, de l’autre cĂŽtĂ© du Jourdain, Ă  l’endroit oĂč Jean baptisait.

  Commentaire du PÚre Claude Philippe sj

Comme dimanche dernier, nous suivons Jean Baptiste prĂšs du Jourdain. Mais, cette fois-ci, il n’est pas prĂ©sentĂ© comme un prĂ©dicateur courageux invitant Ă  la conversion ou un baptiseur attirant une grande foule, non, c’est une simple voix…

Jean est annoncé comme « témoin ».

Vous l’avez peut-ĂȘtre notĂ©, notre passage comprend quatre fois les mots « tĂ©moins » ou « tĂ©moignage » en seulement trois phrases. L’évangĂ©liste insiste ici lourdement pour aider l’auditeur inattentif.

Mais de quel genre de tĂ©moin s’agit-il ? Le mot grec, martĂœria, traduit ici par tĂ©moin appartient au langage juridique du procĂšs.

Car s’ouvre devant nous un procĂšs, un grand procĂšs. On ne le sait pas encore, mais il s’agit du procĂšs entre Dieu et le monde, qui refuse Dieu. Mais n’avançons pas trop vite ! Les piĂšces du dossier seront fournies au fur et Ă  mesure de l’Evangile de Jean…

Il y a d’un cĂŽtĂ©, un tĂ©moin, Jean, et de l’autre, des prĂȘtres et de lĂ©vites qui reprĂ©sentent le monde du Temple et son culte.

Jean est « envoyĂ© par Dieu ». Il est du camp de Dieu. Il est envoyĂ© « afin que tous croient par lui ». Sa mission de susciter une rencontre entre Dieu et l’homme.

Les autres sont « envoyĂ©s » par les autoritĂ©s religieuses de JĂ©rusalem. Ce sont comme des enquĂȘteurs.

Ils posent une premiĂšre question Ă  Jean : « qui es-tu ? ». Cette question est juste. Il est normal de connaitre, Ă  minima, le tĂ©moin, pour savoir d’oĂč il vient et s’il est crĂ©dible.

Jean dĂ©clare tout d’abord qu’il n’est pas le Messie. Il n’est pas non plus Elie ni le ProphĂšte. Rappelons qu’à cette Ă©poque, l’attente du Messie Ă©tait vive et les Juifs pensaient qu’elle serait prĂ©cĂ©dĂ©e – ou mĂȘme se rĂ©aliserait – par le retour d’Elie ou la venue du ProphĂšte, annoncĂ© dans le livre du DeutĂ©ronome, qui prendrait le relais de MoĂŻse[1].

Les enquĂȘteurs imposent leurs catĂ©gories mentales : le Messie, Elie ou le ProphĂšte. Nous n’avons pas l’impression qu’ils aient l’intention de bouger ou de devenir des disciples. Mais ils posent une nouvelle question car ils doivent donner une rĂ©ponse Ă  leur commanditaire : « Qui dis-tu de toi-mĂȘme ? »

Jean Baptiste rĂ©pond maintenant en citant IsaĂŻe : « je suis la voix de celui qui crie dans le dĂ©sert ». Jean ne dĂ©cline pas une identitĂ©, mais il se dĂ©finit comme une voix, et une voix qui dĂ©signe quelqu’un d’autre. Il ne veut pas que l’on s’arrĂȘte Ă  lui mais il aspire Ă  ce que l’on s’oriente vers le Seigneur.

AprĂšs la question sur l’identitĂ©, les Pharisiens l’interrogent sur le pourquoi du baptĂȘme. LĂ  aussi, Jean rĂ©pond briĂšvement le concernant. Il ne ramĂšne pas Ă  lui. Il n’est pas centrĂ© sur lui-mĂȘme.

Il admet qu’il baptise dans l’eau, puis de nouveau, il porte son attention sur le Messie.

Il a l’audace de dire qu’« au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

C’est l’Esprit qui lui souffle cela. Jean est totalement Ă  son Ă©coute et il a la conviction intĂ©rieure de la venue imminente du Messie.

Il a une familiarité authentique avec Dieu. Il est connecté avec Dieu, si on peut dire.

Comme Marie, son cƓur est disposĂ© Ă  accueillir le Seigneur.

Car pour connaitre, pour rencontrer quelqu’un, le cƓur doit ĂȘtre disposĂ©.

Ce n’est pas le cas des enquĂȘteurs. Ils ne sont pas prĂȘts Ă  accepter ce qui sort de leurs schĂ©mas. Le cerveau fonctionne probablement bien, mais le cƓur est comme oubliĂ©. Ils ne se laissent pas rejoindre dans tout leur ĂȘtre.

A la fin de notre passage, et c’est intĂ©ressant de le noter en ce temps de l’Avent, Jean-Baptiste demeure toujours en veille…

Alors, en ce temps d’attente, Ă©coutons le tĂ©moignage de Jean.

Que nous nous dĂ©centrions de nous-mĂȘme pour accueillir celui qui vient nous rejoindre, nous sauver, nous relever, nous inviter Ă  partager sa joie.

Que grandisse notre dĂ©sir d’accueillir celui que notre cƓur attend.

[1] Cf Xavier LĂ©on-Dufour, Lecture de l’Évangile selon Jean, I, p 157.

Je me demande la grùce de me préparer à accueillir le Seigneur

« Il est venu comme témoin »

Jean a reçu la mission de « rendre tĂ©moignage Ă  la lumiĂšre, afin que tous croient par lui ». ConsidĂ©rer comment Jean se positionne. Il ne se met pas en avant et est au service de sa mission. Quels ont Ă©tĂ© (sont) les tĂ©moins de Dieu dans ma vie ? Quels gestes ou paroles m’ont particuliĂšrement touché ? Rendre grĂące.

« Les Juifs lui envoyĂšrent de JĂ©rusalem des prĂȘtres et des lĂ©vites pour lui demander : « Qui es-tu ? » »

Regarder Jean, puis les prĂȘtres et les lĂ©vites. Ecouter leurs Ă©changes. Quelles sont leurs attentes ? Quels sont leurs dĂ©sirs ? Quelle est ma soif ? En parler au Seigneur.

