🔮 Mise à jour :  avec le couvre-feu à 23h, la Messe qui prend son temps a reprend son horaire habituel à 19h.

Pour ceux qui ne peuvent pas se joindre à la MT, le commentaire et les pistes pour prier seront publiés ici.

Messe du 20 juin

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 4, 35-41)

Toute la journĂ©e, JĂ©sus avait parlĂ© Ă  la foule. Le soir venu, JĂ©sus dit Ă  ses disciples : « Passons sur l’autre rive. »

Quittant la foule, ils emmenĂšrent JĂ©sus, comme il Ă©tait, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient.

Survient une violente tempĂȘte. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que dĂ©jĂ  elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin Ă  l’arriĂšre.

Les disciples le réveillent et lui disent : « Maßtre, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! »

Le vent tomba, et il se fit un grand calme.

JĂ©sus leur dit : « Pourquoi ĂȘtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux :

« Qui est-il donc, celui-ci, pour que mĂȘme le vent et la mer lui obĂ©issent ? »

Commentaire de Marcel Domergue sj, en remplacement du commentaire de la MT

Comme souvent, le passage d’Ă©vangile que nous lisons aujourd’hui rĂ©capitule toute l’aventure humaine, personnelle et collective. «Le soir venu» est celui qui vient clore le temps des paraboles, des fictions symboliques, qui sont bien des promesses mais ne sont que cela, pour ouvrir la nuit que nous avons Ă  traverser afin d’accĂ©der Ă  notre vĂ©ritĂ©. Sur l’autre rive, JĂ©sus va libĂ©rer un homme qui, sans nom, reprĂ©sente l’humanitĂ© entiĂšre en proie Ă  tous ses dĂ©mons. En terre paĂŻenne, car il n’est pas de lieu, mĂȘme en IsraĂ«l, oĂč ne sĂ©vissent pas les « lĂ©gions » malĂ©fiques. Sans cesse, nous devons partir pour cet ailleurs oĂč nous attendent l’homme et nous-mĂȘmes pour cet affrontement inĂ©luctable, « incontournable », comme on dit. Quittant nos sĂ©curitĂ©s familiĂšres et souvent fallacieuses, nous allons vers notre libertĂ©, notre libĂ©ration. DĂ©jĂ  IsraĂ«l avait dĂ» traverser les eaux mortelles de la mer Rouge et du Jourdain pour marcher vers la Terre promise. Longue marche Ă©prouvante qui dessine la carte de nos vies. Nous avons Ă  surmonter trois vertiges contradictoires : la peur d’aller ailleurs, plus loin, autrement ; l’inquiĂ©tude de rester coincĂ©s dans la mĂ©diocritĂ© de tant de situations oĂč la vie semble nous enfermer ; l’installation dans la bĂ©atitude d’un confort oĂč rien ne bouge. Tout cela correspond Ă  des Ă©clipses de la foi ; cette foi en celui qui s’est dĂ©fini comme le chemin Ă  suivre, notre vĂ©ritĂ© Ă  atteindre, la vie qui nous attend (Jean 14,6).

À tous vents

Le vent qui souffle Ă  la face des eaux, nous l’avons dĂ©jĂ  trouvĂ© en GenĂšse 1 et nous pouvons y voir le prĂ©lude Ă  une crĂ©ation nouvelle, Ă  la CrĂ©ation tout court, qui n’est pas Ă  situer dans le temps mais qui est permanente. Nous sommes sans cesse « au commencement ». Commencement du monde, commencement de nous-mĂȘmes. Mais ce vent n’est pas un vent ordinaire, il est «vent de Dieu», ou mĂȘme «souffle de Dieu». En fin de compte, on peut se demander si tout vent, quelles que soient les causes que la science puisse lui trouver, ne participe pas Ă  ce vent divin. Tout vent en effet est dĂ©placement d’un plein vers un vide. Question : comment se fait-il que ce souffle de vie, qui en GenĂšse 2 fait un vivant de la statue de glaise, puisse devenir mortel, « violente tempĂȘte » ? Comment l’eau primordiale, de laquelle naĂźt toute vie, peut-elle se faire hostile, menaçante ? Comment l’homme peut-il avoir peur de ce qui fait son humanitĂ© ? Ce qui rend le vent de Dieu, l’Esprit, dangereux, c’est la peur que, si souvent, nous en avons : nous n’aimons pas pressentir l’Ă©jection de nos dĂ©mons. C’est pourquoi les premiers mots du Christ Ă  son rĂ©veil, dans notre Ă©vangile, sont « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi? » Merveille : mĂȘme cette absence de foi ne sĂ©pare pas le Christ de ses disciples, ne l’empĂȘche pas d’agir pour les ramener au « grand calme ». Nous pouvons en tirer les consĂ©quences Ă  propos de nos traversĂ©es tumultueuses.

Le sommeil de Dieu

Nous voici embarquĂ©s, parfois victimes de calmes plats, parfois en proie Ă  des coups de vent qui dĂ©passent nos compĂ©tences. OĂč est Dieu Ă  ces moments-lĂ  ? Monde de l’absence de Dieu, de son silence Ă  l’heure de nos dĂ©tresses. Monde entiĂšrement laissĂ© entre les mains de l’homme, pour le meilleur et pour le pire. Un Dieu qui a renoncĂ© Ă  sa toute-puissance en notre faveur. Tel est le prix de notre libertĂ© et de notre croissance vers son image et ressemblance. N’oublions pourtant pas qu’il est la source de la puissance qui nous habite, mĂȘme si nous ne pouvons en faire usage qu’en croyant en elle, en lui faisant confiance. Dans notre Ă©vangile, JĂ©sus dort pendant que ses disciples se dĂ©battent dans la tempĂȘte. Il dort, mais il est lĂ . Sommeil de Dieu, jusque dans les heures et les situations les plus difficiles. Rassurons- nous, nous ne sommes pas seuls ; nous ne sommes jamais seuls. Mais voilĂ , il dort. Quand va-t-il se rĂ©veiller ? Quand nous crierons vers lui, comme dans notre Ă©vangile ? Certes, cela peut se produire, mais son intervention sera tout intĂ©rieure et se soldera le plus souvent par un rĂ©veil de notre foi, comme si c’Ă©tait le sommeil de notre confiance qui faisait dormir Dieu. En fait, il garde sa toute-puissance, mais elle ne se manifeste qu’au moment oĂč, ayant Ă©puisĂ© toutes nos ressources, fourni tous nos efforts, perdu toutes nos illusions de maĂźtrise des Ă©lĂ©ments, nous ouvrons nos mains crispĂ©es et confessons notre impuissance. Traduisons : au-delĂ  de notre mort. Le rĂ©veil du Christ dans la barque est une figure pascale.

Demander une grùce. « Seigneur, fais grandir en moi la foi. »

1 – « Passons sur l’autre rive. » J’entends cette invitation de JĂ©sus Ă  franchir avec lui un cap, Ă  oser avec lui une traversĂ©e. De quoi pourrait-il s’agir ? RĂ©flĂ©chir.

2 – « MaĂźtre, nous sommes perdus ! » Je regarde les vagues qui s’acharnent, la barque qui prend l’eau, tandis que JĂ©sus dort
 Contempler la scĂšne. Et rĂ©flĂ©chir : Ă  quoi appliquerais-je cela ? Ă  l’Église ? au monde qui m’entoure ? Ă  moi-mĂȘme ?

3 – Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Je contemple l’évĂ©nement. Je m’offre Ă  ce calme qui vient pour qu’il pĂ©nĂštre en mon cƓur.

4 – « N’avez-vous pas encore la foi ? » Je rĂ©ponds Ă  JĂ©sus ; je lui dis oĂč j’en suis de ma foi-confiance en lui, et en l’avenir, et en la vie.

Messe du 13 juin

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 4, 26-34)

En ce temps-lĂ , parlant Ă  la foule, JĂ©sus disait :

« Il en est du rĂšgne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lĂšve, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-mĂȘme, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blĂ© plein l’épi. Et dĂšs que le blĂ© est mĂ»r, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivĂ©. »

Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le rĂšgne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le reprĂ©senter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sĂšme en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semĂ©e, elle grandit et dĂ©passe toutes les plantes potagĂšres ; et elle Ă©tend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid Ă  son ombre. »

Par de nombreuses paraboles semblables, JĂ©sus leur annonçait la Parole, dans la mesure oĂč ils Ă©taient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout Ă  ses disciples en particulier.

Commentaire de Marcel Domergue sj, en remplacement du commentaire de la MT

La force du Royaume

Certaines paraboles sont exigeantes et nous interpellent vigoureusement. En voici qui viennent nous apaiser. Le «Royaume des cieux» n’est pas Ă  conquĂ©rir de haute lutte, ni mĂȘme Ă  mettre au monde au prix de gros efforts. Le Royaume, c’est-Ă -dire l’accĂšs des hommes Ă  leur humanitĂ© plĂ©niĂšre, a en lui-mĂȘme sa propre force, qui est la force mĂȘme de la crĂ©ation. Si l’on peut comparer le Royaume Ă  la naissance des vĂ©gĂ©taux, c’est parce que les vĂ©gĂ©taux eux-mĂȘmes sont crĂ©Ă©s Ă  l’image du Royaume : toute chose ressemble Ă  Dieu Ă  sa maniĂšre. Faisons l’inventaire de ce que nous rĂ©vĂšlent ces deux petites paraboles de croissance.

Qui est le semeur ?

Il n’y aura ni rĂ©colte ni arbre si personne ne sĂšme une graine. Qui est celui qui sĂšme ? D’autres paraboles nous disent  que c’est le Fils de l’Homme, c’est-Ă -dire le Christ. Mais le Christ sĂšmerait-il la Parole Ă  notre insu ? Tout l’Évangile est lĂ  pour dire le contraire. De plus, la Parole Ă©vangĂ©lique, la Parole-semence, est aujourd’hui rĂ©pandue par les disciples. Le semeur est donc tout Ă  la fois le Christ et les croyants. Le Christ sĂšme par nous, mais nous ne produisons pas la semence. Nous ne pouvons que la recevoir et la transmettre. Alors le champ est ensemencĂ©.

Au début, presque rien

La seconde parabole insiste sur la modestie du commencement, sur le caractĂšre presque imperceptible de la graine qui donnera le grand arbre. Ce «presque rien» contient tout. Ainsi dans notre monde : la parole des croyants est comme perdue dans la cacophonie des discours, des prises de position. L’Évangile nous fait comprendre qu’il n’y a pas Ă  s’inquiĂ©ter de cela : la parole fait son chemin. Le Royaume, secrĂštement, prend toutes ses dimensions, occupe tout le terrain. IrrĂ©pressible.

Semer et dormir

Le semeur de la premiĂšre parabole, en l’occurrence nous, n’a pas la maĂźtrise de la croissance du grain. Cela nous dĂ©passe, nous Ă©chappe. Quoi que nous fassions, une fois semĂ©, le grain fait son travail d’enfantement. Cela peut apaiser nos soucis de voir ou de ne pas voir de rĂ©sultats, nos inquiĂ©tudes Ă  propos de ce que nous pourrions encore faire ou Ă©viter. Nous nous comportons le plus souvent comme si nous Ă©tions seuls au travail, comme si Dieu ne faisait rien. Or nous avons Ă  agir, certes, mais comme si Dieu faisait tout : nous faisons l’Ɠuvre de Dieu, l’Ɠuvre que Dieu fait.

Les oiseaux du ciel

Deux traits peuvent encore retenir notre attention : le Royaume-abri de la seconde parabole, image de la convergence de tous les hommes vers cet arbre plus grand que tous les autres. Image de paix et de fĂ©condité : le nid est le lieu de la naissance. Les derniĂšres lignes disent pourquoi JĂ©sus parle en paraboles : contrairement Ă  d’autres textes des Évangiles, la parabole est prĂ©sentĂ©e ici comme un procĂ©dĂ© destinĂ© Ă  faire comprendre la Parole. Il y a, dans ces phrases, l’écho de la tendresse de Dieu en face de notre faiblesse.

Pour ce temps de priĂšre, vous pouvez demander au Seigneur la grĂące de sentir intĂ©rieurement tout ce qu’il est en train de faire grandir sur la Terre.

Autour de la premiÚre parabole : regardez cet homme qui a jeté en terre la semence. A quoi ressemble-t-il ? (petit ? grand ? jeune ? vieux ?). Suivez-le durant sa journée, regardez-le plongé dans le sommeil. Et voyez-le qui suit la croissance du blé : il ne sait comment, mais ça pousse. Contemplez avec lui tout ce qui a germé et grandi.

Autour de la deuxiĂšme parabole : regardez la graine de moutarde ; regardez la posĂ©e au creux de votre main. Voyez comme elle est minuscule ! Et restez ensuite devant l’arbre qui a grandi, voyez ses longues branches et les oiseaux qui sont venus y faire leur nid.

Et pour finir : regardez JĂ©sus, voyez son attitude et son visage lorsqu’il raconte ces paraboles. Sentez le dĂ©sir qui l’habite. Que veut-il partager Ă  ceux qui l’écoutent ?

Messe du 6 juin

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (14, 12-16.22-26)

Le premier jour de la fĂȘte des pains sans levain, oĂč l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de JĂ©sus lui disent :

« OĂč veux-tu que nous allions faire les prĂ©paratifs pour que tu manges la PĂąque ? »

Il envoie deux de ses disciples en leur disant :

« Allez Ă  la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra Ă  votre rencontre.

Suivez-le, et lĂ  oĂč il entrera, dites au propriĂ©taire :

“Le MaĂźtre te fait dire : OĂč est la salle oĂč je pourrai manger la PĂąque avec mes disciples ?”

Il vous indiquera, Ă  l’étage, une grande piĂšce amĂ©nagĂ©e et prĂȘte pour un repas.

Faites-y pour nous les préparatifs. »

Les disciples partirent, allÚrent à la ville ; ils trouvÚrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparÚrent la Pùque.

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »

Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grĂące, il la leur donna, et ils en burent tous.

Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versĂ© pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour oĂč je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

AprÚs avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.

Commentaire pour introduire Ă  la priĂšre par le P. Jacques Enjalbert sj

Et ils préparÚrent le repas du Seigneur


Ce rĂ©cit de la prĂ©paration de la PĂąques n’est pas sans parallĂšle avec celui de la prĂ©paration de l’entrĂ©e triomphale de JĂ©sus Ă  JĂ©rusalem qui a eu lieu quelques jours plus tĂŽt, et que nous entendons le dimanche des Rameaux.

Ici, il s’agit de prĂ©parer le Seder, le repas du soir de la PĂąque juive oĂč chaque famille est appelĂ©e Ă  revivre et faire mĂ©moire de la nuit au cours de laquelle le Seigneur a libĂ©rĂ© le peuple hĂ©breu de la main des Egyptiens. Comme au jour historique, chaque famille mange l’agneau rĂŽti avec des herbes amĂšres et des pains sans levain, le bĂąton Ă  la main, la ceinture au rein, prĂȘte Ă  tout quitter pour ĂȘtre conduite Ă  travers la mer Rouge vers la terre de libertĂ©. La nuit de ce grand passage, le sang de l’agneau immolĂ© avait Ă©tĂ© apposĂ© sur le linteau de chaque maison et l’ange exterminateur de Dieu avait Ă©pargnĂ© les enfants des hĂ©breux alors qu’il frappait Ă  mort les 1ers nĂ©s des Égyptiens de sorte que, dans les lamentations, Pharaon avait enfin dĂ©finitivement laissĂ© IsraĂ«l quitter l’Egypte.

Il s’agit donc pour les disciples de JĂ©sus de trouver un lieu oĂč prĂ©parer et vivre ce repas de la dĂ©livrance, aprĂšs immolation des agneaux au Temple qui avait eu lieu dans l’aprĂšs-midi 
 Ce sera le CĂ©nacle, cette chambre haute d’une maison de JĂ©rusalem. Pour ce faire, JĂ©sus envoie ainsi deux disciples en avant de lui, comme des ambassadeurs. C’est donc qu’il s’agit plus que d’un simple repas intime mais d’un nouvel Ă©vĂ©nement historique de salut qui sera un signe pour tous
 Ă  la hauteur de l’entrĂ©e de Roi Messie dans la Ville de Dieu quelques jours plus tĂŽt.

Et si l’on regarde bien les dialogues entre les disciples et JĂ©sus, on voit que ceux-ci lui demandent oĂč il veut manger la PĂąque, mais que JĂ©sus va les associer intimement Ă  cette action : il s’agit de la manger, Lui avec « ses »disciples, puis mĂȘme de faire « pour nous » les prĂ©paratifs
 Cet Ă©vĂšnement du don de Dieu Ă  la CĂšne, est un repas d’amour oĂč nous sommes intimement associĂ©s
 Et ici JĂ©sus est dit appelĂ© MaĂźtre par ses disciples, mais dans le geste qu’il pose, la prescience qu’il a de ce que trouveront les disciples trouveront, c’est dĂ©sormais en « Seigneur », uni Ă  son PĂšre en cet instant et accomplissant l’Ɠuvre mĂȘme de salut de Dieu, Dieu lui-mĂȘme nĂ© de Dieu que JĂ©sus agit
 Ce repas est le repas du Seigneur


Prenez, ceci est mon corps
 Ceci est mon sang, versé pour la multitude

La liturgie d’aujourd’hui saute les versets oĂč JĂ©sus Ă©voque la trahison de Judas pour nous centrer sans dĂ©tour sur le geste de la CĂšne, le cƓur de ce repas. Le geste que JĂ©sus pose, c’est celui de tout pĂšre de famille juive le soir du shabbat. Il prend la bouchĂ©e, en mange le premier puis tous ensuite. Mais rompre le pain Ă  la Passion prend ici un sens nouveau.