« Je ne suis pas digne »

Entendre ces paroles pleines d’humilitĂ© de Jean. Il sait qu’il n’est qu’un passeur. Il propose un baptĂȘme dans l’eau pour prĂ©parer intĂ©rieurement Ă  la venue du Seigneur. Il accomplit avec confiance, audace et modestie ce Ă  quoi l’invite l’Esprit. Il est aussi en situation d’attente… Comment puis-je me prĂ©parer Ă  accueillir le Seigneur ?

Messe du 6 décembre

Arcabas, Jean le Baptiste

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 1-8)

Commencement de l’Évangile de JĂ©sus, Christ, Fils de Dieu.

Il est Ă©crit dans IsaĂŻe, le prophĂšte :

Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin.

Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert.

Il proclamait un baptĂȘme de conversion pour le pardon des pĂ©chĂ©s.

Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprÚs de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés.

Jean Ă©tait vĂȘtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Il proclamait :

« Voici venir derriĂšre moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour dĂ©faire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisĂ©s avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

  Commentaire du PÚre Nicolas Rousselot sj

Chers amis je voudrais avec vous mĂ©diter le premier chapitre de st Marc, versets 1 Ă  8, pour ce deuxiĂšme dimanche de l’Avent.

Je voudrais d’abord faire un peu de gĂ©ographie. C’est trĂšs intĂ©ressant, parce que lĂ  oĂč Jean-Baptiste se trouve, il est au sud du Jourdain, tout prĂšs de la Mer morte. Il est exactement lĂ  oĂč le prophĂšte Elie a fait son dĂ©part vers Dieu – on le voit au second livre des Rois. Et l’on croit jusqu’au temps de JĂ©sus que ce fameux prophĂšte Elie doit revenir. C’est pour cela Ă  mon avis que Jean-Baptiste est prĂ©sentĂ© dans l’Evangile vĂȘtu comme Elie, avec un manteau en poil de chameau.

C’est aussi le sens du dĂ©sert. Jean-Baptiste est bien en terre promise, mais cette terre promise est devenue malheureusement un dĂ©sert. C’est-Ă -dire que le peuple a trahi l’Alliance. Et on voit Jean-Baptiste manger. Il mange des sauterelles parce qu’il est encore dans le dĂ©sert, le lieu finalement de la dĂ©sobĂ©issance. Mais il mange aussi du miel : il est quand mĂȘme en terre promise. Vous vous rappelez, cette terre oĂč coule le lait et le miel : le lait, c’est ce qui nous est donnĂ© par les animaux ; le miel aussi, par les abeilles, ainsi que par la vĂ©gĂ©tation. Ce sont les deux dons qui nous sont faits parce que l’homme pour les produire ne fait que les rĂ©colter.

Le deuxiĂšme point, qui est aussi passionnant, c’est qu’avant le prophĂšte Elie, ce lieu prĂ©cis est l’endroit oĂč est arrivĂ© le peuple de Dieu venant d’Egypte, Ă  la fin de l’Exode. C’est lĂ  exactement l’endroit oĂč il est entrĂ© en terre promise. C’est l’apĂŽtre Jean qui dans son Evangile nous dit que Jean baptisait Ă  BĂ©thanie, au-delĂ  du Jourdain. LĂ  aussi, il faut lire toutes les indications : c’est bien « au-delà » du Jourdain, de l’autre cĂŽtĂ©. Comme si Jean baptisait Ă  l’endroit oĂč le peuple n’était pas encore entrĂ© en terre promise. Il y a lĂ  une signification thĂ©ologique trĂšs intĂ©ressante : Jean-Baptiste nous dit : « il faut repartir au point zĂ©ro, au point de dĂ©part. Il faut repasser le Jourdain. » D’oĂč la question du baptĂȘme.

Et c’est mon troisiĂšme point. Qui serait plutĂŽt un point d’histoire. Jean-Baptiste est en train de proposer, d’inviter, Ă  plonger – c’est le mot baptizein. À plonger dans le Jourdain une deuxiĂšme fois. Et on se demande : mais que fait Jean-Baptiste dans cet endroit si chaud, si brĂ»lant du dĂ©sert ? Pourtant il est le fils d’un prĂȘtre, le fils de Zacharie, il devrait se trouver au temple
 Eh bien il faut savoir qu’à ce moment-lĂ , dans l’histoire d’IsraĂ«l, il y a eu une grande crise. Il y avait Ă  ce moment beaucoup de rites de purification : il y avait les fameux moines de Qumran qui n’étaient pas trĂšs loin ; et aussi beaucoup d’autres rites. Pourquoi ? Parce que le temple ne remplissait plus son office. Le temple semblait corrompu, et c’est pour cela que les gens revenaient au dĂ©sert et faisaient des purifications. Non seulement des purifications rituelles, mais aussi – on le voit chez Jean-Baptiste – de vraies purifications. Mais entre ces purifications qui existaient dans le Peuple de Dieu et celle qu’accomplit Jean-Baptiste, il y a une grande diffĂ©rence qu’il faut noter.

En effet les rites se rĂ©pĂ©taient sans cesse. Or lĂ , on a vraiment l’impression que Jean-Baptiste offre un seul baptĂȘme. Habituellement les rites de purification, on les fait soi-mĂȘme – un peu comme avant le covid on prenait de l’eau dans le bĂ©nitier avant d’entrer dans une Ă©glise. Mais lĂ , c’est un autre qui nous plonge dans l’eau. Il s’agit un baptĂȘme individuel, alors que souvent les rites sont collectifs. Pour conclure, on peut dire que Jean-Baptiste propose aux gens un acte quasi sacramentel. Et il nous est dit que les gens, en Ă©tant baptisĂ©s, confessaient les pĂ©chĂ©s Ă  voix haute. Comme finalement le jour du Yom Kippour, vous vous rappelez, ce jour du grand pardon oĂč tout IsraĂ«l se met en pĂ©nitence et confesse les pĂ©chĂ©s. Or lĂ  il est bien dit : « ils se faisaient baptiser par lui en confessant leurs pĂ©chĂ©s ». Comme si tout ce qui est prĂ©vu au temple ne marchait plus. Et l’on a l’impression que Jean-Baptiste est le prĂȘtre d’un nouveau culte qui supplante celui du temple ; il invite Ă  une nouvelle maniĂšre de prier. On quitte la purification rituelle et on demande la vraie purification du cƓur.

Et je vous donne un dernier point : c’est que Jean-Baptiste dit : « mon baptĂȘme est trĂšs important, il est quasi sacramentel
 mais je vous annonce un baptĂȘme plus fort. Un baptĂȘme dans l’Esprit Saint. » Et Ă  cet endroit il y a le coup de la sandale. Ce coup de la sandale vous semble peut-ĂȘtre anodin, mais pour moi il est extrĂȘmement fort. Pourquoi ? D’abord parce qu’on va le retrouver en Matthieu, en Luc, mais aussi en Saint Jean, et aussi dans les Actes des ApĂŽtres – cette mention que Jean-Baptiste a dit : « je ne suis pas digne de dĂ©nouer la courroie de ses sandales ». Ça semble un dĂ©tail, mais ça a une grande importance. Parce que nous savons maintenant que les rabbins engageaient des disciples – plutĂŽt, les disciples demandaient aux rabbins, comme on demande Ă  quelqu’un d’ĂȘtre pris en charge dans la rĂ©daction d’une thĂšse ; et les rabbins demandaient en compensation : « oui, je vais t’apprendre la Torah, mais tu vas ĂȘtre Ă  mon service. Tu vas faire mon linge, tu vas faire ma cuisine, tu vas nettoyer ma maison, etc. » Mais il y a une chose que la Torah interdisait de faire : c’est que les disciples dĂ©chaussent le maĂźtre, et notamment lui lavent les pieds. Et pourquoi ne pas dĂ©nouer la courroie des sandales du maĂźtre, du rabbin ? Parce qu’à ce moment-lĂ  je vais me mettre Ă  genou. Et il ne faut surtout pas que je considĂšre le rabbin comme Dieu. Dieu est Dieu. Et mon rabbin est peut-ĂȘtre gĂ©nial
 mais il est seulement mon rabbin. Or dans cet Ă©pisode, ce qui est formidable, c’est que Jean-Baptiste nous dit trois choses. Il dit : il vient derriĂšre – mais il vient avant moi, et je suis derriĂšre lui. Je suis son disciple. Mais non seulement je ne ferai jamais le dĂ©nouement de sa sandale, non seulement, deuxiĂšme chose, je pourrais Ă  la limite dĂ©lier la courroie parce que je peux vraiment me mettre Ă  genou devant lui
 mais troisiĂšme chose je ne suis pas mĂȘme digne de dĂ©faire la courroie de ses sandales. On voit lĂ  que Jean-Baptiste a une image extrĂȘmement profonde de celui qui va venir, du Messie attendu.

Je vous propose pour conclure quelques points pour la priÚre :

Tout d’abord, entendez la parole d’IsaĂŻe que reprend Jean-Baptiste. Entendez-la en ce temps d’Avent : « prĂ©parez les chemins du Seigneur ». Comment se prĂ©parer ? St Ignace va nous dire : « comment se disposer ? ». Il faut d’abord faire silence. Me mettre en Ă©tat d’écoute. Et puis me rendre disponible, c’est-Ă -dire prendre du recul par rapport Ă  toutes les rĂ©alitĂ©s auxquelles je suis attachĂ©. Ma famille, mon travail, mes relations, peut-ĂȘtre ma relation privilĂ©giĂ©e. Par rapport Ă  ce que je veux faire. Mais plus exactement, prĂ©pare-toi, dispose-toi.

Mais j’entends aussi un autre mot, une autre injonction, dans la parole de Jean-Baptiste : reviens. Reviens au point de dĂ©part. Reviens au-delĂ  du Jourdain. Reviens Ă  ton baptĂȘme. Et prends quelque temps pour te demander : quelle direction est-ce que vraiment je veux donner Ă  ma vie ? Quelles sont mes prioritĂ©s ? Qu’est-ce que je veux changer ? Et lĂ  ce ne sera pas du volontarisme, parce que je vais en demander la grĂące : une grĂące d’intelligence, pour bien voir ce que je dois changer dans ma vie, et une grĂące de force, pour pouvoir l’accomplir.

C’est ce que je souhaite à chacun de vous. Amen.

[La version audio des pistes de priĂšre se trouve Ă  la fin du commentaire audio.]

Je peux demander la grùce au Seigneur de me préparer à sa venue, et de me laisser déplacer par lui.

1) Entendre en ce temps de l’Avent la parole d’IsaĂŻe, que reprend Jean-Baptiste. « PrĂ©parez les chemins du Seigneur ». Prendre le temps de l’écouter, et de me rendre disponible, de prenant du recul par rapport Ă  tout ce Ă  quoi je suis attachĂ© : ma famille, mes relations privilĂ©giĂ©es, mon travail, mes projets, etc..

2) Entre un autre appel dans la parole du Baptiste : « reviens. Reviens au-delĂ  du Jourdain. Reviens Ă  ton baptĂȘme ». Prendre le temps de me demander : quelle direction est-ce que vraiment je veux donner Ă  ma vie ? Quelles sont mes prioritĂ©s ? Qu’est-ce que je veux changer ?

3) En demander la grñce au Seigneur : grñce d’intelligence, pour bien voir ce que je dois changer dans ma vie, et grñce de force, pour pouvoir l’accomplir.

Messe du 29 novembre

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 13, 33-37)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment.

C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller.

Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maütre de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis.

Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

  Commentaire de soeur Bénédicte Barthalon, soeur auxiliatrice

Aujourd’hui, nous sommes le premier jour de l’annĂ©e liturgique, premier dimanche de l’Avent. Le passage de l’évangile de Marc qui nous est proposĂ© se situe Ă  la fin d’un chapitre dĂ©diĂ© Ă  l’annonce des derniers temps, Ă  l’attente du Messie. Quoi de plus Ă©tonnant que de parler des derniers temps au moment oĂč on se prĂ©pare Ă  la venue au monde d’un enfant Ă  NoĂ«l ? Avec ces textes, la liturgie nous propose d’inclure dans une mĂȘme attente, l’attente de l’incarnation de JĂ©sus et son retour Ă  la fin des temps. Contempler le Christ qui est, Ă  la fois dĂ©jĂ  venu, dĂ©jĂ  lĂ , et pas encore, celui dont nous attendons le retour.