JĂ©sus le rompt comme le signe du don de sa vie, librement. Il se donne lui-mĂȘme, nourriture partagĂ©e pour tous. Le Geste qui nous sauve dĂ©finitivement de nos esclavages et de la mort Ă  PĂąques, ce n’est plus le sang d’un agneau qui protĂšge du vent de la colĂšre de Dieu qui s’abat sur le mal, mais l’amour mĂȘme de Dieu pour nous, qui vient vivre en nous et se rĂ©vĂšle victorieux des forces de la mort.

« Ceci est mon corps », dit-il à ses disciples. Ce pain rompu est la présence réelle du Christ parmi les siens. Quand, à la suite des 12, nous rompons et mangeons le pain et le partageons aprÚs Pùques, nous devenons réellement le corps du Christ, sa présence réelle dans le quotidien des jours.

De mĂȘme avec la coupe. Les disciples la boivent avant que JĂ©sus ne dise ceci est mon sang. Sa parole concerne donc le vin bu par les Douze ; ils sont devenus ce qu’ils ont consommé : le sang de l’Alliance. Le sang n’est pas rĂ©pandu sur les disciples pour les purifier, mais il est consommĂ© par eux, signe d’une « communion de vie » avec lui et entre eux.

Nous voici devenus prĂ©sence du Christ au cƓur mĂȘme de la violence qui dĂ©fait l’histoire, prolongeant l’alliance et l’Ɠuvre agissante de JĂ©sus de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Invitation Ă  devenir la communautĂ© de service, dans la non-violence, Ă  son image : donner sa vie en rançon pour la multitude.

Au cƓur de notre histoire, dans l’attente du banquet au ciel, il nous est donnĂ© ce repas de communion avec lui qui refait nos forces…

Pour nous, il s’agit dĂ©sormais de prendre librement ce pain, et par lĂ  d’adhĂ©rer dans la foi au don de Dieu. En mangeant le corps mĂȘme de JĂ©sus, en buvant son sang, nous sommes invitĂ©s Ă  le laisser s’unir Ă  nous, lui laisser la place d’une union intime oĂč il veut venir vivre sa vie en nous, accepter de nous donner nous-mĂȘmes Ă  notre tour dans ce mĂȘme mouvement pour partager Ă  tous, et de multiples maniĂšres, cet amour du PĂšre et du Fils plus fort que tout. Cela va bien au-delĂ  d’un rituel religieux Ă  la messe
 En mangeant son corps et buvant son sang, c’est toute notre vie qui est appelĂ©e Ă  devenir eucharistie, don d’amour de Dieu pour nous libĂ©rer du mal.

AprÚs avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers

Pour finir, les disciples chantent avec le Christ les psaumes de la liturgie du Seder. Rappel des hauts faits du Dieu d’IsraĂ«l qui a libĂ©rĂ© son peuple de la servitude, Chant qui confie Ă  Dieu sa douleur et sa dĂ©tresse et remercie de nous avoir sauvĂ© de l’angoisse et prĂ©servĂ© de la mort. Oui, nourris de l’eucharistie, nous pouvons chanter Ă  notre tour et nous livrer comme le Christ au don de l’amour sans retour.

Pour commencer de temps de priĂšre, je demande au Seigneur la grĂące de connaĂźtre intimement comment Il se donne Ă  moi dans l’eucharistie, pour que je vive davantage de sa vie. Je peux aussi imaginer la scĂšne : JĂ©sus, Ă  table avec les 12 au soir de sa Pas-sion, dans la salle haute… Puis je peux m’arrĂȘter sur ces trois points :

Et ils prĂ©parĂšrent le repas du Seigneur : je laisse rĂ©sonner le dialogue entre JĂ©sus est ses disciples et contemple comment Il agit ici en MaĂźtre et plus qu’en MaĂźtre. Comme en entrant Ă  JĂ©rusalem, c’est en Messie qu’il veut ce repas. Il fait de ses disciples les am-bassadeurs de l’acte de salut qu’il va poser
 Et dans le « nous » final, il indique que ce repas est tout autant repas de communion intime avec lui. Je prends la mesure de ce dessein
 Qu’est-ce qui me touche plus particuliĂšrement ?

Prenez, ceci est mon corps
 Ceci est mon sang, versĂ© pour la multitude : Je contemple JĂ©sus agir au cours de ce repas et laisse rĂ©sonner les paroles qu’il prononce. Il rompt le pain et le donne aux Douze, signe du don de sa vie ; prĂ©sence rĂ©elle de son corps. En le prenant et le mangeant nous voici son propre corps, sa prĂ©sence rĂ©elle dans notre quotidien. Pour la coupe, les disciples boivent avant que JĂ©sus prononce les paroles. Les voici vivants d’un mĂȘme sang, d’une mĂȘme vie, la sienne, livrĂ©e pour que tous aient la vie du PĂšre en abondance. Je me laisse toucher pas ce qui se joue là


AprĂšs avoir chantĂ© les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers : JĂ©sus ac-complit ici tout le dessein du PĂšre rĂ©vĂ©lĂ© Ă  IsraĂ«l
 Uni Ă  Lui, je peux partager sa priĂšre, son dĂ©sir. Nourri de l’eucharistie nous pouvons nous aussi nous livrer avec Lui sans re-tour


Pour finir, je peux revenir sur une chose ou l’autre qui m’a plus touchĂ© lors de ce temps de priĂšre et rester aprĂšs du Seigneur comme un ami avec son ami : lui parler, l’écouter, me laisser conduire


Messe du 31 mai

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt  28, 16-20)

En ce temps-lĂ , les onze disciples s’en allĂšrent en GalilĂ©e, Ă  la montagne oĂč JĂ©sus leur avait ordonnĂ© de se rendre.

Quand ils le virent, ils se prosternĂšrent, mais certains eurent des doutes.

JĂ©sus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a Ă©tĂ© donnĂ© au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du PĂšre, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur Ă  observer tout ce que je vous ai commandĂ©. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Pour finir ce temps de PĂąques, la liturgie va enchaĂźner 2 fĂȘtes : aujourd’hui la fĂȘte de la sainte TrinitĂ©. Et dimanche prochain la fĂȘte du saint sacrement du corps et du sang du Christ. D’une certaine maniĂšre, deux rĂ©ponses Ă  des questions essentielles : Qui est Dieu ? Comment vivre en chrĂ©tien ?

Qui est Dieu. Qu’est-ce que la TrinitĂ© ? Étonnamment l’évangile choisi pour cette fĂȘte ne semble pas en parler pas tant que ça. On y fait mĂ©moire de retrouvailles de JĂ©sus ressuscitĂ© et des onze disciples. On y parle d’un envoi en mission et de consignes claires : baptisez, enseignez. Enfin, une promesse est faite par JĂ©sus : « je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».

Je vous propose donc deux images qui m’aident Ă  entrer dans ce mystĂšre de la TrinitĂ©, mystĂšre qui est un scandale, une hĂ©rĂ©sie pour les juifs ou les musulmans. Dieu Un, unique mais Trine Ă  la fois. Une nature et trois personnes.

  • La premiĂšre me vient de saint Augustin : Dieu est amour. Pour aimer, il faut un vis-Ă -vis. Le PĂšre qui donne cet amour au Fils. Le Fils qui reçoit cet amour et le rend Ă  son PĂšre. Et cet amour qui circule entre le PĂšre et le Fils : l’Esprit saint. La dynamique mĂȘme de Dieu.
  • La seconde nous vient d’Ignace de Loyola : La TrinitĂ© peut ĂȘtre comprise comme trois notes d’un clavier. Chacune Ă  sa couleur, son unitĂ©, son identitĂ© propre. Ensemble, elles forment un accord qui s’équilibre et se dĂ©ploie en harmonie. Les trois notes sont Ă  la fois autonomes, mais intimement liĂ©es les unes aux autres.

Mais revenons Ă  ce passage que nous offre cette finale de saint Matthieu.

PremiĂšre chose qui me marque c’est une constance dans les apparitions de JĂ©sus : Les doutes de certains au moment des apparitions. Ces doutes, nous les partageons. MĂȘme si nous le dĂ©sirons, notre cƓur n’est pas dĂ©livrĂ© des doutes. Certes, il y a bien ces moments de fulgurances au cours d’une retraite spirituelle, devant une Ɠuvre d’art ou un paysage, dans les bras d’un ou une ami-e : un sentiment d’une intimitĂ© avec Dieu comme pour les disciples d’EmmaĂŒs. Mais avouons que souvent, pris dans le quotidien, un doute persiste. Oui, comme aujourd’hui pour ces disciples qui sont sur le point de devenir des apĂŽtres ! Le doute n’est pas toujours un mauvais signe. Il exprime aussi notre fragilitĂ©, nos peurs face Ă  l’inconnu. Parlez-en Ă  des couples, Ă  des religieuses ou religieux, Ă  des hommes ou des femmes qui ont fait des choix de vie. Le doute Ă©tait sans doute lĂ , mais submergĂ© par un autre sentiment, une autre urgence : aimer ! Donc le doute.

Second point, JĂ©sus nous envoie les mains vides. j’aurai aimĂ© entendre comme pour l’envoi comme en Mt 10,1 « Alors JĂ©sus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guĂ©rir toute maladie et toute infirmitĂ©. » LĂ , les disciples sont armĂ©s, ils peuvent affronter le monde : rien ne les arrĂȘtera. Or ici, mĂȘme si on est toujours dans Matthieu, il me semble que l’emphase est mise sur autre chose. JĂ©sus dĂ©bute en disant : « Tout pouvoir m’a Ă©tĂ© donnĂ© au ciel et sur la terre. » Oui trĂšs bien, mais bon lĂ , on est seul puisque tu t’en vas JĂ©sus
 Et si JĂ©sus s’en allait justement pour qu’on ne soit pas seul, qu’on ne soit pas fascinĂ© par sa personne, comme saint Ignace qui rĂȘvait de faire sa vie en Terre Sainte Ă  prier sur les lieux saints
 Oui qu’on ne soit pas fasciner par JĂ©sus, car alors il est une idole
 mais mu par son Esprit. C’est son esprit reçu au baptĂȘme et accueilli personnellement le jour de notre confirmation, qui nous donne d’inventer Ă  frais nouveau nos vies. Nos vies unies Ă  Dieu, dirigĂ©es vers le PĂšre, Ă  la maniĂšre du Fils et dans la dynamique d’amour qu’est l’Esprit. Donc merci Seigneur car tu nous envoies les mains vides.

Enfin, dernier point, cette union Ă  Dieu, cette vie dans l’Esprit, cette visĂ©e vers le PĂšre Ă  la maniĂšre du Fils, tout cela, ce n’est pas pour nous seuls. Nous sommes appelĂ©s Ă  en ĂȘtre les tĂ©moins. Oui, comme le dit le pape François, soyons des disciples-missionnaires. Quand je dis cela, je ne le dis pas pour vous. Je le dis d’abord pour moi. De quelle maniĂšre est-ce que je rĂ©ponds Ă  cet appel pressant du Christ Ă  baptiser et enseigner la loi d’amour Ă  toutes les nations ? À partir de quels dons de l’Esprit est-ce que je peux rĂ©pondre Ă  cet appel ? Laquelle de mes fragilitĂ©s peut ĂȘtre une voie royale pour faire connaĂźtre Dieu et l’amour dont il aime le monde ? C’est une rĂ©ponse personnelle qui est attendue de notre part Ă  chacune et Ă  chacun. Cette rĂ©ponse sera de toutes maniĂšres, une façon de rejoindre l’amour du PĂšre pour l’humanitĂ©, l’accueil total de la vie par le Fils et l’imprĂ©visibilitĂ© du souffle de l’Esprit Saint.

Pour résumer :

  1. N’ayons pas peur des doutes pour nous Ă©lancer Ă  la suite du Christ.
  2. Offrons nos mains et nos cƓurs ouverts à l’Esprit pour qu’il les comble.
  3. Soyons les disciples-missionnaires dont le monde a besoin, confiant en nos dons reçus largement.

Demande de grĂące

Donne-moi Seigneur de reconnaütre les dons qui m’habitent et qui me donne de participer dùs maintenant à la dynamique trinitaire de l’amour en Dieu et pour le monde.

Point 1

Ces mots sont les derniers de l’évangile selon saint Matthieu : Je contemple la scĂšne. Les onze qui se retrouvent sur une montagne de GalilĂ©e. Puis JĂ©sus qui est lĂ , prĂ©sent au milieu d’eux. Les doutes de certains. L’émerveillement d’autres. À mon tour je m’approche pour Ă©couter le ressuscitĂ©.

Point 2

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples. » Cet envoi adressĂ© Ă  ces hommes il y a 2000 ans, a portĂ© du fruit. Si je suis ce soir Ă  la MT, c’est grĂące Ă  eux. Un instant, j’imagine ce feu de la Bonne Nouvelle qui s’est rĂ©pandu Ă  travers le monde, Ă  travers les siĂšcles, jusqu’à moi. J’en rends grĂące.

Point 3

Être missionnaire n’est pas rĂ©servĂ© Ă  une Ă©lite ou Ă  un petit groupe de savants ; Chaque croyant est appelĂ© Ă  faire de sa vie un tĂ©moignage du Christ ressuscitĂ©, de la vie donnĂ©e en abondance, de l’espĂ©rance de la mort vaincue Ă  jamais. Sans fausse modestie, quelle est ma maniĂšre de vivre cela ? Quel don ai-je reçu ? J’en parle Ă  Dieu.

Messe du 23 mai

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Quand viendra le DĂ©fenseur, que je vous enverrai d’auprĂšs du PĂšre, lui, l’Esprit de vĂ©ritĂ© qui procĂšde du PĂšre, il rendra tĂ©moignage en ma faveur.

Et vous aussi, vous allez rendre tĂ©moignage, car vous ĂȘtes avec moi depuis le commencement.

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.

Quand il viendra, lui, l’Esprit de vĂ©ritĂ©, il vous conduira dans la vĂ©ritĂ© tout entiĂšre.

En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-mĂȘme : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaĂźtre.

Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaĂźtre.

Tout ce que possĂšde le PĂšre est Ă  moi ; voilĂ  pourquoi je vous ai dit :

L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaĂźtre. »

Homélie du P. Marcel Domergue sj (en remplacement du commentaire de la MT)

Bien sĂ»r, nous sommes ici dans les mĂ©taphores. Quand l’Écriture nous dit que Dieu est Esprit, elle nous dit par lĂ  que Dieu n’est pas corporel. Or le souffle humain est matiĂšre, corps. Oui, mais notre souffle est quelque chose qui entre en nous et qui sort de nous ; il est communication avec l’extĂ©rieur, dĂ©placement. C’est pour cela que JĂ©sus, dans notre Ă©vangile, souffle sur ses disciples et leur dit : «Recevez l’Esprit Saint » Quelque chose de lui passe en eux, et cette «mobilité» va les rendre mobiles : Jean ne le dit pas ici, mais ils vont partir pour annoncer la Bonne Nouvelle ; les verrous de leurs portes vont sauter. Le don de l’Esprit selon le quatriĂšme Évangile se passe de façon plus discrĂšte que dans les Actes (1re lecture). Pas de bruit assourdissant, pas de coup de vent, pas de feu cĂ©leste. On pense Ă  la brise lĂ©gĂšre qui vient faire sortir Élie de la caverne oĂč il s’enferme (1 Rois 19,12). Luc, lui, veut plutĂŽt nous faire penser au don de la Loi au SinaĂŻ. La Loi gravĂ©e sur la pierre, extĂ©rieure Ă  ses destinataires, va faire place Ă  une « loi » intĂ©rieure, gravĂ©e dans les cƓurs. Cette loi ne procĂ©dera pas par obligation, mais par inspiration, c’est le cas de le dire. C’est cette inspiration qui nous fera parler et agir, parfois de façon imprĂ©visible, car «le vent souffle oĂč il veut ; tu entends sa voix mais tu ne sais ni d’oĂč il vient ni oĂč il va», et ce chapitre 3 de Jean parle Ă  ce sujet d’une nouvelle naissance. Le souffle qui anime cet homme nouveau est le souffle de Dieu lui-mĂȘme. C’est pourquoi nous sommes, comme JĂ©sus, appelĂ©s « fils de Dieu ».

De quel esprit sommes-nous ?