Comme dans la parabole des talents, entendue il y a 2 semaines, JĂ©sus nous parle d’un homme : il est « parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller. » Cet homme fait une confiance complĂšte Ă  ses serviteurs, il leur donne tout pouvoir, il leur laisse une grande libertĂ©. Il s’absente et les laisse seuls mais bonne nouvelle, il reviendra. La seule chose que nous savons sur son retour, c’est qu’il vient « à l’improviste », « vous ne savez pas quand ce sera le moment », « le soir ou Ă  minuit, au chant du coq ou le matin ». Il les prĂ©pare Ă  son absence et Ă  son retour en leur donnant une seule consigne, trĂšs large, qui peut nous sembler vague. Il leur demande de veiller, de se tenir prĂȘt pour son retour.

« Veillez ». DĂ©ployons un peu les sens que peut prendre cet appel pour nous aujourd’hui.

Veiller, c’est « comme le veilleur qui attend l’aurore », rester Ă©veillĂ©, ne pas s’endormir, guetter, regarder, attendre la lumiĂšre qui va jaillir des tĂ©nĂšbres, la vie qui va surgir. C’est garder le cƓur en attente de la rencontre, dĂ©sireux d’accueillir celui qui va venir, ĂȘtre attentif(ve) aux signes de sa prĂ©sence


Veiller, c’est veiller sur un enfant, veiller sur un malade, veiller sur une personne que l’on aime, comme un berger veille sur ses brebis, c’est une maniĂšre de prendre soin : Être lĂ , prĂ©sence fraternelle, aimante, prĂ©sence d’humanitĂ©.  C’est rejoindre nos frĂšres et sƓurs en humanitĂ©, ceux et celles dont nous parlait la parabole du jugement dernier : les malades, les prisonniers, les Ă©trangers, ceux qui ont faim, soif


Veiller, c’est prendre soin des biens confiĂ©s par le Seigneur : Le maitre a donnĂ© tout pouvoir, fixĂ© Ă  chacun son travail, comme le CrĂ©ateur qui confie Ă  l’homme sa crĂ©ation pour la cultiver et la garder, la faire fructifier, nous invitant Ă  ĂȘtre co crĂ©ateurs avec Lui.

Veiller, cela peut aussi ĂȘtre une attitude spirituelle. Evagre le Pontique, un moine du dĂ©sert au IVĂšme siĂšcle l’a exprimĂ© dans une formule savoureuse :

« Sois le portier de ton cƓur et ne laisse aucune pensĂ©e

entrer sans l’interroger ; interroge-les une à une, dis à chacune :

« Es-tu de notre parti ou du parti des adversaires ? » (Jos. 5, 13).

Et si elle est de la maison, elle te comblera de paix ;

si elle est de l’adversaire, elle t’agitera de colĂšre ou te troublera. »

« Sois le portier de ton cƓur » : Cette pensĂ©e qui m’habite, vers oĂč m’entraine-t-elle ? Autrement dit, provoque-t-elle en moi un mouvement profond d’ouverture Ă  Dieu et aux autres, de dĂ©centrement de moi-mĂȘme, un dĂ©sir d’aimer, de me faire proche de l’autre, ou bien me conduit-elle Ă  me fermer, Ă  me centrer sur moi-mĂȘme, Ă  m’isoler, Ă  m’enlever des forces pour aimer
 ? Dans ces temps difficiles, nous sommes plus que jamais invitĂ©(e)s Ă  la vigilance pour nous laisser mener par l’Esprit.

Avec Marie, nous pouvons aussi veiller comme une mĂšre attend son enfant. Comme une femme enceinte veille sur la vie en elle, elle est en attente de la vie qui va jaillir, une vie fragile, discrĂšte, parfois invisible. Et cette attente est pleine d’une promesse et d’une espĂ©rance. Elle se rĂ©jouit et se prĂ©pare. Oui, le Seigneur vient parmi nous, et c’est une Bonne Nouvelle, il ose nous rejoindre au cƓur mĂȘme de notre humanitĂ© en travail d’enfantement. Alors veillons, tenons bon dans l’espĂ©rance que la vie est plus forte que la mort. Le Seigneur vient, il est dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre et nous accompagne.

Je me mets en prĂ©sence du Seigneur. Il est lĂ , il m’attend, me voici Seigneur.

Je demande une grñce : Seigneur, donne-moi d’entendre comment tu m’invite à veiller aujourd’hui ?

  1. « C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller. »

Regarder cet homme, comment il laisse ses biens à ses serviteurs, comment il leur fait confiance, leur donne une grande liberté et « tout pouvoir » pour en prendre soin. Regarder les serviteurs qui reçoivent ces dons.

  1. « Prenez garde et restez éveillés », « Veillez »

Entendre cet appel, le laisser résonner en moi. Comment cela fait-il écho dans ma vie, dans mon quotidien ? Sur quoi ou sur qui est-ce que je me sens invité(e) à veiller ?

  1. « vous ne savez pas quand vient le maßtre de la maison »

Le Seigneur vient. Comme Marie dans l’attente de JĂ©sus, je me laisse habiter par la promesse de vie, je regarde les signes de la prĂ©sence du Seigneur qui sont dĂ©jĂ  lĂ  dans mon quotidien, mĂȘme fragiles ou tĂ©nus. Je me prĂ©pare le cƓur.

A la fin de ce temps de priùre, je confie au Seigneur ce qui habite mon cƓur. Je lui parle comme un ami parle à son ami.

Messe du 22 novembre

Tympan de Notre Dame – Le jugement dernier

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 31-46)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siĂ©gera sur son trĂŽne de gloire. Toutes les nations seront rassemblĂ©es devant lui ; il sĂ©parera les hommes les uns des autres, comme le berger sĂ©pare les brebis des boucs : il placera les brebis Ă  sa droite, et les boucs Ă  gauche.

Alors le Roi dira Ă  ceux qui seront Ă  sa droite :

‘Venez, les bĂ©nis de mon PĂšre, recevez en hĂ©ritage le Royaume prĂ©parĂ© pour vous depuis la fondation du monde.

Car j’avais faim, et vous m’avez donnĂ© Ă  manger ; j’avais soif, et vous m’avez donnĂ© Ă  boire ; j’étais un Ă©tranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillĂ© ; j’étais malade, et vous m’avez visitĂ© ; j’étais en prison, et vous ĂȘtes venus jusqu’à moi !’