En un certain sens, nous pouvons dire que l’Esprit qui nous est donnĂ© au-delĂ  de notre premiĂšre naissance a quelque chose Ă  voir avec nos «mentalitĂ©s». En d’autres termes, l’Esprit de Dieu ne se contente pas de nous animer de temps en temps d’inspirations incontestables, au coup par coup ; il nous habite en permanence, il fait chez nous sa «demeure». Moyennant l’accueil de notre libertĂ©, il peut modeler nos maniĂšres globales de penser et de vivre. Il y a en nous «quelque chose» qui nous anime et nous vient d’ailleurs. À vrai dire, l’Esprit de Dieu n’est pas le seul Ă  pouvoir ainsi colorer notre existence. Il y a d’autres «esprits» qui hantent notre atmosphĂšre, les «puissances des airs» dont parle Paul en ÉphĂ©siens 2,2. L’air du temps, si l’on veut. Contagion du dĂ©sir de nous placer au-dessus des autres, de nous faire «comme des dieux», de construire des tours de Babel qui nous feraient atteindre les cieux et qui, en fin de compte, nous rendent incomprĂ©hensibles les uns pour les autres. L’Esprit de Dieu, lui, nous rend ouverts aux autres, parce qu’il remplace en nous le dĂ©sir de les dominer par la volontĂ© de les servir, de leur servir. Alors nous pouvons nous comprendre. Tel est «le don des langues», langues de feu, langage de l’amour. Parce que, je viens de le dire, l’accueil de cet Esprit de Dieu dĂ©pend de l’accueil par notre libertĂ©, nous avons Ă  nous demander de quel esprit nous sommes, l’esprit du monde ou l’Esprit de Dieu. Gardons confiance : l’Esprit de Dieu est plus fort, autour de nous et en nous, que l’Esprit du monde.

L’Esprit et le Corps

Dieu crĂ©e en distinguant, en diffĂ©renciant : lumiĂšre-tĂ©nĂšbres, sec-humide
 masculin-fĂ©minin. Ainsi, pour ĂȘtre accompli, achevĂ©, tout ĂȘtre a besoin d’une alliance avec l’autre, le diffĂ©rent. L’hostilitĂ©, la guerre sont en contradiction avec l’acte crĂ©ateur, qui est acte d’amour unifiant. L’Esprit de Dieu, Esprit crĂ©ateur, partant de Dieu, venant Ă  chacun de nous, partant de nous, allant vers chacun des autres, ne vient pas nous faire supprimer nos diffĂ©rences mais nous les faire conjuguer, allier d’un lien conjugal. Les interlocuteurs des disciples au jour de la PentecĂŽte les entendent chacun dans sa langue maternelle. DiversitĂ© des maniĂšres d’ĂȘtre et de dire qui n’est plus, comme Ă  Babel, un lieu de division mais l’instrument d’une unitĂ© nouvelle. Dire Esprit, c’est dire sortie de soi et communication, donc relation. Nous voici reliĂ©s entre nous parce que reliĂ©s Ă  Dieu. ReliĂ©s, et restant nous-mĂȘmes. Un seul Esprit, et pourtant une multiplicitĂ© de dons, de fonctions, de goĂ»ts
 Au chapitre 12 de la premiĂšre lettre aux Corinthiens, Paul insiste longuement sur la diversitĂ© des membres du Corps du Christ, que nous appelons Église. Il y a lĂ  plus qu’une mĂ©taphore : dans la mesure oĂč, diffĂ©rents, nous faisons un dans l’Esprit, nous sommes la visibilitĂ© actuelle du Christ, la rĂ©vĂ©lation de sa prĂ©sence au monde. Un monde qui va, sans le savoir, vers l’unitĂ© dans l’amour.

Je peux demander au début de ce temps de priÚre « ce que je veux et désire ».

1) « Quand viendra le dĂ©fenseur que je vous enverrai… »

Ce dĂ©fenseur (le paraclet selon les traductions) c’est une fonction. Comme si le Christ nous disait, je vous envoie le plombier ou l’infirmiĂšre. Ce dĂ©fenseur-avocat, nous permet de nous mettre en route dans cette ligne de tĂ©moins, de dĂ©fenseur de la foi (expression dĂ©licate). Quels sont les personnes qui m’ont parlĂ© de foi et d’évangile, qui m’ont fait grandir dans ces dimensions-lĂ ? Comment, Ă  mon tour, j’en parle ?

2) « J’ai encore beaucoup de chose Ă  dire 
 mais vous ne pouvez pas les porter »

Combien de fois n’ai-je pas entendu que des chrĂ©tiens ne se trouvaient pas Ă  la hauteur et donc se faisait « discrets » pour leur foi ? Mais pas de honte, le Christ nous demande d’ĂȘtre parfait comme il est parfait (c’est lĂ  oĂč on doit arriver), mais il sait trĂšs bien d’oĂč on part. JĂ©sus n’a jamais eu peur de toucher un lĂ©preux ou un petit ou un « qui ne sait pas tout porter ». Osons donc lui confier nos limites.

3) « Lui me glorifiera… »

Glorifier le Christ, ce n’est pas faire sonner des cymbales devant lui mais reconnaĂźtre le don de sa vie, de sa passion et de sa rĂ©surrection. Quels sont ces aspects du Christ qui sont source d’émerveillement pour moi, ces aspects dont je suis heureux ? Comment est-ce que je lui dis merci pour cela ?

Messe du 16 mai

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 17, 11b-19)

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :

« PĂšre saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donnĂ©, pour qu’ils soient un, comme nous-mĂȘmes.

Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donnĂ©.

J’ai veillĂ© sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va Ă  sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie.

Et maintenant que je viens Ă  toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblĂ©s.

Moi, je leur ai donnĂ© ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de mĂȘme que moi je n’appartiens pas au monde.

Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais.

Ils n’appartiennent pas au monde, de mĂȘme que moi, je n’appartiens pas au monde.

Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.

De mĂȘme que tu m’as envoyĂ© dans le monde, moi aussi, je les ai envoyĂ©s dans le monde.

Et pour eux je me sanctifie moi-mĂȘme, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiĂ©s dans la vĂ©ritĂ©. »

Commentaire du P. Gabriel Pigache sj

JĂ©sus nous rend tĂ©moin de la part la plus intime de son ĂȘtre : sa maniĂšre d’ĂȘtre en relation au PĂšre et sa rĂ©flexion sur le sens de sa vie sur terre. 

C’est l’heure du dernier repas. Dans l’évangile de Jean, et dans la liturgie de la Parole en gĂ©nĂ©ral, les discours qui prĂ©cĂšdent la Passion valent aussi pour le temps de l’Ascension. Comme pour nous dire que chaque sĂ©paration est comme une rĂ©pĂ©tition, au sens d’une prĂ©paration ou d’un rappel, du passage de la mort Ă  la rĂ©surrection. Toute sĂ©paration nous ramĂšne Ă  notre condition finie sur cette terre et Ă  la question de notre existence au-delĂ  de la prĂ©sence sensible commune. Comme Ă  la fin de nos rencontres en « visio » oĂč nous avons besoin de nous parler encore un peu avant de couper l’image. Parfois nous prions ensemble, voire nous Ă©coutons un chant qui nous met ensemble (Zaz chante « Nos vies » : « pour sĂ»r que l’on est bien ensemble ») que nous pourrons Ă©couter de nouveau, et qui nous aide Ă  croire que nous sommes bien ensemble jusqu’à la prochaine visio !

Mais la meilleure garantie que nous restions ensemble est de garder en mĂ©moire ce que nous avons vĂ©cu, et de le confier en toute gratitude au PĂšre. C’est exactement ce que fait JĂ©sus : avant de quitter ce monde et pour ouvrir Ă  ses disciples un accĂšs au PĂšre, il relit devant eux et dans la gratitude ce qu’il a vĂ©cu. Les belles choses, les missions rĂ©ussies (JĂ©sus a gardĂ© ses disciples dans l’unitĂ©), les choses pĂ©nibles que l’on ne voudrait pas vivre une deuxiĂšme fois (la trahison de Juda).

A partir de là, les disciples peuvent comprendre que la parole tout à la fois les relie et qu’elle assume dans la joie qui l’accompagne une certaine solitude.   

JĂ©sus, en parlant au PĂšre, et comme en toute conversation, se lie Ă  lui. C’est un exemple pour que les disciples s’unissent entre eux dans un certain art de la conversation, oĂč l’on fait mĂ©moire de nos joies et de nos peines. Sans attendre de retour, dans une asymĂ©trie oĂč chacun parle un langage diffĂ©rent, s’exprime de maniĂšre diffĂ©rente, mais oĂč chacun compte sur la bienveillance de l’autre.

Cette parole tout Ă  la fois procure de la joie et assume une certaine solitude. Elle procure de la joie parce que les disciples se rĂ©jouiront lorsqu’ils se souviendront de leur histoire commune, et lorsqu’ils dĂ©couvriront de quelle maniĂšre JĂ©sus leur parlait vrai : vĂ©ritĂ© de l’Ecriture qui s’accomplit, vĂ©ritĂ© de la promesse tenue par JĂ©sus de garder ses disciples unis dans le nom du PĂšre, de l’Eglise une en Dieu en dĂ©pit de ses dĂ©sunions et de ses contradictions. Mais cette parole assume une certaine solitude aussi parce que pour donner la joie elle suppose que JĂ©sus se retire, qu’il aille vers le PĂšre, et que les disciples soient envoyĂ©s, avec dans la sĂ©paration la joie comme nouvelle maniĂšre d’ĂȘtre unis les uns aux autres.

Ce qui revient Ă  dire pour moi, le disciple d’aujourd’hui, qu’en reconnaissant la vĂ©ritĂ© des promesses de mon baptĂȘme, j’assume qu’elles m’ont « consacrĂ© dans la vĂ©rité » d’une certaine solitude en Christ. Et cette joie atteint son comble dans le consentement Ă  ĂȘtre envoyĂ©s par un autre et sans mĂ©rite de notre part partager Ă  d’autres une vĂ©ritĂ© sur l’homme : de n’ĂȘtre pas du monde et pourtant dans le monde, seuls avec le Seul, Dieu, tout Ă  la fois diffĂ©rents de Lui et en communion en Lui.

JĂ©sus, en nous partageant sa maniĂšre d’ĂȘtre en relation avec son PĂšre, nous fait deux cadeaux. Il nous offre la parole de gratitude comme moyen de rester en communion entre nous dans la sĂ©paration. Il nous donne accĂšs au PĂšre qui dans cette parole de gratitude, nous partage sa joie de signifier au monde la vĂ©ritĂ© de notre condition humaine, d’ĂȘtre dans notre solitude en communion avec Lui.

Demande de grĂące :  « Offrir au Seigneur tout ce que j’ai et possĂšde et m’en remettre Ă  sa seule bonté ».

1 – « les yeux levĂ©s au ciel, JĂ©sus priait ainsi « PĂšre saint,  » »

JĂ©sus m’accueille dans le moment le plus intime de sa vie : la priĂšre. Avec lui, me remettre en toute confiance au PĂšre en lui disant : « PĂšre  » et lui exprimer ce que je porte en moi aujourd’hui et en cette fin d’annĂ©e universitaire : mes craintes, mes joies, des fiertĂ©s, des Ă©checs,


2 – « Qu’ils soient uns comme nous-mĂȘmes »

JĂ©sus nous indique le chemin de l’unitĂ© : ĂȘtre en relation Ă  un autre, dans le partage de ressemblances et de diffĂ©rences. OĂč en suis-je dans ma relation Ă  un ou une autre diffĂ©rent ? Suis-je suffisamment en confiance pour m’en remettre Ă  Dieu et Ă  sa bontĂ© pour tout ce qui ne dĂ©pend pas de moi ?

3 – « Je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblĂ©s ».

« De mĂȘme que tu m’as envoyĂ© dans le monde, moi aussi, je les ai envoyĂ©s dans le monde ».

Dans le monde, sans ĂȘtre « du » monde, appelĂ©s Ă  partager la joie du Christ.

Quelle est cette joie dont JĂ©sus parle et qu’il me partage ? Joie de la mission accomplie, joie d’ĂȘtre entre bonnes mains et bien gardĂ© du Mauvais, joie d’ĂȘtre envoyĂ© par un autre et sans mĂ©rite de ma part, de connaĂźtre ainsi intimement la vĂ©ritĂ© sur l’homme et de la partager.

Messe du 9 mai

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 15, 12-17)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Vous ĂȘtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.

Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maütre ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Pùre, je vous l’ai fait connaütre.

Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et Ă©tablis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure.

Alors, tout ce que vous demanderez au PĂšre en mon nom, il vous le donnera.

Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »

   Commentaire du P. Miguel Roland-Gosselin sj

Que signifie « aimer » ? Aimer l’homme ou la femme de sa vie, aimer ses parents, ses enfants, aimer ses amis
 S’il y a un dimanche oĂč il faut aborder le sujet, c’est bien aujourd’hui. Faites le compte : entre la deuxiĂšme lecture et l’évangile, les mots amour, aimer et ami sont prononcĂ©s vingt-deux fois. Bien sĂ»r, nous lisons cela durant le temps pascal, car c’est sur la croix du Christ que se rĂ©vĂšle l’amour dans sa plĂ©nitude, ce qu’il est et quels sont ses rĂšgles et son jeu.

Je brosse rapidement trois affirmations majeures sur l’amour.

PremiĂšrement : « Dieu est amour. » Ces mots de saint Jean disent tout. Ils disent qu’au fondement de tout l’ĂȘtre, il y a une source mystĂ©rieuse d’amour, une bontĂ© fonciĂšre qui se diffuse et qui veut toucher chacun et chacune d’entre nous.

Dans notre vie, nous allons tĂącher de beaucoup aimer ; eh bien, commençons par nous laisser aimer, car – vous l’avez entendu – « Dieu nous a aimĂ©s le premier ». Oui, Dieu m’a aimĂ© avant que je l’aime ; mes parents m’ont aimĂ© avant que je les aime ; puisse-t-il en ĂȘtre ainsi ! Si je prends conscience de cela, alors ma vie va se construire sur un fond de gratitude, seul fondement solide pour une existence. Voici un bel exercice pour notre priĂšre : accueillir, laisser descendre l’amour de Dieu, sur soi, sur le monde ; sur moi tel que je suis (avec mes insuffisances), sur le monde tel qu’il est (avec beautĂ©s et souffrances). C’est un acte de foi que de dire : Seigneur, je crois que tu m’aimes, je crois que tu nous aimes. Confesser cela, et donner son amour en retour. Comment saurions-nous aimer, sinon toujours en retour ?

DeuxiĂšme proposition : l’élan d’amour qui me porte vers autrui, sa source mystĂ©rieuse vient de plus loin que moi. « L’amour vient de Dieu », disait encore Jean. Combien de fois avons-nous proposĂ© Ă  des fiancĂ©s de rĂ©flĂ©chir Ă  cela
 D’oĂč vient-il que nous nous aimions ? Par quel mystĂšre ? Une tendresse est venue entre nous, que nous avons dĂ©couverte avec Ă©tonnement ; nous l’avons reconnue, nous avons identifiĂ©e qu’elle Ă©tait fiable – elle vient de Dieu-sait-oĂč et elle nous conduira oĂč Dieu voudra ; nous dĂ©cidons ensemble de lui faire confiance, de la lancer en avant et de la suivre jusqu’au bout. VoilĂ  l’amour. Et alors nous nous regardons l’un l’autre avec un bon sourire, et nous savons que notre sourire s’adresse Ă  plus loin que nous. Il vise Dieu, source de tout amour. « C’est moi qui vous ai choisis et Ă©tablis, pour que vous alliez et portiez du fruit. » Les fiancĂ©s comprennent cela, mais cela vaut pour tout amour vrai et pour toute amitiĂ© authentique.

Enfin, troisiĂšme proposition : si ce qui prĂ©cĂšde est vrai, alors l’amour est une tĂąche, une mission ; il est mĂȘme un devoir d’obĂ©issance : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimĂ©s. » JĂ©sus parle Ă  l’impĂ©ratif. L’impĂ©ratif de l’amour n’est pas une vertu chrĂ©tienne, il s’impose Ă  quiconque souhaite vivre vraiment et entrer dans le jeu de la vie. VoilĂ  Ă  nouveau une matiĂšre intĂ©ressante pour la priĂšre : oĂč m’appelle l’exigence impĂ©rieuse d’aimer ? ÉduquĂ© par l’amour reçu, je tends l’oreille vers les sollicitations de ceux qui attendent d’ĂȘtre aimĂ©s. Instruit par l’amour reçu, mon cƓur s’éveille : il saura (il a su) reconnaĂźtre un amour authentique, une amitiĂ© de qualitĂ©, et y rĂ©pondre joyeusement. Dire « oui » Ă  l’amour qui se prĂ©sente, voilĂ  un commandement, en mĂȘme temps que la plus belle forme de libertĂ© et le geste le plus gracieux de la vie. Et, nous le savons bien, ce n’est alors qu’un dĂ©but. S’ouvre une spirale ascendante, car l’amour engendre l’amour, et nous serons conduits vers une joie plus grande et une obĂ©issance plus intime. L’amour est fait pour qu’on y « demeure », dit JĂ©sus. En amour et amitiĂ©, il faudra durer. Nous avions cru peut-ĂȘtre que ce n’était qu’affaire de sentiments, or l’impĂ©ratif Ă©tait autrement profond ! Les sentiments sont un indicateur magnifique, mais le mystĂšre nous attend plus loin, plus loin dans le don, jusqu’au pardon peut-ĂȘtre. Chaque matin s’ouvre Ă  nouveau l’heureuse tĂąche d’apprendre Ă  aimer.