Alors les justes lui répondront :

‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donnĂ© Ă  boire ? tu Ă©tais un Ă©tranger, et nous t’avons accueilli ? tu Ă©tais nu, et nous t’avons habillĂ© ? tu Ă©tais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’

Et le Roi leur répondra :

‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frùres, c’est à moi que vous l’avez fait.’

Alors il dira Ă  ceux qui seront Ă  sa gauche :

‘Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu Ă©ternel prĂ©parĂ© pour le diable et ses anges.

Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donnĂ© Ă  manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donnĂ© Ă  boire ; j’étais un Ă©tranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillĂ© ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visitĂ©.’

Alors ils répondront, eux aussi :

‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, ĂȘtre nu, Ă©tranger, malade ou en prison, sans nous mettre Ă  ton service ?’

Il leur répondra :

‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’

Et ils s’en iront, ceux-ci au chĂątiment Ă©ternel, et les justes, Ă  la vie Ă©ternelle. »

  Commentaire du P. Xavier Léonard sj

L’évangile de ce dimanche met en scĂšne un Christ roi qui juge et trie les hommes, mettant Ă  droite les bons et Ă  gauche les mauvais. Cette image se retrouve souvent sur les tympans de nos cathĂ©drales. En terme de catĂ©chisme nous avons une images simple et forte : les bons au paradis les mauvais en enfer. Mais cherche-t-on a nous faire peur pour Ă©viter l’enfer ?

Ce simplisme est quelque chose qui m’a toujours posĂ© question. La contemplation du texte m’a poussĂ© Ă  vĂ©rifier mes souvenir et quelques clics plus tard, mon Ă©cran d’ordinateur me montrait le tympan du jugement dernier de Notre Dame. Mes souvenirs n’étaient pas justes, et l’artiste qui a fait ce tympan a pris le temps de contempler avant de se mettre au travail. Faisons-lui justice et entrons nous aussi dans cette contemplation.

Les trois premiers versets mettent en scĂšne le Fils de l’homme qui vient en gloire, avec tous ses anges et il s’assied sur un trĂŽne. Il vient pour sĂ©parer. C’est la premiĂšre image. Ensuite, on entend qu’il le fait comme un berger sĂ©pare ses brebis de ses chĂšvres. DeuxiĂšme image qui est en contrepoint, puisque les bergers ne siĂšgent pas sur des trĂŽnes, avec un tas d’anges Ă  cĂŽtĂ© d’eux. Avec ces deux images, le rĂ©cit de Matthieu cherche Ă  se dĂ©ployer, en image et contre image, pour Ă©viter les malentendus.

Le rĂ©cit de Matthieu nous donne une image et une contre image et le tympan de Notre Dame n’est pas en reste. Oui son trĂŽne est beau, oui les anges sont lĂ , avec des priants Ă  genoux pour le rĂ©vĂ©rer, mais il est torse nu et Ă  sa gauche se tient un ange qui soutient une croix. Ce n’est pas comme cela que je m’imaginais un roi d’oĂč ma surprise. Ce fils de l’homme qui vient en gloire avec tous ses anges Ă  quelque chose qui n’est pas du tout royal, a la maniĂšre des hommes. Entendre cette surprise permet au rĂ©cit de devenir bonne nouvelle, de quitter nos prĂ©conçus pour se mettre Ă  l’écoute de sa Parole.

Il est important de se laisser dĂ©placer, dĂ©caler car la suite est encore plus surprenante. Notre juge, fait son tri et donne ses critĂšres de sĂ©lections pour expliquer la sentence. Ses critĂšres sont un renversement supplĂ©mentaire car celui qui avait faim, soif, devait ĂȘtre recueilli, Ă©tait nu, malade et en prison, c’est le Christ lui-mĂȘme. Techniquement parlant avant d’ĂȘtre sur son trĂŽne, il Ă©tait tout en bas de l’échelle ! Tous ces dĂ©nuements, il les a vĂ©cus. Il y a donc une solidaritĂ©, une communion entre Christ et les petits. Oui la souffrance, que nous rappelle la croix tenue par l’ange, il la connaĂźt. Le Christ n’est pas indiffĂ©rent aux actes que nous posons pour construire notre monde. Car certains de ces actes font grandir la souffrance des petits et d’autres leur donne une place. J’ai envie de l’appeler le Solidaire, le « Avec » si vous me permettez cet abus de langage. C’est sur ces critĂšres de solidaritĂ© que le Fils de Homme tranche.

La question des justes, qui dĂ©sirent savoir comment ils ont fait pour valider les critĂšres du Christ tĂ©moigne de leur surprise. Bonne surprise mais surprise tout de mĂȘme. Dans leur chef, ils n’ont pas rĂ©alisĂ© ces actes pour pouvoir ĂȘtre sauvĂ©s. Ils les ont posĂ©s car cela valait la peine et ils avaient envie de vivre ainsi. On est dans l’ordre du choix de vie, du style de vie et pas dans la todo list.

Le pape François, dans son encyclique Fratelli tutti, parle de gratuitĂ© qui accueille. Pour lui, c’est sortir du mercantilisme : tu me donnes, je te donne ainsi que je te donne, mais mon rendement sur investissement vaut la peine. On est alors dans un registre commercial, qui quand il domine nos vies, les transforme en un commerce anxieux (Fratelli tutti n° 140).

Le tĂ©moignage de la vie du Christ nous amĂšne a pouvoir vivre un dĂ©centrement de nous-mĂȘme pour entrer dans une relation plus juste. L’attention aux petits, qui sont incapables de rendre, montre bien que ce qui est gratuit Ă  de la valeur. C’est une autre maniĂšre de vivre. L’ironie c’est que la peur du manque nous pousse Ă  des maniĂšres de faire qui tuent plutĂŽt qu’à des maniĂšres de faire qui nous permettent de vivre. Le tĂ©moignage du Christ est lĂ  pour nous rappeler que nous sommes faits pour la vie.

Demande de grñce : prendre davantage conscience de qui est ce Fils de l’homme pour moi.

1) Quand le Fils de l’homme viendra


A quoi ressemble ce Fils de l’homme pour moi ? Est-ce celui du tympan de Notre Dame ? Est-ce une autre reprĂ©sentation que j’ai de lui ? Est-il imposant avec son trĂŽne et tous ses anges, ou plutĂŽt berger en train de courir aprĂšs ses moutons ?