Quand JĂ©sus eut fini de parler de l’amour il conclut ainsi : « Je vous ai dit tout cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. »

Demander une grùce : Seigneur, apprends-moi à aimer comme tu aimes.

1/ « Dieu est amour. » Affirmation capitale, rĂ©sumĂ© de tout. Trois mots Ă  ruminer inlassablement, pour qu’ils pĂ©nĂštrent. Je les Ă©coute et je les rĂ©flĂ©chis. Disent-ils vrai ? À quoi viennent-ils se heurter ? Regarder le monde tel qu’il est, me regarder moi-mĂȘme tel(le) que je suis, et laisser tomber lĂ -dessus, comme une pluie tranquille, les trois mots : « Dieu est amour ». DĂ©sirer que ces mots dĂ©ploient mon cƓur et mon intelligence.

2/ « Je vous ai dit tout cela pour que ma joie soit en vous  » Les mots amour et amitiĂ© sont-ils pour moi des mots heureux ? Qui m’aime ? Qui est-ce que j’aime ? Regarder des visages. RĂ©flĂ©chir. Parler Ă  Dieu.

3/ « Mon commandement, le voici  » RĂ©flĂ©chir Ă  l’amour-commandement. ConcrĂštement, en quoi l’impĂ©ratif d’aimer me concerne-t-il ? OĂč vient-il me solliciter ? OĂč m’attend-il ? Parler Ă  Dieu.

Messe du 2 mai

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 15, 1-8)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Moi, je suis la vraie vigne, et mon PÚre est le vigneron.

Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Pùre l’enlùve ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.

Mais vous, déjà vous voici purifiés grùce à la parole que je vous ai dite.

Demeurez-en moi, comme moi en vous.

De mĂȘme que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-mĂȘme s’il ne demeure pas sur la vigne, de mĂȘme vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments.

Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-lĂ  porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.

Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jetĂ© dehors, et il se dessĂšche.

Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.

Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.

Ce qui fait la gloire de mon PĂšre, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »

Homélie du P. Marcel Domergue sj (en remplacement du commentaire de la MT)

« Sans moi, vous ne pouvez rien faire. »

Parole surprenante ! Car enfin nous n’avons pas besoin de nous brancher sur le Christ pour construire nos machines, cultiver nos lĂ©gumes, etc. Bien plus, beaucoup «font du bien», «portent du fruit» sans rĂ©fĂ©rence Ă  l’Évangile. Incontestable, en ce sens que l’on peut mener une vie humaine correcte, et mĂȘme plus, sans connaĂźtre ou reconnaĂźtre le Christ. Cependant, Ă  la lumiĂšre de la foi, nous savons que, mĂȘme si nous n’en avons aucune conscience, l’énergie qui nous anime, l’intelligence qui nous guide, la bienveillance qui nous relie aux autres (quand elle est lĂ ) sont Ɠuvre du Verbe, en lequel vit tout ce qui est vie. DĂ©jĂ , la Bible voit la « Sagesse divine » Ă  la source de l’habiletĂ© manuelle de l’artisan. Le Verbe est lĂ , en toute humanitĂ©, chaque fois qu’un homme accepte de faire quelque chose de bon, d’humain. Rien en effet n’échappe Ă  l’action crĂ©atrice de Dieu. Depuis toujours le Verbe se fait chair et le Christ est lĂ , cachĂ© dans le mystĂšre de Dieu et dans l’histoire tumultueuse des hommes. Avec JĂ©sus, ce qui Ă©tait cachĂ© devient visible et nous voici interpellĂ©s par cette parole devenue audible. Soumis Ă  un choix : accueillir ou refuser. C’est pourquoi l’Écriture qualifie souvent le Christ de «juge» : sa prĂ©sence et son action amĂšnent chacun Ă  dĂ©voiler ses pensĂ©es et ses dĂ©sirs les plus profonds : opĂ©ration vĂ©ritĂ©. «Quiconque est de la vĂ©ritĂ© Ă©coute ma voix.»

Connaßtre la vérité pour accéder à la liberté.

On peut se demander en quoi la venue du Christ nous rend service : si tout acte bon d’un incroyant vient en dĂ©finitive du Verbe, est comme une humanisation de la Parole divine, que nous apporte l’Incarnation ? D’abord une rĂ©vĂ©lation : par le Christ, nous apprenons que nos activitĂ©s humaines, et aussi nos prises de position, ont une portĂ©e divine. Du coup, ce fruit que nous portons «demeure» ; il revĂȘt la soliditĂ© de Dieu lui-mĂȘme. Mais ce fruit, c’est d’abord nous-mĂȘmes, transformĂ©s que nous sommes parce que nous choisissons et faisons. Il y a lĂ , dĂ©jĂ , une forme de la promesse de vie Ă©ternelle. Portant le fruit de Dieu, ces sarments que nous sommes ne peuvent finir dans le «feu», pĂ©rir dans la destruction des ĂȘtres inutiles. Mais la rĂ©vĂ©lation donnĂ©e et reçue dans le Christ nous apporte autre chose encore : elle nous fait accĂ©der Ă  la libertĂ© la plus haute qui soit. DĂ©sormais en connaissance de notre vĂ©ritĂ© ultime, nous sommes en mesure de choisir, de rĂ©pondre par oui ou par non. Nous pouvons choisir ce que nous avons Ă  ĂȘtre. Nous sortons de la nuit pour nous diriger en pleine lumiĂšre. Demeurer dans le Christ ou nous sĂ©parer de lui, voilĂ  le choix que nous propose JĂ©sus Ă  travers la parabole de la vigne et des sarments.

Au début, je demande un recueillement vrai durant ce temps de priÚre. Que je sois comme un sarment relié au cep, de qui il reçoit la sÚve.

1/ « Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruits, mon PĂšre l’enlĂšve. »

Seigneur, montre-moi ce qui me demande de l’Ă©nergie mais ne porte pas vraiment de fruits durables dans ma vie. Je te demande de me couper de ces habitudes, de ces chemins sans vie, voire de ces « cul-de-sac ».

2/ « Tout sarment qui porte du Fruit, mon PÚre le purifie en le taillant. »

De quelles Ă©preuves  (petites ou grandes), Seigneur, tu t’es servi pour me « tailler » ? Ces « tailles » ont-elles portĂ© du fruit ? Ai-je le dĂ©sir d’en porter davantage Ă  l’heure d’aujourd’hui?

3/ « Demeurez en moi »

Est-ce que j’ai « demeurĂ© » en toi ces jours derniers (demeurer : je suis bien avec toi et je voudrais que cela ne se termine pas) ? Sinon, puis-je t’en demander la grĂące ?

 4/ Et s’il me reste du temps

« Ce qui fait la Gloire de mon PĂšre, c’est que vous portiez beaucoup de fruits »

Je te rends grùce pour les fruits que je repÚre dans ma vie. Je « pÚse » chacun de ces fruits.

Terminer par un Notre PĂšre.

Messe du 25 avril

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 10, 11-18)

En ce temps-là, Jésus déclara :

« Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis.

Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse.

Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.

Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le PĂšre me connaĂźt, et que je connais le PĂšre ; et je donne ma vie pour mes brebis.

J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise.

Elles Ă©couteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.

Voici pourquoi le Pùre m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau.

Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-mĂȘme.

J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilĂ  le commandement que j’ai reçu de mon PĂšre. »

Homélie du P. Marcel Domergue sj (en remplacement du commentaire de la MT)

Que reprĂ©sente la figure du pasteur, pour les hommes de la Bible ? Bien sĂ»r, les chefs religieux, mais aussi les chefs politiques, le politique et le religieux Ă©tant alors Ă©troitement liĂ©s. Le « pasteur » est celui qui gouverne et conduit par de bons chemins. AutoritĂ© en vue du bien commun. Cela dit, le pasteur vit du troupeau. Il l’exploite, en tire profit. On sait ce qui arrive aux Ă©leveurs quand le lait ne leur est pas payĂ© assez cher. DĂ©pendance mutuelle donc, mais l’objectif du pasteur n’est pas son troupeau, c’est lui-mĂȘme, et nous voyons des Ă©leveurs passer d’une espĂšce Ă  une autre quand la rentabilitĂ© est en jeu. De plus, le pasteur dont parle JĂ©sus n’est mĂȘme pas le propriĂ©taire du troupeau, il est un « mercenaire », payĂ© pour s’occuper des brebis, ce qui met une distance supplĂ©mentaire entre lui et les animaux dont il s’occupe. Enfin, il faut noter que dans notre Ă©vangile le berger est au singulier : il est unique en face d’un troupeau dont les animaux sont multiples. Tous ces traits ont de l’importance, et nous verrons comment le Christ, quand il parle du « bon pasteur », les modifie jusqu’Ă  les inverser. Cela nous conduit Ă  modifier notre maniĂšre de voir Dieu : Ă  force d’utiliser la mĂ©taphore royale (Dieu Roi des rois, Christ-Roi, etc.), nous finissons par nous reprĂ©senter Dieu comme un maĂźtre autoritaire et mĂȘme arbitraire ; un souverain qui nous veut manipulables selon son « bon vouloir ». Ce Dieu-lĂ  a quelque chose Ă  voir avec les mauvais bergers dont parle ÉzĂ©chiel 34, texte qui sert de toile de fond Ă  notre Ă©vangile et que l’on ferait bien d’aller relire.

Chacun pour soi et tous ensemble

Nous n’apprĂ©cions pas beaucoup d’ĂȘtre comparĂ©s Ă  un troupeau. Ce cĂŽtĂ© grĂ©gaire semble nous confondre dans l’anonymat, avec les moutons de Panurge en fond de tableau. Or JĂ©sus inverse cette image : le bon berger connaĂźt chacune de ses brebis et l’appelle par son nom (verset 3, hors lecture). Elle n’est pas pour lui un objet remplaçable mais une personnalitĂ© singuliĂšre, et c’est pour cela qu’il n’abandonne pas la brebis blessĂ©e, malade ou perdue (voir ÉzĂ©chiel 34,16 et Luc 15,4-7), qu’il s’agisse de dĂ©tresse physique, mentale ou morale. Chacun est unique pour le Dieu Un et personne ne doit ĂȘtre perdu. Mais alors, pourquoi parler de troupeau (cf. Psaume 95,7, entre autres) ? Parce que tout ce que nous sommes, tout ce qui fait notre particularitĂ© doit ĂȘtre versĂ© au fonds commun pour construire un seul corps, Ă  l’image du Dieu qui est Union (TrinitĂ©). L’un et le multiple sont ici rĂ©conciliĂ©s, comme Paul l’explique en 1 Corinthiens 12. Donc, le troupeau dont parle la Bible n’est pas un troupeau comme les autres, oĂč toutes les bĂȘtes sont interchangeables. Il en rĂ©sulte que l’autoritĂ© du bon berger, de Dieu lui-mĂȘme, n’a rien Ă  voir avec ce que nous mettons d’habitude sous ce mot. Il s’agit d’une autoritĂ© qui fonde et qui fait croĂźtre, l’autoritĂ© d’un « auteur », « l’auteur de mes jours ». Et nous savons de par ailleurs que le terme de l’exercice de cette autoritĂ© est notre libertĂ©, au-delĂ  des contraintes que la « nature » et la vie nous imposent.

Le berger qui donne sa vie

DĂ©cidĂ©ment, ce « bon berger » n’a rien Ă  voir avec les bergers ordinaires. Ceux-ci vivent de leur troupeau. Au contraire, celui dont parle le Christ, et qui n’est autre que lui-mĂȘme, donne sa vie pour ses brebis. Bien entendu, ces propos font allusion Ă  la PĂąque Ă  venir. Un jour, JĂ©sus dira Ă  ses disciples : « Prenez et mangez, ceci est ma chair livrĂ©e pour vous
 Prenez et buvez, ceci est mon sang versĂ© pour vous. » DĂ©jĂ , au chapitre 6 de l’Ă©vangile selon saint Jean, nous lisions : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie Ă©ternelle […
] il demeure en moi et moi en lui
 » (54-56). Ce n’est plus le troupeau qui nourrit le berger mais le berger qui, de sa propre chair, nourrit le troupeau. Tout ce que nous consommons par ailleurs n’est pas une vraie nourriture, car cela ne nous procure qu’un sursis Ă  la mort. L’Eucharistie signifie tout cela. Certes, elle fait de nous un seul « troupeau », un seul corps, mais partager, prendre et manger ce pain-lĂ  ne porte ce fruit que si nous absorbons aussi sa Parole. Quelle parole ? Dans la seconde lecture, en 1 Jean 3,24, nous lisons que celui qui garde ce que le Christ nous a commandĂ© demeure en Dieu et que Dieu demeure en lui (mĂȘmes mots qu’au chapitre 6). Et le commandement du Christ est de nous aimer les uns les autres, « non pas avec des paroles et des discours mais par des actes et en vĂ©ritĂ© ». Devrions-nous Ă  notre tour nous donner en nourriture Ă  nos frĂšres ? LĂ  aussi, c’est bien ce qui nous est dit dans la deuxiĂšme lecture (en 1 Jean 3,16).

Prendre le temps de me mettre en présence du Seigneur en faisant un geste pour ouvrir ce temps de priÚre, temps de rencontre personnelle avec le Christ.

Demander au Seigneur d’ĂȘtre disponible pour accueillir sa prĂ©sence, me mettre Ă  son Ă©coute et me laisser conduire.

Trois points qui peuvent m’aider à entrer dans la priùre :

1 – Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. Ses brebis sont Ă  lui. Il les connaĂźt, elles le connaissent, comme il connaĂźt le PĂšre et le PĂšre le connaĂźt. Une mĂ©taphore pour dire l’amour du Seigneur pour nous, pour dire qui est le Christ. Comment je reconnais dans ma vie que le Christ me conduit, qu’il est le vrai pasteur et que j’écoute sa voix aujourd’hui.

2 – Pour le mercenaire, les brebis ne comptent pas vraiment. Face au danger, le mercenaire fuit. Quelle expĂ©rience ai-je faite de la prĂ©sence du Seigneur Ă  mes cĂŽtĂ©s lorsque le danger est lĂ . Le vrai berger garde et soutient ses brebis. Prendre le temps de considĂ©rer la prĂ©sence du vrai berger dans les moments de danger et de peur dans ma vie.

3 – Donner sa vie, remettre sa vie pour la recevoir Ă  nouveau. Ce mouvement est au cƓur de la personne du Christ. Une expĂ©rience de dĂ©tachement, pour accueillir sa vie en libertĂ© et ĂȘtre Ă  mĂȘme de la recevoir des mains du seigneur comme un don. Accueillir sa vie, accueillir ma vie. Comment je prends la mesure de la vie qui m’est donnĂ©e, de quelle maniĂšre j’en rends grĂące au Seigneur
 ?

Messe du 18 avril

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Luc (Lc 24, 35-48)

C’était aprĂšs la mort de JĂ©sus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu oĂč se trouvaient les disciples Ă©taient verrouillĂ©es par crainte des Juifs, JĂ©sus vint, et il Ă©tait lĂ  au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! ». AprĂšs cette parole, il leur montra ses mains et son cĂŽtĂ©. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. JĂ©sus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De mĂȘme que le PĂšre m’a envoyĂ©, moi aussi, je vous envoie. ». Ayant ainsi parlĂ©, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses pĂ©chĂ©s, ils seront remis ; Ă  qui vous maintiendrez ses pĂ©chĂ©s, ils seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas, appelĂ© Didyme (c’est-Ă -dire Jumeau), n’était pas avec eux quand JĂ©sus Ă©tait venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Mais il leur dĂ©clara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son cĂŽtĂ©, non, je ne croirai pas ! ».

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas Ă©tait avec eux. JĂ©sus vient, alors que les portes Ă©taient verrouillĂ©es, et il Ă©tait lĂ  au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit Ă  Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon cĂŽtĂ© : cesse d’ĂȘtre incrĂ©dule, sois croyant. ». Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». JĂ©sus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que JĂ©sus a faits en prĂ©sence des disciples et qui ne sont pas Ă©crits dans ce livre. Mais ceux-lĂ  ont Ă©tĂ© Ă©crits pour que vous croyiez que JĂ©sus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Commentaire du P. Gabriel Pigache sj

A table !

 

En dĂ©crivant l’apparition de JĂ©sus Ă  ses disciples le soir de PĂąques, l’évangile insiste sur le fait qu’il se laisse toucher par les siens et qu’il mange avec eux. C’est sur cette expĂ©rience indiscutable que se fondera la foi des apĂŽtres. La foi de Pierre, qui dans les lectures du jour de PĂąques raconte ce mĂȘme repas avec JĂ©sus et qui y puise fermetĂ© pour s’adresser au peuple. La foi de de Jean, qui mĂ©dite Ă  partir de lĂ  le mystĂšre JĂ©sus. Parce qu’il y a un mystĂšre JĂ©sus : JĂ©sus « passe-muraille » ? Insoumis aux contingences matĂ©rielles du temps et de l’espace, pourrait nous apparaĂźtre tout puissant, menaçant ? La rĂ©surrection de JĂ©sus sous forme d’un ĂȘtre vivant comme vous et moi, pour nous qui savons trop la rĂ©alitĂ© matĂ©rielle de la mort, l’impossibilitĂ© scientifique d’un retour des corps de nos dĂ©funts, est-elle crĂ©dible et audible pour nos contemporains ? Le deuil Ă©prouvant de nos morts a-t-il encore un sens si la rĂ©surrection n’est qu’une « rĂ©-animation », un retour Ă  la case dĂ©part ? Oui, il y a dans ce rĂ©cit de la rĂ©surrection un « mystĂšre jĂ©sus » pour lequel nos intelligences exigent plus d’une simple lecture littĂ©rale.