2) Il placera les brebis Ă  sa droite et les chĂšvres Ă  sa gauche.

Est-ce que j’ai peur du jugement dernier ? Si oui, qu’est-ce qui me prĂ©occupe ? Si non est-ce de l’indiffĂ©rence ? Ou un « truc pas clair » ou que j’ai pas encore considĂ©rĂ© ? Est-ce que je peux en parler dans la priĂšre Ă  mon Dieu.

3) Seigneur quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir ?

Laisser raisonner en moi cette bonne surprise. Quelles sont ces maniĂšres de faire qui sont en moi et que je retrouve dans l’évangile ?

Messe du 15 novembre

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 14-30)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples cette parabole :
« C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
À l’un il remit une somme de cinq talents, Ă  un autre deux talents, au troisiĂšme un seul talent, Ă  chacun selon ses capacitĂ©s.
Puis il partit.

Aussitît, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres.
De mĂȘme, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.
Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maütre.

Longtemps aprĂšs, le maĂźtre de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes.
Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, prĂ©senta cinq autres talents et dit :
‘Seigneur, tu m’as confiĂ© cinq talents ; voilĂ , j’en ai gagnĂ© cinq autres.’
Son maßtre lui déclara :
‘TrĂšs bien, serviteur bon et fidĂšle, tu as Ă©tĂ© fidĂšle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’
Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit :
‘Seigneur, tu m’as confiĂ© deux talents ; voilĂ , j’en ai gagnĂ© deux autres.’
Son maßtre lui déclara :
‘TrĂšs bien, serviteur bon et fidĂšle, tu as Ă©tĂ© fidĂšle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’

Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit :
‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur :
tu moissonnes lĂ  oĂč tu n’as pas semĂ©, tu ramasses lĂ  oĂč tu n’as pas rĂ©pandu le grain.
J’ai eu peur, et je suis allĂ© cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’
Son maßtre lui répliqua :
‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne lĂ  oĂč je n’ai pas semĂ©, que je ramasse le grain lĂ  oĂč je ne l’ai pas rĂ©pandu.
Alors, il fallait placer mon argent Ă  la banque ; et, Ă  mon retour, je l’aurais retrouvĂ© avec les intĂ©rĂȘts.
Enlevez-lui donc son talent et donnez-le Ă  celui qui en a dix.
À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever mĂȘme ce qu’il a.
Quant Ă  ce serviteur bon Ă  rien, jetez-le dans les tĂ©nĂšbres extĂ©rieures ; lĂ , il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

Commentaire du P. Etienne Grieu sj

Avec cette page de l’Evangile selon st Matthieu, nous sommes dans les derniers chapitres de son Évangile (chap. 25, pour un texte qui compte 28 chapitres). Et nous sommes juste avant le rĂ©cit de la passion (le chap. 26 commence en rapportant la dĂ©cision des autoritĂ©s de tuer JĂ©sus). Ce texte nous est donc confiĂ© par l’évangĂ©liste, comme rapportant les derniĂšres paroles de JĂ©sus, en finale de son enseignement, avant qu’il nous soit enlevĂ©. Et ce sont des appels Ă  veiller ; on l’a dĂ©jĂ  entendu dimanche dernier avec la parabole des 10 jeunes filles et leur lampe Ă  huile ; et on l’entendra encore dimanche prochain avec la parabole du jugement dernier.

Ce qui est nouveau dans le texte d’aujourd’hui par rapport Ă  celui de dimanche dernier, c’est que l’appel Ă  veiller se dĂ©cline autrement : ce n’est pas seulement un appel Ă  ĂȘtre prĂȘt pour le retour du Seigneur, c’est aussi une invitation Ă  une certaine maniĂšre d’agir et d’ĂȘtre, en l’absence du Seigneur.

La parabole d’aujourd’hui commence en prĂ©sentant un homme qui s’en va. Il part en voyage et ce voyage doit durer longtemps et l’emmener trĂšs loin, de sorte que durant une longue pĂ©riode, il ne sera plus prĂ©sent. Souvent nous Ă©prouvons l’absence de Dieu, le silence de Dieu comme un drame, comme un abandon. Mais le texte d’aujourd’hui nous invite Ă  en dĂ©couvrir un autre aspect : ce retrait de Dieu, nous laisse sans personne pour nous surveiller, sans personne pour nous dire ce que nous devons faire. VoilĂ  peut-ĂȘtre un aspect de la relation que Dieu entend avoir avec nous :  un lien qui n’a rien d’infantilisant ; qui n’est pas toujours en train de nous dire ce que nous devons faire et ne pas faire. Avez-vous remarquĂ© d’ailleurs ? Le maĂźtre, quand il s’en va, donne Ă  ses serviteurs une somme Ă©norme (un talent, c’est l’équivalent de 34 kg d’argent, des millions d’euros). Et il ne laisse aucune consigne. Rien. Il est Ă©tonnant ce maĂźtre ! Comment l’interprĂ©ter cette absence de consigne ? C’est lĂ , justement que notre libertĂ© est convoquĂ©e. Cette absence de consigne laisse la place Ă  notre propre jugement : comment voyons-nous Dieu ? Comme un ĂȘtre irascible et trĂšs exigeant, qui ordonne de loin mais ne prend aucun risque et nous demandera des comptes ? C’est la vision qu’a l’homme qui part enfouir son talent. Il est pĂ©trifiĂ© de peur. Au point qu’il en perd le bon sens. Le maĂźtre, Ă  son retour, lui dira : « mais pourquoi n’as-tu pas pensĂ© Ă  cette chose si simple, de confier cette somme Ă  un banquier ? » Mais il semble que cet homme, par son geste d’enfouir en terre le talent, a voulu ne plus rien avoir Ă  faire avec lui, comme s’il le considĂ©rait comme quelque chose de mort, qu’on doit mettre dĂ©finitivement hors de notre portĂ©e. Il a ainsi coupĂ© les ponts avec son Seigneur, et celui-ci, ne pourra que reconnaĂźtre et entĂ©riner cette situation.

Mais les autres serviteurs, comment ont-ils reçu ces talents ? Ils les ont fait fructifier. Ça veut dire, ils ont pris des risques ; et surtout, ils ont considĂ©rĂ© que ces talents Ă©taient vraiment leurs ; sans quoi ils n’auraient pas osĂ© les mettre en jeu.

Alors, la question du jour Ă  1000 euros (ou Ă  5 talents) : le maĂźtre a-t-il vĂ©ritablement donnĂ© ces talents, ou bien les a-t-il simplement prĂȘtĂ©s ? les serviteurs, emploient le terme « confier » (« tu m’avais confiĂ© cinq talents » ; le verbe grec pourrait se traduire aussi : tu m’avais remis ; tu m’avais transmis – comme on transmet un hĂ©ritage – tu m’avais livrĂ© – c’est le mĂȘme verbe qui est employĂ© pour parler du Christ livrĂ© Ă  ceux qui le mettront Ă  mort) ; le maĂźtre, lui, dans la finale de la parabole, parle de « donner » (« tout homme Ă  qui l’on donnera, il sera dans la surabondance »). Eh bien, je pense que les deux verbes se complĂštent bien : les talents que Dieu nous confie, c’est vraiment un don, un prĂ©sent, qui nous est remis, et nous pouvons nous l’accueillir comme Ă©tant vĂ©ritablement nĂŽtre. Et en mĂȘme temps, en employant le verbe « confier » ou « transmettre », les serviteurs soulignent qu’ils n’ont pas oubliĂ© que ce qu’ils ont, ils l’ont reçu d’un autre ; voire mĂȘme, que ce prĂ©sent porte la trace de Celui qui a livrĂ© sa vie pour nous, l’a vĂ©ritablement donnĂ©e. Et puis, en employant ce verbe, ils ne s’installent pas dans l’imaginaire du propriĂ©taire exclusif, car, se souvenant que ce don leur a Ă©tĂ© livrĂ©, ils pourront Ă  leur tour le partager, le livrer eux-aussi, voire se livrer eux-mĂȘmes.

Pour finir, je veux souligner une chose : Ă  partir de cette parabole, nous pouvons voir autrement tout ce que nous faisons, toutes les activitĂ©s qui sont les nĂŽtres : tout cela est sous-tendu par le don de Dieu. DĂšs lors, nous pouvons vivre toutes ces activitĂ©s comme autant de rendez-vous avec Lui. De mĂȘme qu’on pense trĂšs souvent Ă  un ĂȘtre cher quand il est loin de nous et que chaque geste que nous faisons peut faire signe de sa part, de mĂȘme toute notre existence peut ĂȘtre habitĂ©e par cette prĂ©sence de Dieu : ce n’est jamais une prĂ©sence qui s’impose, mais c’est la prĂ©sence du donateur, plus prĂ©cisĂ©ment, de celui qui donne la vie. Nous pouvons le retrouver comme tel, dans chacun de nos gestes qui prennent soin de cette vie.

GrĂące demandĂ©e : prendre davantage conscience de tout ce que le Seigneur m’a donnĂ©.

  • Rester sur cet homme qui est en train de donner ses talents (une somme considĂ©rable). ReprĂ©sentez-vous la scĂšne ; quels sont les gestes et les attitudes des personnes, par quoi ils sont habitĂ©s, chacun d’eux ?
  • Regarder les serviteurs qui « aussitĂŽt » vont faire fructifier ce qu’ils ont reçu ; lĂ  aussi, comment vous les reprĂ©sentez-vous ? Par quoi sont-ils habitĂ©s ?
  • Regarder le serviteur qui creuse la terre pour enfouir son talent. Et entendre l’explication qu’il donne (« j’ai eu peur »). Voir cet homme, entrer dans sa maniĂšre de rĂ©agir.
  • Question : le maĂźtre a-t-il donnĂ© ces talents ou les a-t-il simplement prĂȘtĂ©s ? Et pour vous-mĂȘme : tous les talents que vous avez, comment les voyez-vous ?

Parlez librement avec le Seigneur, notamment Ă  partir de ce dernier point ; n’hĂ©sitez pas Ă  l’interroger, Ă  lui demander de vous Ă©clairer : que signifie le don que le Seigneur nous fait ?

Messe du 8 novembre

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 1-13)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples cette parabole :

« Le royaume des Cieux sera comparable Ă  dix jeunes filles invitĂ©es Ă  des noces, qui prirent leur lampe pour sortir Ă  la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles Ă©taient insouciantes, et cinq Ă©taient prĂ©voyantes :
les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
tandis que les prĂ©voyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile.
Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, il y eut un cri :
‘Voici l’époux ! Sortez Ă  sa rencontre.’
Alors toutes ces jeunes filles se réveillÚrent et se mirent à préparer leur lampe.
Les insouciantes demandÚrent aux prévoyantes :
‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.’
Les prévoyantes leur répondirent :
‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous,
allez plutît chez les marchands vous en acheter.’
Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva.
Celles qui Ă©taient prĂȘtes entrĂšrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermĂ©e.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivĂšrent Ă  leur tour et dirent :
‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’
Il leur répondit :
‘Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.’

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Commentaire du P. Miguel Roland-Gosselin sj

Jeunes filles prĂ©voyantes et jeunes filles insouciantes
 L’ñme pleine de sagesse qui pour rien au monde ne manquerait la venue du Fils de l’homme, ou l’ñme flottante qui n’a pas pris les choses au sĂ©rieux et qui risque de le laisser passer
 Les disciples de JĂ©sus qui entendent cette parabole ont un imaginaire biblique suffisamment dĂ©veloppĂ© – et nous aussi, peut-ĂȘtre ? – pour saisir aisĂ©ment de quelles « noces » il s’agit. L’époux, c’est le Messie annoncĂ©, c’est celui qui viendra porter Ă  son terme l’Alliance de Dieu avec l’humanitĂ©. Nous dirons : l’époux, c’est JĂ©sus. Ou si vous voulez, c’est l’amour qui m’attend si j’accueille JĂ©sus. Mon cƓur est-il disposĂ© pour l’accueillir ? Suis-je habitĂ©, oui ou non, par un grand dĂ©sir d’accueillir dans mon existence le visage d’amour du Sauveur ? Si la Bible aime l’image des noces, si JĂ©sus parle de la venue de « l’époux », c’est bien parce qu’il s’agit d’une affaire d’amour ; de laisser venir Ă  soi Quelqu’un, une visite qui dĂ©ploiera en nous la joie d’aimer.