Il y a d’abord la conversation animĂ©e d’un « after »-EmmaĂŒs :  JĂ©sus est venu Ă  leur rencontre, mais incognito, et en se faisant reconnaĂźtre par le signe de la fraction du pain. C’est comme une relation depuis longtemps interrompue : les visages, l’apparence des personnes ont changĂ©, mais les amis se reconnaissent au son de la voix, au sourire, Ă  un certain regard. Pour JĂ©sus, le signe, c’est la fraction du pain. Et puis, au milieu de cette conversation animĂ©e, oĂč l’on parle de JĂ©sus Ă  la troisiĂšme personne, le voilĂ  justement au milieu d’eux ! l’air de rien bien sĂ»r, incognito, et par la salutation ordinaire d’un « Shalom », ou « la paix soit avec vous ». Signe sans doute du style de paix apportĂ© par le Ressuscité : ils sont finis les jours agitĂ©s de la Passion, place Ă  la paix ordinaire des jours.

Mais il en faut davantage pour apaiser les disciples. Leur crainte lĂ©gitime d’un manque de recul, ou d’ĂȘtre trompĂ© par un bon imitateur appelle l’initiative : « voyez mes mains et mes pieds ! » JĂ©sus, en livrant aux disciples son corps brisĂ©, ouvrent leur intelligence Ă  la comprĂ©hension des signes.  Le corps brisĂ© et la fraction du pain, c’est tout un : Dieu se livre entre nos mains.

Ce signe-lĂ  enfin rĂ©veille la joie, mais pas encore suffisamment pour que les disciples croient ! Que leur manque-t-il encore ?  Un repas, un moment de communion, un Ă©change dans lequel chacun prend sa part, oĂč l’on donne et oĂč l’on reçoit. Quel plat JĂ©sus apporte-t-il ? Sa Parole ! Un Parole difficile Ă  entendre mais qui se charge de sens dans le passage de la Passion Ă  la RĂ©surrection : « il faut que s’accomplisse tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit Ă  mon sujet  » JĂ©sus Ă  nouveau « ouvre leur l’intelligence Ă  la comprĂ©hension des Ecritures ». Chercher un sens Ă  l’histoire des hommes, et trouver le sens de mon histoire d’homme et de femme dans la belle histoire de Dieu, c’est la nourriture que JĂ©sus propose Ă  ses disciples. Entrer dans l’intelligence des Ecritures, c’est ĂȘtre nourri sous le signe tout Ă  la fois de la Parole, du Pain rompu, du Corps offert, et de la Communion entre ses membres. La communautĂ© de l’Eglise est le signe d’une communautĂ© oĂč la communion se nourrit d’actes concrets et oĂč le pardon a le dernier mot. OĂč les signes transforment ceux qui les reçoivent eux-mĂȘmes en nouveaux signes d’un sens possible et crĂ©dible de l’histoire.

VoilĂ  le mystĂšre JĂ©sus : non pas un tour de magie, mais un itinĂ©raire, une enquĂȘte Ă  la recherche de la Parole de Dieu rĂ©sonnant dans les Ecritures, dans ma vie ordinaire et Ă  travers des frĂšres et soeurs. Une invitation Ă  prendre place Ă  table !

Demander ce que je veux et désire :  « Seigneur, donne-moi de croire en ta présence effective dans mon histoire ».

  1. « Les disciples qui rentraient d’EmmaĂŒs racontaient aux onze ApĂŽtres et Ă  leurs compagnons ce qui s’était passĂ© sur la route et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain »

Qu’est-ce que j’ai dĂ©couvert de JĂ©sus depuis la veillĂ©e Pascale ? Depuis mon baptĂȘme ? Qu’est-ce que j’ai dĂ©couvert de plus grand que moi et que je ne peux garder pour moi seul.e ?

  1. « Comme ils parlaient encore, lui-mĂȘme Ă©tait lĂ  au milieu d’eux et il leur dit « la paix soit avec vous » . Voyez mes mains et mes pieds : C’est bien moi ! touchez-moi, regardez : un esprit n’a ni chair ni os comme vous constatez que j’en ai
 Avez-vous quelque chose Ă  manger ? »

JĂ©sus s’offre par son corps Ă  moi. Je le vois devant moi, ses membres blessĂ©s. Je le touche, je le contemple
 voire je lui offre quelque chose qui le nourrisse et j’entre en relation avec lui.

  1. « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous  »

JĂ©sus, en retour, nous sert ses paroles, celles qu’il nous a toujours donnĂ©es et que le passage par la Passion et la RĂ©surrection ont enracinĂ©es, renouvelĂ©es. Je me rappelle les versets des Ecritures que j’ai reçues depuis le dĂ©but du carĂȘme, ou de toute parole qui a ouvert mon intelligence sur le sens de de l’histoire dans laquelle je suis engagĂ©.e.

Messe du 11 avril

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 20, 19-31)

C’était aprĂšs la mort de JĂ©sus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu oĂč se trouvaient les disciples Ă©taient verrouillĂ©es par crainte des Juifs, JĂ©sus vint, et il Ă©tait lĂ  au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! ». AprĂšs cette parole, il leur montra ses mains et son cĂŽtĂ©. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. JĂ©sus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De mĂȘme que le PĂšre m’a envoyĂ©, moi aussi, je vous envoie. ». Ayant ainsi parlĂ©, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses pĂ©chĂ©s, ils seront remis ; Ă  qui vous maintiendrez ses pĂ©chĂ©s, ils seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas, appelĂ© Didyme (c’est-Ă -dire Jumeau), n’était pas avec eux quand JĂ©sus Ă©tait venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Mais il leur dĂ©clara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son cĂŽtĂ©, non, je ne croirai pas ! ».

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas Ă©tait avec eux. JĂ©sus vient, alors que les portes Ă©taient verrouillĂ©es, et il Ă©tait lĂ  au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit Ă  Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon cĂŽtĂ© : cesse d’ĂȘtre incrĂ©dule, sois croyant. ». Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». JĂ©sus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que JĂ©sus a faits en prĂ©sence des disciples et qui ne sont pas Ă©crits dans ce livre. Mais ceux-lĂ  ont Ă©tĂ© Ă©crits pour que vous croyiez que JĂ©sus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Commentaire du P. Grégoire Le Bel sj

Le passage biblique de saint Jean commence comme une piĂšce de thĂ©Ăątre : tout est en place, unitĂ© de temps, de lieu et d’action.
‱ Un climat de crainte des persĂ©cutions par les juifs Ă  la suite de la crucifixion de JĂ©sus. Les juifs chez Jean sont celles et ceux qui ont refusĂ© d’accueillir la nouveautĂ© du Christ, Parole vivante de Dieu.
‱ Le lieu ? Une maison verrouillĂ©e.
‱ Le moment ? Le premier jour de la semaine, yom rishon c’est-à-dire, aprùs le Sabbat, notre dimanche.

Et tout à coup, tout se bouscule :
‱ Les portes sont fermĂ©es et pourtant un homme est lĂ  prĂ©sent.
‱ Cet homme est mort trois jours plus tît et il l’est là, au milieu d’eux
‱ Face Ă  la peur, il leur adresse une salutation : « La paix soit avec vous ! »

Ce fameux « shalom » tĂ©moigne d’une salutation, d’un don de paix qui aide Ă  quitter la peur et l’incrĂ©dulité : Il leur faudra voir la marque des clous et de la lance, pour que cette prĂ©sence soit reconnue comme celle de leur ami JĂ©sus. Vient alors le premier des signes incontournables de la vie spirituelle ; la JOIE. Comme chrĂ©tien notre vocation est la joie et la paix. Une joie profonde, celle des retrouvailles, celles des tisanes Ă  la main, celle des kebabs partagĂ©s entre amis, celle des amitiĂ©s de toujours.

On pourrait presque s’arrĂȘter lĂ , tenter de rester dans la bĂ©atitude de la prĂ©sence du Christ ressuscitĂ©. Or vient tout de suite un Ă©vĂ©nement qui fait qu’on est lĂ  ce soir, l’envoi en mission des disciples : « De mĂȘme que le PĂšre m’a envoyĂ©, moi aussi, je vous envoie. » Être chrĂ©tien, ĂȘtre tĂ©moin du Christ ressuscitĂ© n’est pas une nouvelle qu’on garde pour soi, tout simplement parce qu’on ne peut pas : elle jaillit de notre vie, on en rayonne, on ne peut le cacher. MĂȘme les plus timides un jour se sentent pousser des ailes et osent dĂ©clarer leur amour. Et oui, rien n’arrĂȘte l’amour, et JĂ©sus ressuscitĂ© est cette prĂ©sence d’amour. Par cette simple phrase, les dix disciples prĂ©sents deviennent dix apĂŽtres, dix envoyĂ©s.

Cet envoi, est accompagnĂ© d’un don : l’Esprit Saint. Dieu n’envoie pas au casse-pipe, il n’est pas ce dieu pervers qui jouerait avec nous comme avec des pions sur une grande carte
 Non, il nous donne tout ce dont on peut avoir besoin : il se donne lui-mĂȘme, il donne sa propre relation d’amour, son propre don de soi, il donne l’Esprit Saint.

C’est bien beau, mais nous n’avons pas le privilĂšge de faire partie du club trĂšs sĂ©lect des premiers amis de JĂ©sus, appelĂ©s ‘les Douze’ !
LĂ  encore, l’évangĂ©liste a pensĂ© Ă  nous, et entre en scĂšne Thomas, appelĂ© Didyme (c’est-Ă -dire Jumeau). Thomas, c’est notre jumeau, c’est nous qui n’avons pas vu le Christ, nous qui avons cru ou avons du mal Ă  croire, c’est nous qui aimerions avoir des preuves
 du solide pour croire. Or croire, c’est justement ne pas s’appuyer sur des preuves. Sinon on est dans la dĂ©monstration. On ne croit pas les mathĂ©matiques. On les reçoit. C’est comme ça. 2+2=4. C’est pas un acte de foi. C’est une loi. LĂ  c’est autre chose : personne ne peut nous obliger Ă  croire en la rĂ©surrection. Personne ne peut obliger Thomas Ă  croire que cette prĂ©sence est celle de son ami et Seigneur JĂ©sus-Christ. Alors il y a cette bĂ©atitude qui est Ă©crite pour nous, ses amis de 2000 ans : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Alors que garder de tout ça ?

D’abord JĂ©sus fait irruption dans nos vies, dans nos lieux les plus fermĂ©s, au cƓur de nos peurs. Et sa prĂ©sence nous donne la paix et la joie.
Sa prĂ©sence n’est pas sclĂ©rosante mais vivifiante, elle met en mouvement, le mouvement de l’amour, un mouvement que nul ne peut arrĂȘter si on ose s’y abandonner. Sa prĂ©sence est liĂ©e au don du Saint Esprit.
Et Ă  nous qui n’avons pas rencontrĂ© le ressuscitĂ© le dimanche de PĂąques, il nous invite Ă  la confiance, Ă  croire en sa promesse.
Enfin, si ces passages que nous rappellent nos aïeux dans la foi ne suffisent pas, prenons le temps de regarder nos vies. Je suis sûr que chacune et chacun, nous avons déjà croisé les pas de notre Dieu sur la terre des hommes.
Alors réjouissons-nous, ouvrons grands les portes et les volets, et annonçons au monde la Bonne Nouvelle. La mort est morte. La vie a triomphé, et triomphera toujours et à jamais. Oui, il est temps de quitter nos tombeaux !
Amen.

Demande de grĂące : Au dĂ©but de ce temps de priĂšre, je me prĂ©sente devant Dieu, tel que je suis, avec tout ce qui me prĂ©occupe. Je demande au Seigneur d’ouvrir mon cƓur et tous mes sens Ă  sa prĂ©sence.

1 – « La paix soit avec vous »

Je suis avec les disciples, murĂ©s dans la peur, attentifs au moindre bruit d’une possible menace, ruminant les Ă©vĂ©nements de la Passion. Je laisse retentir « La paix soit avec vous » : doucement, j’accueille la prĂ©sence de JĂ©sus, je le contemple, je laisse cette paix m’habiter.

2 – « Non, je ne croirai pas ! »

Au fond de moi il y a cette tension qui habite le groupe des disciples : Oui j’ai fait l’expĂ©rience du Christ dans ma vie, et pourtant j’attends encore des preuves. En me rapprochant de Thomas, je regarde ce qui m’empĂȘche de croire Ă  cette bonne nouvelle de la rĂ©surrection.

3 – « Il y a encore beaucoup d’autres signes »

Ces signes ne sont pas forcĂ©ment si loin ou incroyables. En regardant les jours ou semaines passĂ©s, je repĂšre ces moments oĂč j’ai fait l’expĂ©rience du Christ ressuscitĂ© : dans une relation, une nouvelle reçue, un geste posĂ©, une parole


Messe du 28 mars

Rameaux - Entrée à Jérusalem - Arcabas

Entrée à Jérusalem, Arcabas

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 15, 1-39)

DĂšs le matin, les grands prĂȘtres convoquĂšrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprĂȘme. Puis, aprĂšs avoir ligotĂ© JĂ©sus, ils l’emmenĂšrent et le livrĂšrent Ă  Pilate.

Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? »

JĂ©sus rĂ©pondit : « C’est toi-mĂȘme qui le dis. »

Les grands prĂȘtres multipliaient contre lui les accusations.

Pilate lui demanda Ă  nouveau : « Tu ne rĂ©ponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »

Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.

À chaque fĂȘte, il leur relĂąchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dĂ©nommĂ© Barabbas, arrĂȘtĂ© avec des Ă©meutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit Ă  demander ce qu’il leur accordait d’habitude.

Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relùche le roi des Juifs ? »

Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prĂȘtres l’avaient livrĂ©.

Ces derniers soulevùrent la foule pour qu’il leur relñche plutît Barabbas.

Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? ».

De nouveau ils criÚrent : « Crucifie-le ! »

Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? »

Mais ils criÚrent encore plus fort : « Crucifie-le ! »

Pilate, voulant contenter la foule, relĂącha Barabbas et, aprĂšs avoir fait flageller JĂ©sus, il le livra pour qu’il soit crucifiĂ©.

Les soldats l’emmenĂšrent Ă  l’intĂ©rieur du palais, c’est-Ă -dire dans le PrĂ©toire.

Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revĂȘtent de pourpre, et lui posent sur la tĂȘte une couronne d’épines qu’ils ont tressĂ©e.

Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »

Ils lui frappaient la tĂȘte avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.

Quand ils se furent bien moquĂ©s de lui, ils lui enlevĂšrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vĂȘtements.

Puis, de lĂ , ils l’emmĂšnent pour le crucifier, et ils rĂ©quisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de CyrĂšne, le pĂšre d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.

Et ils amĂšnent JĂ©sus au lieu-dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-CrĂąne (ou Calvaire).

Ils lui donnaient du vin aromatisĂ© de myrrhe ; mais il n’en prit pas.

Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vĂȘtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.

C’était la troisiĂšme heure (c’est-Ă -dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.

L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».

Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.

Les passants l’injuriaient en hochant la tĂȘte ; ils disaient : « HĂ© ! toi qui dĂ©truis le Sanctuaire et le rebĂątis en trois jours, sauve-toi toi-mĂȘme, descends de la croix ! »

De mĂȘme, les grands prĂȘtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvĂ© d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-mĂȘme ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’IsraĂ«l ; alors nous verrons et nous croirons. »

MĂȘme ceux qui Ă©taient crucifiĂ©s avec lui l’insultaient.

Quand arriva la sixiĂšme heure (c’est-Ă -dire : midi), l’obscuritĂ© se fit sur toute la terre jusqu’à la neuviĂšme heure. Et Ă  la neuviĂšme heure, JĂ©sus cria d’une voix forte : « ÉloĂŻ, ÉloĂŻ, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnĂ© ? »

L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui Ă©taient lĂ  disaient : « VoilĂ  qu’il appelle le prophĂšte Élie !»

L’un d’eux courut tremper une Ă©ponge dans une boisson vinaigrĂ©e, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait Ă  boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de lĂ  ! »

Mais JĂ©sus, poussant un grand cri, expira.

Le rideau du Sanctuaire se dĂ©chira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.

Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

Introduction du P. Etienne Grieu sj

Nous allons entendre le rĂ©cit de la passion selon l’évangĂ©liste St Marc. Du moins un extrait. Si vous en avez le goĂ»t et le temps, je vous invite, ce soir, chez vous, ou au cours de la semaine qui vient, Ă  revenir Ă  ce rĂ©cit, peut-ĂȘtre en lisant la passion en entier pour vraiment entrer dans cette histoire. Car cette histoire contient en elle-mĂȘme, le dĂ©nouement de notre propre histoire personnelle, le dĂ©nouement de notre vie. Quelque chose se passe lĂ  qui nous atteint au plus profond, et dĂ©fait ces nƓuds les plus serrĂ©s et les plus douloureux qui sont en nous et que nous ne pouvons pas dĂ©faire seuls. Cela pour vous dire que oui, ça vaut la peine de laisser rĂ©sonner ce texte en nous.

C’est la version de Marc que nous entendrons. Un rĂ©cit trĂšs sobre, sans aucune fioriture, sans non plus l’expression de sentiments, comme si l’évangĂ©liste s’était fait petit face Ă  ce qu’il a Ă  raconter : il se contente de nous emmener par la main et de nous dire : regarde, Ă©coute, vois ; c’est cela qui s’est passĂ© ; je te le transmets comme cela, brut de dĂ©coffrage. Je te le transmets comme je l’ai reçu moi-mĂȘme, avec le choc que ça m’a fait, avec ce que cela a ouvert en moi.

A son Ă©cole donc, Ă©coutons, regardons, ouvrons tout grand nos yeux et nos oreilles. Qu’est-il arrivĂ© Ă  JĂ©sus ? A quoi s’est-il trouvĂ© affrontĂ©, avec une si grande brutalitĂ© ? Qu’a-t-il traversĂ© ?  Ecoutons !

Vous pouvez demander au Seigneur, Ă  l’occasion de ce temps de priĂšre, la grĂące de comprendre intĂ©rieurement ce que JĂ©sus a vĂ©cu, et comment cela vient vous toucher personnellement.

  1. Vous pouvez relire tout le texte lentement, en étant attentif à Jésus : que lui arrive-t-il ? Entendre ce qui lui est dit, sentir les regards posés sur lui, voir comment son corps est traité.
  2. Prenez du temps pour entrer Ă  l’intĂ©rieur de ce qu’il a pu Ă©prouver et vivre.
  3. Pour finir : parlez avec Marc, l’évangĂ©liste, l’auteur de ce rĂ©cit, lui demandant : qu’as-tu voulu nous dire en racontant cela ? Comment toi-mĂȘme reçois-tu cette histoire ? Qu’a-t-elle provoquĂ© en toi pour que tu veuilles nous la partager ?

Messe du 21 mars

Arcabas, Grain de blé, grain de gloire

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 12, 20-33)

En ce temps-lĂ , il y avait quelques Grecs parmi ceux qui Ă©taient montĂ©s Ă  JĂ©rusalem pour adorer Dieu pendant la fĂȘte de la PĂąque. Ils abordĂšrent Philippe, qui Ă©tait de BethsaĂŻde en GalilĂ©e, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir JĂ©sus. »

Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus.

Alors Jésus leur déclare :

« L’heure est venue oĂč le Fils de l’homme doit ĂȘtre glorifiĂ©. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blĂ© tombĂ© en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en dĂ©tache en ce monde la gardera pour la vie Ă©ternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et lĂ  oĂč moi je suis, lĂ  aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon PĂšre l’honorera. Maintenant mon Ăąme est bouleversĂ©e. Que vais-je dire ? “PĂšre, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu Ă  cette heure-ci ! PĂšre, glorifie ton nom ! »

Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifiĂ© et je le glorifierai encore. »

En l’entendant, la foule qui se tenait lĂ  disait que c’était un coup de tonnerre.

D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlĂ©. »

Mais JĂ©sus leur rĂ©pondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va ĂȘtre jetĂ© dehors ; et moi, quand j’aurai Ă©tĂ© Ă©levĂ© de terre, j’attirerai Ă  moi tous les hommes. »

Il signifiait par lĂ  de quel genre de mort il allait mourir.

Commentaire du P. Claude Philippe sj

Reconnaissons-le, ce texte de l’Évangile de Jean est dense et difficile d’accĂšs. On y trouve de thĂšmes bien connus : le grain de blĂ©, les expressions « qui aime sa vie la perd », suivre et servir JĂ©sus… Ce passage fait aussi Ă©cho Ă  des Ă©pisodes clĂ©s des 3 autres Évangiles (Mathieu, Marc et Luc) : GethsĂ©mani (« mon Ăąme est bouleversĂ©e » dit JĂ©sus) et la Transfiguration (une voix vint du ciel). Que vise ce texte si riche ? Jean veut nous introduire dans le mystĂšre de la rĂ©demption.

Le chemin de rédemption est un chemin de délivrance.

Comment en mourant sur la croix, JĂ©sus a permis au monde d’ĂȘtre sauvĂ©, c’est-Ă -dire de ne pas ĂȘtre dĂ©finitivement vaincu par le mal ?

Commençons notre enquĂȘte. Je vais essayer de vous en donner quelques clĂ©s de lecture en vue de votre priĂšre personnelle.

Des Grecs, c’est-Ă -dire des convertis au judaĂŻsme d’origine grecque, viennent en pĂšlerinage Ă  JĂ©rusalem pour adorer Dieu.

Les Grecs sollicitent Philippe car ils veulent voir Jésus. Philippe fait appel à André.

Pourquoi est-ce que Jean cite ces deux disciples qui n’apparaissent plus ensuite dans notre passage ? Philippe et AndrĂ© ont Ă©tĂ© parmi les premiers Ă  recevoir l’invitation de JĂ©sus Ă  devenir disciples (Jn 1, 40). Leur prĂ©sence Ă©tablit une connexion entre l’appel des premiers disciples juifs et l’arrivĂ©e des premiers venus du monde paĂŻen. Le groupe de personnes attirĂ©es par JĂ©sus s’élargit.

Ce passage nous apprend deux autres points :

  1. Que tout homme, toute femme peut rencontrer JĂ©sus. Je vous raconte une courte histoire. Une jeune femme de 22 ans a souhaitĂ© un pĂšre jĂ©suite car elle se posait beaucoup de questions sur sa foi, sur sa vie. C’était dans les annĂ©es 50. Son interlocuteur, le P. Teilhard de Chardin, l’écoute attentivement et lui dit Ă  la fin : « Suivez ce qu’il y a de plus vrai en vous, et Ă  la fin vous arriverez au Christ ». Cette phrase a changĂ© sa vie. Elle a maintenant environ 93 ans, sa foi est vive et jeune !
  2. Nous, les croyants, Ă  l’instar de Philippe et d’AndrĂ©, nous sommes invitĂ©s Ă  conduire les personnes vers Dieu, avec audace et dans le respect de leur libertĂ©.

Les Grecs, donc, veulent voir JĂ©sus, mais JĂ©sus ne leur accorde pas d’entrevue. Ils le rencontreront vraiment aprĂšs l’élĂ©vation Ă  la croix.

Car c’est pour bientĂŽt. « L’heure est venue oĂč le fils de l’homme sera glorifié » dit JĂ©sus.

Chez Jean, la mort de JĂ©sus est avant tout interprĂ©tĂ©e comme glorification, c’est-Ă -dire comme la pleine manifestation de la prĂ©sence de Dieu. C’est la rĂ©vĂ©lation, aux yeux de tous, de la vĂ©ritĂ© ultime sur Dieu : Dieu est amour sans mesure et nous sauve.

Jésus donne sa vie pour que les hommes voient qui est Dieu et soient sauvés. Jésus reprend ici la parabole bien connue du grain de blé.

Le grain doit mourir, pour donner plus de grains.

Le grain disparait pour qu’apparaissent une vie plus abondante.

JĂ©sus meurt pour rassembler l’humanitĂ© entiĂšre en lui.

JĂ©sus reprend une logia (une expression) « qui aime sa vie la perd, qui s’en dĂ©tache en ce monde la gardera pour la vie Ă©ternelle »

JĂ©sus dĂ©nonce une existence centrĂ©e sur elle-mĂȘme. Qui veut diriger sa vie selon ses dĂ©sirs personnels comme seules rĂ©fĂ©rences se perdra. On peut mettre toute notre Ă©nergie, en vain, Ă  ce qui n’a pas de fondement, Ă  ce qui ne reste pas.

Or, c’est en offrant sa vie pour Dieu et les autres, que l’on se retrouve vraiment. « Nul ne peut atteindre la plĂ©nitude que par le don dĂ©sintĂ©ressĂ© de soi-mĂȘme » (pape François, Fratelli Tutti, 2020, n°87)

JĂ©sus est totalement donnĂ© Ă  Dieu. Et il est face Ă  l’imminence de la mort. « Mon Ăąme est bouleversĂ©e » dit-il. Ne passons trop vite sur ce point car y transparait de maniĂšre trĂšs sensible l’humanitĂ© de JĂ©sus. JĂ©sus fut aussi troublĂ© (le mĂȘme mot grec) lorsqu’il vit Marie en pleurs aprĂšs la mort de son frĂšre Lazare (Jn 11, 33) et juste avant l’annonce de la trahison de Judas (Jn 13, 21).

JĂ©sus n’a pas fait semblant de souffrir. Pour cela, il peut nous visiter dans nos lieux d’angoisse, de souffrance, dans nos dĂ©serts. Il entend nos cris, comme celui de David dans le Ps 50. Le pire dans notre vie peut ĂȘtre visitĂ© par Dieu. JĂ©sus est bouleversĂ©, mais il ne tergiverse pas. Il est confiant car sa volontĂ© rejoint celle du PĂšre. Il dĂ©sire poursuivre jusqu’au bout sa mission car « c’est pour cela que je suis venu » dit-il.

La fin de notre passage porte sur la croix, la croix comme élévation de Jésus. Cette élévation aurait deux significations :

  1. ConcrĂštement, ĂȘtre Ă©levĂ© montre l’acte de mettre en hauteur le condamnĂ©.
  2. La croix renvoie Ă  plus haut, Ă  Dieu. La mort signifie l’accomplissement de la mission de JĂ©sus. Il parait vaincu, mais c’est le contraire. En rĂ©alitĂ©, nous pouvons comprendre que Satan est le vaincu et que JĂ©sus est le vainqueur.

Contemplons le mystĂšre de la croix.

Que nous collaborions Ă  l’Ɠuvre de rĂ©demption, de dĂ©livrance de Dieu.

Je demande la grĂące de connaĂźtre davantage JĂ©sus, afin de mieux l’aimer et le suivre.

1 – « Nous voudrions voir JĂ©sus ». Des convertis au judaĂŻsme d’origine grecque souhaitent voir JĂ©sus. Entendre leur dĂ©sir. Exprimer au Seigneur cette mĂȘme aspiration. Quels moyens puis-je prendre pour mieux le reconnaitre dans ma vie ? Quelles personnes me conduisent Ă  lui ? Rendre grĂące.

2 – « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ». JĂ©sus m’invite Ă  le rejoindre et Ă  partager sa mission, qui n’est pas sans traverser des Ă©preuves. Exprimer Ă  JĂ©sus mon dĂ©sir de devenir son disciple, dans les choses les plus grandes et dans les choses les plus modestes, que je sois, comme lui, au service du PĂšre et des hommes.

3 – « Mon Ăąme est bouleversĂ©e » Entrer dans les sentiments de JĂ©sus. Il sait qu’il va souffrir et que sa mort est proche. Contempler JĂ©sus. Depuis une annĂ©e, nous vivons une pĂ©riode Ă©prouvante au cours de laquelle j’ai aussi reçu des grĂąces. Exprimer ce qui vient dans mon cƓur.

Messe du 14 mars

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 3, 14-21)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  NicodĂšme :

« De mĂȘme que le serpent de bronze fut Ă©levĂ© par MoĂŻse dans le dĂ©sert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit Ă©levĂ©, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie Ă©ternelle.

Car Dieu a tellement aimĂ© le monde qu’il a donnĂ© son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie Ă©ternelle.

Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

Celui qui croit en lui Ă©chappe au Jugement, celui qui ne croit pas est dĂ©jĂ  jugĂ©, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Et le Jugement, le voici : la lumiĂšre est venue dans le monde, et les hommes ont prĂ©fĂ©rĂ© les tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre, parce que leurs Ɠuvres Ă©taient mauvaises.

Celui qui fait le mal dĂ©teste la lumiĂšre : il ne vient pas Ă  la lumiĂšre, de peur que ses Ɠuvres ne soient dĂ©noncĂ©es ; mais celui qui fait la vĂ©ritĂ© vient Ă  la lumiĂšre, pour qu’il soit manifeste que ses Ɠuvres ont Ă©tĂ© accomplies en union avec Dieu. »

Commentaire du P.Miguel Roland-Gosselin

Question : quel sera le premier mot que nous entendrons dans la nuit de PĂąques ? L’église sera dans les tĂ©nĂšbres, elle aura chantĂ© pendant trois jours l’Office des tĂ©nĂšbres, et un feu jaillira, accompagnĂ© d’un cri, d’un chant comme un cri : « LumiĂšre du Christ ! – Nous rendons grĂące Ă  Dieu. » Et nous entrerons dans l’église avec le cierge pascal.

Nous n’en sommes pas encore lĂ  ; seulement au 4Ăšme dimanche de carĂȘme, dimanche de Laetare, une premiĂšre esquisse de la joie qui s’annonce. Pendant le carĂȘme, nous n’avons pas peur d’affronter le combat qui se joue entre la lumiĂšre et des tĂ©nĂšbres, entre la vĂ©ritĂ© et le mensonge. La vĂ©ritĂ©, c’est la vie qui s’offre, celle que nous donne JĂ©sus-Christ, et le mensonge, c’est la voix insidieuse du serpent qui nous dĂ©tourne de faire confiance Ă  cette vie-lĂ  et de mettre notre foi en Dieu, le Dieu de JĂ©sus-Christ. Le combat est celui de tous les jours, mais nous savons dĂ©jĂ  oĂč est la victoire, et nous esquissons dĂšs-Ă -prĂ©sent la joie de PĂąques. C’est d’ailleurs la joie de tous les dimanches.

Lisons l’évangile, une page de Jean, austĂšre mais magnifique. « De mĂȘme que le serpent de bronze fut Ă©levĂ© dans le dĂ©sert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit Ă©levé  » Vous rappelez-vous cette curieuse histoire ? Le peuple d’IsraĂ«l traverse le dĂ©sert – c’est nous qui traversons les aspĂ©ritĂ©s de l’existence, le rude chemin vers la vie – et le peuple murmure contre MoĂŻse, il doute de Dieu. Or voilĂ  que des serpents arrivent par derriĂšre – c’est le petit serpent du doute qui ronge nos cƓurs – et ils mordent. Alors le peuple crie vers MoĂŻse, et Dieu lui dit : plantez un serpent de bronze au sommet d’un mĂąt et regardez-le ; celui qui le regardera en face ne mourra pas ! Curieuse histoire
 JĂ©sus apprĂ©ciait cette histoire ; il l’évoque ce soir devant NicodĂšme, et il y revient Ă  plusieurs reprises dans les Ă©vangiles. Elle est tellement suggestive ! Elle signifie : votre pĂ©chĂ©, regardez-le en face ! Ouvrez donc les yeux sur le mal sournois qui vous dĂ©chire, sinon vous n’en sortirez pas.

La vieille histoire d’Ancien Testament disait cela. Mais son sens va gagner dans l’évangile une autre profondeur. Car en effet, qui sera Ă©levĂ© en haut d’un mĂąt, affichĂ© devant la terre entiĂšre ? C’est JĂ©sus, Ă©videmment, et Jean dit : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercĂ© ». Que verrons-nous, en ouvrant les yeux sur le Christ en croix ? Nous verrons jusqu’oĂč va notre mal, car tout le pĂ©chĂ© du monde sera contenu lĂ , pesant sur les Ă©paules du CrucifiĂ©. Mais regardez mieux, que verrons-nous encore ? Nous verrons le fond du cƓur de Dieu, jusqu’oĂč est allĂ©e sa misĂ©ricorde pour notre salut.

Et voilĂ  la lumiĂšre. Enfin nous y verrons clair, et sur l’inĂ©puisable amour de Dieu, et sur nos cƓurs qui traĂźnent Ă  l’accueillir et Ă  entrer dans son jeu. La croix de PĂąques vers laquelle nous marchons sera jusqu’à la fin des temps le lieu oĂč tout se joue, le signe par lequel tout s’explique et se dĂ©noue. VĂ©ritĂ© ou mensonge, vie pleine ou vie Ă  demi, le critĂšre – le « jugement » dit saint Jean – sera celui-lĂ  : crois-tu en ce Dieu-lĂ  ? Crois-tu que la croix du Christ est la porte Ă©troite par laquelle nous devons passer pour sortir d’une vie trop Ă©triquĂ©e, jalouse et fermĂ©e sur soi, et entrer dans la vie inĂ©puisable des passeurs de vie ?  « Dieu a tant aimĂ© le monde qu’il a donnĂ© son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie Ă©ternelle. » VoilĂ  un verset Ă  connaĂźtre par cƓur, Jean 3,16.

C’est curieux, quand on y pense
 Les hĂ©breux au dĂ©sert ont forgĂ© des serpents de bronze qu’ils devaient regarder en face, et nous, nous accrochons au mur et portons au cou des croix de bois ou de mĂ©tal, et nous marquons notre corps du signe de la croix, en souvenir du baptĂȘme oĂč nous fĂ»mes plongĂ©s dans la mort et la rĂ©surrection de JĂ©sus. Nous affichons la victoire du Christ, nous chantons notre joie d’ĂȘtre sauvĂ©s, mais nous gardons en mĂ©moire l’instrument du supplice. Nous n’oublions pas le drame du pĂ©chĂ©, la souffrance des Ă©prouvĂ©s, la victoire qu’il nous faut acquĂ©rir jour aprĂšs jour. Nous confessons notre pĂ©chĂ©, nous confessons la misĂ©ricorde de Dieu qui nous a dĂ©livrĂ©s du pĂ©chĂ©.

LĂ , dit saint Jean, se situe le jugement de Dieu. Le Jugement dernier avec une majuscule, nous l’imaginons comme une pesĂ©e finale Ă  laquelle il faudra bien se plier, et cette image nous rend service. Mais la vĂ©ritĂ©, c’est que la pesĂ©e est de notre ressort. « Le jugement, le voici : la lumiĂšre est venue, et les hommes ont prĂ©fĂ©rĂ© les tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre. » L’Ɠuvre de Dieu n’est pas de « juger » mais de « sauver ». En revanche, il nous appartient d’accueillir, oui ou non, le salut. De marcher, oui ou non, vers la croix avec JĂ©sus. De nous prĂ©parer, oui ou non, Ă  chanter tous ensemble la « LumiĂšre du Christ » au matin de PĂąques.

SITUER LE « LIEU » DE LA PRIERE : comme NicodĂšme qui est venu de nuit, je suis en tĂȘte-Ă -tĂȘte avec JĂ©sus, dans son intimitĂ©.

DEMANDER UNE GRACE. « Seigneur, fais grandir en moi la joie d’ĂȘtre sauvĂ©. »

  1. « De mĂȘme que le serpent de bronze
 » J’entre dans cette image, qui est devenue celle du Christ en croix. Je contemple le CrucifiĂ©. Devant lui, je confesse mon pĂ©chĂ©. Et je confesse ma foi.
  2. « Dieu a tellement aimĂ© le monde qu’il a donnĂ© son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie Ă©ternelle » (Jn 3,16). Ce verset est trĂšs prĂ©cieux ; je l’assimile lentement, longuement. Je pĂšse les mots :

–  Dieu a tellement aimĂ© le monde
 (Dieu aime notre monde !)

–  Il a donnĂ© son Fils unique (JĂ©sus, le salut du monde)

–  Afin que quiconque croit
 (Entrer dans ce mystĂšre, c’est entrer dans la vie).

ET PARLER AVEC LE SEIGNEUR. Trùs librement, cƓur à cƓur.

Messe du 7 mars

JĂ©sus chassant les marchands du temple – Le Greco

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 2, 13-25)

Comme la PĂąque juive Ă©tait proche, JĂ©sus monta Ă  JĂ©rusalem.

Dans le Temple, il trouva installĂ©s les marchands de bƓufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.

Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bƓufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes :

« Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon PĂšre une maison de commerce. »

Ses disciples se rappelĂšrent qu’il est Ă©crit : L’amour de ta maison fera mon tourment.

Des Juifs l’interpellĂšrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »

Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relÚverai. »

Les Juifs lui répliquÚrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bùtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relÚverais ! »

Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

Aussi, quand il se rĂ©veilla d’entre les morts, ses disciples se rappelĂšrent qu’il avait dit cela ; ils crurent Ă  l’Écriture et Ă  la parole que JĂ©sus avait dite.

Pendant qu’il Ă©tait Ă  JĂ©rusalem pour la fĂȘte de la PĂąque, beaucoup crurent en son nom, Ă  la vue des signes qu’il accomplissait.

JĂ©sus, lui, ne se fiait pas Ă  eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun tĂ©moignage sur l’homme ; lui-mĂȘme, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

À dĂ©faut du texte du commentaire de la MT de ce dimanche, nous vous proposons ce commentaire du P. Marcel Domergue pour aider Ă  entrer davantage dans cette scĂšne.

La symbolique du Temple de JĂ©rusalem

Le Temple de JĂ©rusalem est le signe de la volontĂ© de Dieu d’habiter l’humanitĂ©. Il est la «demeure» de Dieu avec nous. Dans le sermon sur la montagne, JĂ©sus a dĂ©jĂ  dĂ©noncĂ© l’utilisation de la priĂšre, de l’aumĂŽne et du jeĂ»ne Ă  des fins Ă©trangĂšres Ă  leur destination authentique. Toutes les rĂ©alitĂ©s religieuses peuvent ĂȘtre dĂ©tournĂ©es. Ici, on nous montre la demeure de Dieu devenue instrument de profit. Mais, comme on vient de le dire, le Temple est plus que le Temple et, en fin de compte, c’est l’amour de Dieu pour les hommes qui est exploitĂ©.

MĂȘme dĂ©viation quand un prĂ©dicateur se gargarise de son Ă©loquence, quand un Ă©crivain cherche la gloire Ă  travers ses Ă©crits. Le geste du Christ chassant les marchands du temple est donc hautement significatif. En fait il est prophĂ©tique car il annonce un «culte» sans compromission. Lequel ? Celui qui consiste Ă  donner sa vie pour que dans ce don se manifeste le Dieu qui est Amour. Et mĂȘme, en 1 Corinthiens 13,3, Paul explique que si l’amour n’est pas ce qui commande ce don, il ne sert Ă  rien. C’est ainsi que l’homme et Dieu ne font plus qu’un, Ă©tant le mĂȘme amour. Pour que nous y parvenions, JĂ©sus purifie le Temple de ses utilisations mercantiles, mais il va aller plus loin : c’est le Temple lui-mĂȘme qui va changer de nature.

D’un Temple Ă  un autre

«DĂ©truisez ce Temple et en trois jours je le relĂšverai». L’Ă©vangĂ©liste note qu’il parlait alors du Temple de son corps. Il ne s’agit pas d’un simple jeu de mot. JĂ©sus signifie par lĂ  que le lieu oĂč l’on pourra dĂ©sormais rencontrer Dieu est son propre corps. Le mot Temple change de sens. Ce corps, ce Temple, les hommes le dĂ©truiront, mais il resurgira aprĂšs trois jours. ProphĂ©tie Ă©vidente de l’Ă©vĂ©nement pascal mais qui ne pourra ĂȘtre comprise qu’Ă  la lumiĂšre de la rĂ©surrection. La premiĂšre ligne de notre Ă©vangile et les derniers versets soulignent d’ailleurs le contexte pascal et forment une inclusion qui encadre tout l’Ă©pisode et lui donne son sens.

Notons que, parlant de la destruction et de la rĂ©surrection de son corps, JĂ©sus rĂ©pond Ă  la demande des tĂ©moins de l’expulsion des vendeurs : «Quel signe peux-tu nous donner ?». La rĂ©ponse de JĂ©sus fait penser Ă  Matthieu 12, 38-40. LĂ  aussi, on demande un signe Ă  JĂ©sus. Il rĂ©pond en parlant du signe donnĂ© par Jonas, le prophĂšte restĂ© trois jours dans le ventre du monstre marin, au cƓur de l’abĂźme de la mort. Trois jours au ventre de la terre : un signe qui est disparition, absence de tout signe. Nous vivons sous ce rĂ©gime-lĂ . Nous voici renvoyĂ©s Ă  la 2e lecture : lĂ  aussi il est question de l’exigence d’un signe et d’une manifestation de sagesse. La rĂ©ponse de Dieu sera le scandale et la folie de la Croix.

OĂč se trouve le Corps, lĂ  se trouve le Temple.

Le Corps du Christ ressuscitĂ© remplit l’univers. On ne peut pas dire : il est ici, ou : il est lĂ . Il est partout. Nous n’adorons Dieu «ni sur cette montagne, ni Ă  JĂ©rusalem», mais «en Esprit et en VĂ©rité» (Jean 4, 21 et 23). Cela signifie qu’il n’y a pas de lieu privilĂ©giĂ©, parce que tous les lieux deviennent «privilĂ©giĂ©s». La chambre, la rue, l’Ă©glise, le mĂ©tro… Le Christ est lĂ , au milieu de nous, dĂšs que nous nous ouvrons aux autres. Nous devons comprendre que le Corps ressuscitĂ©, s’il est le corps humain authentique de JĂ©sus, n’en est pas moins pluriel : en quelque sorte il s’intĂšgre tous les hommes. C’est pourquoi le thĂšme du Temple s’enrichit de sens inattendus dans le Nouveau Testament.

Le Corps que l’Esprit donne au Christ Ă  la rĂ©surrection prend nom Église, non pas au sens de hiĂ©rarchie mais d’assemblĂ©e, de communion. Devenus ensemble corps du Christ, nous sommes le Temple de Dieu. «C’est dans le Christ JĂ©sus lui-mĂȘme que tout l’Ă©difice se lie et monte pour former un Temple saint ; c’est en lui que vous aussi entrez dans la construction  pour former une demeure de Dieu dans l’Esprit» (ÉphĂ©siens 2,21). JĂ©sus est comme la pierre fondamentale sur laquelle tout est bĂąti, mais nous-mĂȘmes en sommes les pierres vivantes (voir 1 Pierre 2,4…) et nous formons ainsi, jusqu’en notre corps, le Temple de l’Esprit (1 Corinthiens 6,19).

Au seuil de ce temps, je demande au Seigneur « ce que je veux et dĂ©sire ». Quelque chose que lui seul peut me donner, et qui m’aide Ă  ĂȘtre davantage en relation avec lui.

1/ Je m’imagine JĂ©sus entrant dans le Temple de JĂ©rusalem, prenant des cordes et commençant Ă  chasser les animaux, et Ă  renverser la monnaie des changeurs. Je me demande : Pourquoi se laisse-t-il envahir par la colĂšre, lui qui est si maĂźtre de lui ? Cette violence de JĂ©sus me choque-t-elle ou, au contraire, me rĂ©jouit-elle ? Pourquoi ?

2/ Je regarde ou me souviens de l’Ă©glise Saint Ignace, ses colonnes, ses clĂ©s de voĂ»te. Tout me parle d’une maison de priĂšre, avec ses lignes qui montent vers Dieu ou qui descendent vers les hommes. Ceux qui ont construit ce temple ont entendu cette phrase : « Le temple dont il parlait, c’Ă©tait son corps ». Dans ma priĂšre, je fais le lien entre le corps humain (historique) de JĂ©sus, son corps de ressuscitĂ© et ce temple oĂč nous cĂ©lĂ©brons l’eucharistie.

3/ Je regarde maintenant la communautĂ© que nous formons en ce moment. Je repense Ă  la parole de St Paul : « Vous ĂȘtes le corps du Christ ». Comment le Christ vit dans le monde par nous ? Si nous n’Ă©tions pas lĂ , que pourrait faire le Christ ? Voyant ce que dĂ©clenchent mes pensĂ©es, j’en parle Ă  Dieu.

Messe du 28 février


Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 9, 2-10)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, Ă  l’écart sur une haute montagne.

Et il fut transfiguré devant eux.

Ses vĂȘtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.

Élie leur apparut avec MoĂŻse, et tous deux s’entretenaient avec JĂ©sus.

Pierre alors prend la parole et dit Ă  JĂ©sus :

« Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour MoĂŻse, et une pour Élie. »

De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur Ă©tait grande.

Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »

Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que JĂ©sus seul avec eux.

Ils descendirent de la montagne, et JĂ©sus leur ordonna de ne raconter Ă  personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscitĂ© d’entre les morts.

Et ils restĂšrent fermement attachĂ©s Ă  cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

 Commentaire du pÚre Gabriel Pigache sj

MystĂšre
 En JĂ©sus, comme en tout homme et en toute femme, rĂšgne une part imprenable, un grand mystĂšre. Notre origine et notre devenir, le sens de nos vies nous Ă©chappe ! Que faisons-nous sur cette terre ? Voulons-nous le comprendre ? peut-ĂȘtre
mais nous en saisirons peu de chose 
 JĂ©sus lui-mĂȘme, qui pourtant prend peu Ă  peu conscience de sa mission, lui l’Elu de Dieu, fut comme nous traversĂ© par la question du sens de sa vie. Dans le chapitre prĂ©cĂ©dant, au chapitre 8 de l’Evangile de Marc, il posait d’ailleurs Ă  ses disciples la question : « pour vous, qui suis-je ? ». Or seul Pierre rĂ©pond, « tu es le Christ !», avant de se mĂ©prendre sur le sens de cette expression.

JĂ©sus tente aujourd’hui de prĂ©senter Ă  ses amis les plus proches, Pierre, Jacques et Jean, le sens de sa mission et de sa vie. Que signifie « ĂȘtre le Christ » ? Pour partager cela Ă  d’autres, JĂ©sus (tout comme Abraham au pays de Moriah, cf la 1Ăšre lecture) prend les grands moyens : il emmĂšne avec lui ses proches et va Ă  l’écart sur la Montagne. Il se prĂ©sente tel qu’il est : l’ami de MoĂŻse et de Elie -c’est-Ă -dire, dans la foi d’IsraĂ«l, proche des deux plus grands auteurs de la Bible- et tout comme eux, incandescent de la lumiĂšre de Dieu. Mais face Ă  cette scĂšne, Pierre ne sait pas quoi dire et bafouille une invitation, tandis que Jacques et Jean sont effrayĂ©s. Au fond, JĂ©sus a-t-il rĂ©ussi, comme il semble en avoir eu l’intention, Ă  se faire connaĂźtre Ă  ses amis en tant que « Christ » ?

La fin du rĂ©cit montre comment se rĂ©vĂšle en vĂ©ritĂ© une vocation : par surprise ! Pour JĂ©sus comme pour Abraham : une voix venue du ciel, qui dissipe le brouillard. Parole adressĂ©e en je – « mon Fils bien aimĂ© » – aux tĂ©moins de la scĂšne – les disciples- : « Ă©coutez-le ! », et qui laisse les disciples seuls avec « JĂ©sus seul ». « Seuls avec le seul » : les conditions sont rĂ©unies pour que les disciples dĂ©couvrent leur vocation de disciples, d’amis intimes de JĂ©sus.

Entre JĂ©sus et ses disciples, un serment : « ne raconter Ă  personne ce qu’ils ont vu, avant que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts ». Mais, nous dit le texte, « ils se demandaient entre eux ce que signifiait ressusciter d’entre les morts ». Dans leur rencontre « surprise » avec Dieu, et Ă  avec JĂ©sus, les voilĂ  engagĂ©s vers un nouvel horizon : comprendre ce que signifie « ressusciter d’entre les morts ».

Entrer en relation, se faire connaĂźtre auprĂšs d’autres tels que je suis, ou tel que je crois me connaĂźtre, cela n’est pas simple
 Je peux bien essayer de me prĂ©senter Ă  travers mes relations, Ă  travers mes parents, frĂšres et sƓurs, avec mes amis
 mais la plus grande part de moi-mĂȘme reste un mystĂšre et souvent l’objet de grands malentendus. C’est lĂ  justement, qu’ « une voix se fait entendre » et me prĂ©sente le Fils, pour qu’enfin je l’écoute. Saurais-je entendre cette voix et Ă©couter le Fils ? Dans le temps qui me sĂ©pare de PĂąques, le carĂȘme est un temps privilĂ©giĂ© : Ă  l’écoute des Ecritures, dans la priĂšre et en Eglise, en contemplant la puissance crĂ©atrice de la rĂ©surrection, apprendre Ă  m’incliner devant le mystĂšre de Dieu. Laisser tomber les images de moi-mĂȘme et de Dieu, entendre la voix du PĂšre me dire « Celui-ci est mon Fils bien-aimĂ© ». Le carĂȘme est un temps privilĂ©giĂ© pour me prĂ©parer Ă  entrer dans une nouvelle histoire, Ă  la suite du RessuscitĂ©.

Demande : Fais-moi trouver dans ta parole, Seigneur, la nourriture dont ma foi a besoin pour discerner ta gloire Ă  l’Ɠuvre dans les Ă©vĂšnements ordinaires.

JĂ©sus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, Ă  l’écart sur une haute montagne

JĂ©sus dĂ©sire tisser avec Pierre, Jacques et Jean une relation plus intime. Pour cela, il les emmĂšne seuls et Ă  l’écart. Saurais-je me retirer moi aussi de la foule, Ă  l’écart, et prendre le risque de tisser une relation avec un ami ou avec une amie ? Voire de parler Ă  Dieu comme un ami parle Ă  un ami ?

Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre

Accepter l’autre radicalement diffĂ©rent.e de ce que j’imaginais de lui ou d’elle, cela ne se fait pas en un jour.  Consentir Ă  la rĂ©alitĂ© quand elle m’échappe, cela prend du temps. Quelles rencontres me troublent aujourd’hui ? Quels Ă©vĂšnements me dĂ©stabilisent ? Comme Pierre, j’en parle au Seigneur


JĂ©sus leur ordonna de ne raconter Ă  personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscitĂ© d’entre les morts.