Retournons au texte. Cinq demoiselles d’honneur ont donc rempli leurs lampes, tout ce qu’il faut pour attendre longtemps, et cinq autres n’ont aucune rĂ©serve. Que peut signifier cette image ? J’y vois une affaire de dĂ©sir. Il y a celles dont le dĂ©sir est ardent, inusable, et celles qui prennent les choses trop Ă  la lĂ©gĂšre. Entendez ce que nous disait la premiĂšre lecture : « La Sagesse se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs dĂ©sirs  » Oui, elle viendra, la Sagesse ; il viendra le Christ qui unifie nos cƓurs, mais encore faut-il que soit ardent notre dĂ©sir. C’est par lĂ  que commence la vie spirituelle, quand nous laissons grandir et s’exprimer le meilleur de notre dĂ©sir, quand nous laissons la Sagesse de Dieu creuser en nous une soif de vivre et d’aimer. Rappelez-vous la frĂ©quente insistance de JĂ©sus : « Que dĂ©sires-tu ? » « Que cherchez-vous ? » Cinq des jeunes filles de la parabole n’étaient pas mĂ»res encore pour un vrai dĂ©sir. Cela pourra faire notre premier point de priĂšre. De quoi ai-je soif aujourd’hui ? Pour quelles affaires suis-je capable de me mobiliser franchement ? Accueillir JĂ©sus dans ma vie, me plier Ă  la sagesse Ă©vangĂ©lique, est-ce pour moi un authentique dĂ©sir ?

J’observe ensuite une curiositĂ© qui mĂ©rite un peu d’attention : « Comme l’époux tardait, dit JĂ©sus, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. » Je n’entends lĂ  aucun reproche. Pourquoi JĂ©sus signale-t-il fatigue et sommeil, sinon pour faire entendre que le temps est long ? Eh oui, le temps est long ! Ce fut d’ailleurs une Ă©preuve qu’a traversĂ©e la premiĂšre gĂ©nĂ©ration chrĂ©tienne : tiens, le salut n’est pas pour aujourd’hui ! La Parousie se fait attendre. La rĂ©surrection de JĂ©sus n’a pas mis un terme aux souffrances qui continuent, Ă  l’insatisfaction inquiĂšte de tant de gens, Ă  leur impatience aussi. VoilĂ  un enjeu spirituel important : apprendre Ă  attendre avec justesse. Les derniers mots de la parabole seront « Veillez donc ! » ; oui, mais pas d’une façon tendue et Ă©puisante qui nous interdirait la confiance tranquille et reposĂ©e. Dieu n’exige pas que nous soyons sans cesse sur le qui-vive. Faire de mon mieux, pousser mon dĂ©sir aussi loin que je peux, et m’en remettre paisiblement Ă  Dieu : la sagesse Ă©vangĂ©lique est de ce cĂŽtĂ©-lĂ , dans une certaine qualitĂ© d’attente qui s’appelle la foi. Notre priĂšre pourrait porter quelques instants lĂ -dessus, Ă  contempler les jeunes filles prĂ©voyantes qui dorment en paix, Ă  demander pour soi et pour d’autres la grĂące d’une foi qui donne le repos. Peut-ĂȘtre connaissons-nous des gens qui ont cette grĂące-lĂ , des gens brĂ»lĂ©s d’ardeur et pourtant paisibles ; des sages, comme on les appelle.

Reste la phrase finale, cette sentence dĂ©finitive : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » L’heure de quoi ? L’heure de la mort ? Ou l’heure de la vie, tout autant. L’heure de la rencontre heureuse, l’heure du pauvre qui frappera Ă  la porte, l’heure du bien Ă  faire et du bonheur Ă  recevoir. Dieu aura au fil des jours mille façons de nous solliciter, mille façons de nous rĂ©veiller pour nous tirer plus loin. Le « Veillez donc » nous met en garde contre l’esprit de nĂ©gligence ou de rĂ©signation. Il nous dit : « Tenez bon », et il nous lance en avant. Savez-vous quels seront les tout derniers mots des Écritures, ceux qui referment le livre de l’Apocalypse et la Bible tout entiĂšre ? C’est : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! » VoilĂ  une belle maniĂšre de conclure notre priĂšre : en nous adressant au Seigneur : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! » et en lui demandant de nous rendre trĂšs attentifs. Seigneur, aide-moi Ă  ne pas manquer ta visite, Ă  ne pas passer Ă  cĂŽtĂ© de ta prĂ©sence. Amen.

Préambules. AprÚs avoir soigné la mise en présence de Dieu, je formule une demande de grùce. Par exemple : Seigneur, je voudrais que tu deviennes de mieux en mieux le but de mon existence, le fond de tous mes désirs. Ou bien : Seigneur, fais-moi grandir dans la foi.

1/ « Cinq Ă©taient insouciantes, cinq Ă©taient prĂ©voyantes  » Je regarde ces dix jeunes filles, et je rĂ©flĂ©chis. Leurs lampes plus ou moins remplies sont peut-ĂȘtre l’image d’un dĂ©sir plus ou moins vif. Questions : quels sont mes dĂ©sirs ardents ? Pour quelles affaires suis-je capable de me mobiliser franchement ? Ma vie est-elle tournĂ©e, oui ou non, vers la venue de JĂ©sus ?

2/ Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes… J’imagine les jeunes filles prĂ©voyantes qui dorment en paix, supportant paisiblement l’attente. J’ai une priĂšre aussi pour tant de gens qui souffrent d’attentes insatisfaites. Pour elles, pour moi, je demande la grĂące d’une foi-confiance qui donne le repos. Peut-ĂȘtre ai-je en tĂȘte le visage de quelques personnes qui ont cette grĂące-là ; je les prĂ©sente Ă  Dieu.

3/ « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » L’heure de quoi ? L’heure de la mort ? Ou l’heure de la vie, tout autant. L’heure de la rencontre heureuse, l’heure du pauvre qui frappera Ă  la porte, l’heure du bien Ă  faire et du bonheur Ă  recevoir. J’offre Ă  Dieu ma disponibilitĂ© pour ses visites quotidiennes.

Conclusion : Je peux m’adresser au Christ : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! »