Dans l’ordinaire des jours de carĂȘme, tendu vers la mort et la rĂ©surrection de JĂ©sus, contempler la puissance cachĂ©e de la divinitĂ© du Christ dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre en toute crĂ©ation. En parler Ă  mon Dieu comme un ami parle Ă  son ami.

Messe du 21 février


Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 12-15)

JĂ©sus venait d’ĂȘtre baptisĂ©.

AussitĂŽt l’Esprit le pousse au dĂ©sert et, dans le dĂ©sert, il resta quarante jours, tentĂ© par Satan.

Il vivait parmi les bĂȘtes sauvages, et les anges le servaient.

AprĂšs l’arrestation de Jean, JĂ©sus partit pour la GalilĂ©e proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait :

« Les temps sont accomplis : le rÚgne de Dieu est tout proche.

Convertissez-vous et croyez Ă  l’Évangile. »

  Commentaire du pÚre Etienne Grieu sj

Ce petit passage d’Evangile se situe juste aprĂšs le baptĂȘme de JĂ©sus. Donc, tout au dĂ©but de sa vie publique. JĂ©sus est encore seul. Pas de disciple ni de foule autour de lui. Et ce qui nous est donnĂ© Ă  mĂ©diter, c’est l’écho d’une Ă©preuve assez terrible que JĂ©sus eut Ă  traverser.

Parfois, on peut avoir en tĂȘte une image de JĂ©sus qui ne touche pas vraiment terre : qui se promĂšne dans l’humanitĂ© comme sur un coussin d’air. Il n’est pas vraiment inquiĂ©tĂ© par ce qui arrive, il est bien au-dessus de tout cela. Est-ce une image juste, quand on s’arrĂȘte sur le texte d’Evangile qui nous est proposĂ© aujourd’hui ? Certainement pas. Car mĂȘme si Ă  partir de ce que nous venons d’entendre, il n’est pas facile de savoir exactement ce qui s’est passĂ© pour JĂ©sus, ce qui est sĂ»r c’est qu’il s’est passĂ© quelque chose de redoutable pour lui, entre son baptĂȘme et son entrĂ©e dans la vie publique. Et ce quelque chose c’est une Ă©preuve : il fut « tentĂ© par Satan ». Marc ne prĂ©cise pas plus. Mais ce qui est clair, c’est qu’il a vraiment Ă©tĂ© tentĂ©, et sans doute secouĂ© comme un prunier.

Comment JĂ©sus, lui qui est si prĂšs du PĂšre, a-t-il pu ĂȘtre tentĂ© ? S’il est d’emblĂ©e tout en Dieu, comment la tentation peut-elle l’effleurer ? Eh bien, c’est qu’il est vraiment l’un de nous ; il est vraiment de notre chair. Il n’avait pas par derriĂšre une assurance qui lui permettait de traverser tous les obstacles le cƓur lĂ©ger. Et comme avec nous le diable est trĂšs malin, il l’a Ă©tĂ© sans doute encore plus pour JĂ©sus. Le diable nous aborde trĂšs souvent Ă  partir de notre rĂ©alitĂ©. Il y a trĂšs souvent du vrai dans ce qu’il dit, c’est pourquoi prĂ©cisĂ©ment il peut avoir prise sur nous. Et ce qu’il fait, c’est d’essayer de retourner notre rĂ©alitĂ© contre Dieu : « tu manques de confiance en toi ? Mais comment Dieu a-t-il pu te crĂ©er ainsi ? Ce n’est pas possible. Et d’ailleurs, regarde, tu ne vaux rien du tout, tu n’aurais mĂȘme pas dĂ» avoir le droit d’exister ». « Tout te rĂ©ussit ? C’est gĂ©nial ; tu es vraiment trĂšs bon tu sais ; bien meilleur que tous les autres. Regarde-les : Ă  cĂŽtĂ© de toi, personne n’est Ă  la hauteur ». L’obsession du diable c’est de sĂ©parer : sĂ©parer les hommes de Dieu, nous sĂ©parer entre nous, nous sĂ©parer de nous-mĂȘmes. Et sans aucun doute, le diable a-t-il essayĂ© de sĂ©parer JĂ©sus de son PĂšre, et de le sĂ©parer de l’humanitĂ©, de nous.

A contrario, quand, quelques lignes plus loin, on entend JĂ©sus qui va en GalilĂ©e pour commencer Ă  proclamer l’Evangile, nous est donnĂ© le fruit de ce combat : JĂ©sus a refusĂ© de se laisser sĂ©parer, au contraire, il va vers ses frĂšres, avec cette passion de les rejoindre, de rejoindre jusqu’au dernier, qu’il manifeste tout au long de sa vie. Et quand il parle, ce qu’il annonce c’est la proximitĂ© de Dieu : « le RĂšgne de Dieu est tout proche ». Le RĂšgne de Dieu, c’est quand l’Alliance (cette Alliance dont il Ă©tait question dans la premiĂšre lecture) entre Dieu et l’humanitĂ© prend forme, quand elle passe vraiment dans la rĂ©alitĂ©. Et JĂ©sus appelle Ă  se prĂ©parer Ă  l’accueillir. Si JĂ©sus peut annoncer ainsi le renouement de l’Alliance c’est qu’il est lui-mĂȘme Alliance. En sa personne il est Alliance, lien indestructible entre le PĂšre et l’humanitĂ©. Or cette Alliance a Ă©tĂ© Ă©prouvĂ©e. Elle a rĂ©sistĂ© aux pires attaques de Satan. JĂ©sus ne s’est laissĂ© sĂ©parer ni de nous, ni du PĂšre. C’est Ă  partir de lĂ  qu’il peut annoncer des retrouvailles entre Dieu et nous, qu’il peut ĂȘtre pour nous, rĂ©conciliation. C’est que lui-mĂȘme s’est montrĂ© plus fort que tout ce qui peut nous sĂ©parer.

A partir de lĂ , on comprend pourquoi Marc dit que c’est l’Esprit qui a poussĂ© JĂ©sus au dĂ©sert. Sans doute, JĂ©sus devait-il affronter, tout au dĂ©but de sa mission, cette Ă©preuve qui fait croire qu’on est sĂ©parĂ© de Dieu et de l’humanitĂ©, afin de pouvoir, tout Ă  la fin, rĂ©sister Ă  la mĂȘme tentation, quand il est sur la croix. Et du coup, toute sa vie pourra ĂȘtre, pour tous, chemin de retrouvailles avec Dieu, invitation Ă  retrouver la proximitĂ© avec Dieu Ă  laquelle nous sommes destinĂ©s.

Cette proximitĂ© elle nous est donnĂ©e grĂące Ă  ce combat du Christ. GrĂące Ă  lui elle nous rejoint. Accueillons-lĂ . Le CarĂȘme est fait pour cela. Profitons-en, largement !

Pour ce temps de priĂšre, je vous propose de demander au Seigneur la grĂące de reconnaĂźtre les combats spirituels qui sont les vĂŽtres, afin de vous y livrer en confiance.

1. Voir JĂ©sus dans le dĂ©sert. Se reprĂ©senter ce dĂ©sert. Vous pouvez vous reprĂ©senter vous-mĂȘme, marchant dans ce dĂ©sert, ou autrement. Comment vous sentez-vous dans ce dĂ©sert ?

2.  Considérer comment Jésus est tenté par Satan. Il a un combat à mener. Comment voyez-vous Jésus dans ce combat ? Que peut-il alors vivre et ressentir ?

3.  Et auprĂšs de JĂ©sus, il y a des bĂȘtes sauvages et des anges. Environnement contrastĂ© ! Quelle peut ĂȘtre l’attitude de JĂ©sus au milieu de tout cela ?

4.  Entendre ensuite l’Evangile qu’il annonce (c’est Ă  la fin du texte). Laissez-le retentir pour vous.

Messe du 14 février

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 40-45)

En ce temps-là, un lépreux vint auprÚs de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »

Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »

À l’instant mĂȘme, la lĂšpre le quitta et il fut purifiĂ©.

Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitÎt en lui disant :

« Attention, ne dis rien Ă  personne, mais va te montrer au prĂȘtre, et donne pour ta purification ce que MoĂŻse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un tĂ©moignage. »

Une fois parti, cet homme se mit Ă  proclamer et Ă  rĂ©pandre la nouvelle, de sorte que JĂ©sus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait Ă  l’écart, dans des endroits dĂ©serts.

De partout cependant on venait Ă  lui.

Commentaire du pĂšre Jacques Enjalbert sj

La justesse d’une foi qui franchit tous les obstacles


Voici qu’un lĂ©preux vient trouver JĂ©sus. Cet acte mĂȘme peut nous paraitre aujourd’hui naturel, mais il ne l’est pas du tout au temps de JĂ©sus. La lĂšpre Ă©tait perçue dans la loi juive comme une impuretĂ© qui sĂ©parait celui qui en Ă©tait atteint du Dieu « Saint ». Et toute impuretĂ© Ă©tait la marque visible d’un pĂ©chĂ©, commis soit par le malade lui-mĂȘme, son entourage, son ascendance
 Tous ceux qui le touchaient ou s’en approchaient devenaient eux-mĂȘmes impurs Ă  son contact
 Seul le prĂȘtre Ă©tait habilitĂ© Ă  « purifier » le lĂ©preux.  Il faut donc beaucoup d’audace au lĂ©preux, avec tout le poids social sur son impuretĂ© et sa culpabilitĂ©, pour enfreindre la Loi, s’approcher de JĂ©sus et s’adresser Ă  lui.

« Si tu le veux, tu peux me purifier » s’écrie-t-il pourtant en tombant aux genoux de JĂ©sus. Contemplons sa parole et son geste, l’immense confiance en JĂ©sus qui l’habite. L’homme ne doute pas. Il n’exige rien, dans ces simples mots, il manifeste Ă  la fois que Dieu seul peut tout, que nul ne saurait le contraindre et que JĂ©sus est de Dieu. Sa parole rĂ©vĂšle Ă  JĂ©sus qu’il lui suffit de vouloir pour pouvoir. Sa foi voit dĂ©jĂ  en lui, le Christ, prĂȘtre, prophĂšte et roi au nom du PĂšre des cieux ; celui qui est de Dieu.

N’ai-je pas Ă  apprendre de lui la foi, l’apprendre de personnes plus Ă©prouvĂ©es ou rĂ©prouvĂ©es que moi
 ? Apprendre cette entiĂšre confiance et Ă  me remettre dans les mains aimantes de Celui qui peut tout
 sans rien exiger pour autant ?

Un Dieu aux entrailles de mĂšre

JĂ©sus est saisi de compassion, nous dit la traduction liturgique du verbe grec ÏƒÏ€Î»Î±ÎłÏ‡ÎœÎčÎ¶Î”ÎŻÏ‚ – splankhnidzeis / ĂȘtre remuĂ© aux entrailles comme une mĂšre ; exact renvoi au terme hĂ©breu ŚšŚ—ŚžŚ™Ś – rahamim / sein maternel, utĂ©rus, entraille que l’on retrouve dans la Torah pour dire le lien qui unit Dieu Ă  son peuple, un Dieu saisi aux profondeurs de son ĂȘtre Ă  la vue de ses enfants par le mĂȘme lien charnel et viscĂ©ral qui unit la mĂšre Ă  l’enfant qu’elle porte en son sein.

L’émotion profonde face Ă  la vĂ©ritĂ© et la foi de cet homme est la source de l’agir de JĂ©sus. La compassion nous prend et nous dĂ©passe infiniment. On ne dĂ©cide pas d’ĂȘtre pris aux entrailles. Le geste et la parole de JĂ©sus en rĂ©ponse viennent comme l’acte-mĂȘme de Dieu qui ne peut nous abandonner ou nous laisser voir la corruption sans se porter au-devant de nous : « Je le veux, sois purifiĂ© » dit JĂ©sus tout en touchant le lĂ©preux. A cet endroit, il n’y a plus aucune loi, impuretĂ© ou pĂ©chĂ© qui tiennent, seul se dit le lien recrĂ©ateur de l’amour. Voici l’homme guĂ©rit

Oui contemplons ici en JĂ©sus la vĂ©ritĂ© Ă©tonnante d’un Dieu qui se laisse toucher
 et ne peut que se porter au-devant de tout humain blessĂ©, dans un amour qui seul purifie de tout mal


Les conditions de la Parole vraie qui crée et recrée

Pourtant, Ă  peine l’homme guĂ©rit, JĂ©sus le rudoie et le renvoie. Pourquoi donc ?  JĂ©sus regretterait-il un geste qui lui aurait Ă©chappĂ© ? Dieu se repentirait-il de l’amour qu’il Ă©prouve pour nous ? Nous sentons bien que cela ne peut tenir
 Alors, n’est-ce pas qu’à l’endroit de cette guĂ©rison, JĂ©sus par sa rudesse appelle Ă  comprendre que, plus que le geste, c’est la Parole de Dieu mĂȘme qui nous crĂ©e et nous recrĂ©e. Et c’est cela qu’il est venu nous annoncer d’abord, jusqu’à la CĂšne et Ă  la Croix
 Ici, son geste pourrait ĂȘtre sujet Ă  mĂ©sinterprĂ©tation et c’est pourquoi il envoie l’homme faire constater sa guĂ©rison par le prĂȘtre pour sa rĂ©intĂ©gration dans la communautĂ© des croyants, comme le prescrit la Loi.

Le lĂ©preux, lui, tout Ă  sa joie, ne respecte cependant pas la consigne reçue et se met mot Ă  mot Ă  proclamer beaucoup de choses et Ă  divulguer la parole. Du coup c’est au tour de JĂ©sus de se retrouver impur, comme pestifĂ©rĂ© puisqu’il s’est laissĂ© toucher et l’a touchĂ©, obligĂ© d’ĂȘtre tenu Ă  l’écart des autres humains. Le voilĂ  qui, innocent, prend sur lui le mal d’autrui, en filigrane du drame de la croix
 Et il ne peut plus proclamer l’Evangile de Dieu. Quel contraste avec l’homme qui, pour sa part, ne proclame plus que des choses et rĂ©pand la parole
 L’unitĂ© fondamentale entre parole et geste qui vient de la tendresse profonde de Dieu, du lien d’amour qu’il nous porte ne peut plus opĂ©rer ouvertement.  JĂ©sus n’agit en plĂ©nitude qu’au cƓur d’une relation unique et personnelle Ă  chacun de nous, par la Parole qu’il porte et qu’Il est et qui nous recrĂ©e. L’enjeu est la vĂ©ritĂ© de cette relation. La coĂŻncidence retrouvĂ©e entre Lui et nous, entre paroles exprimĂ©es et dĂ©marche de tout l’ĂȘtre et qui a pour nom l’amour
 DĂ©finition du lien de la foi sans laquelle Dieu ne peut pleinement nous sauver. Et rĂ©vĂ©lation que ce n’est qu’aux marges, aux lieux de pauvretĂ© d’une relation un Ă  un que JĂ©sus peut pleinement parler et agir
 Loin du brouhaha du spectaculaire, de la rĂ©assurance oĂč l’homme se replace au centre plutĂŽt qu’il ne s’efface.

Mais une autre puissance est l’Ɠuvre. Celle de l’Esprit qui attire Ă  JĂ©sus, au lieu secret de l’attente en chacun d’une parole, d’une relation qui sauve et me fait quitter ma vie ordinaire pour venir personnellement Ă  JĂ©sus. « Dis seulement une parole, et je serai guĂ©ri » disons-nous Ă  la suite du Centurion avant de communier


Je demande une grĂące : Seigneur donne-moi de grandir dans la foi que tu nous sauves !

La justesse d’une foi qui franchit tous les obstacles : Je vois le lĂ©preux qui se jette au pied de JĂ©sus.  J’entends ses paroles
 Puis-je me lancer vers JĂ©sus comme lui ? N’ai-je pas Ă  apprendre de lui la foi, apprendre de personnes Ă©prouvĂ©es ou rĂ©prouvĂ©es cette entiĂšre confiance. Puis-je me remettre dans les mains aimantes de Celui qui peut tout et sans rien exiger pour autant ?

Un Dieu aux entrailles de mĂšre : Je contemple la rĂ©ponse de JĂ©sus mĂ» aux entrailles, saisi de compassion
 Quelle Ă©motion le traverse ? Je le vois rĂ©pondre au lĂ©preux, le toucher
 Et celui-ci est guĂ©ri. Je mesure la vĂ©ritĂ© Ă©tonnante d’un Dieu qui se laisse toucher. Il ne peut que se porter au-devant de l’humain blessĂ© et cet amour purifie de tout mal


Les conditions de la Parole vraie qui crĂ©e et recrĂ©e : JĂ©sus renvoie l’homme en le rudoyant, l’invitant Ă  se montrer aux prĂȘtres. Mais lui rĂ©pand la nouvelle. Est-elle encore proclamation de la Bonne Nouvelle ? Que lui manque-t-elle ? Je contemple en contraste JĂ©sus, Ă  l’écart, qui a pris sur lui notre mal
 Et comme sa Parole attire Ă  lui


Messe du 7 février

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 29-39)

En ce temps-lĂ , aussitĂŽt sortis de la synagogue de CapharnaĂŒm, JĂ©sus et ses disciples allĂšrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’AndrĂ©. Or, la belle-mĂšre de Simon Ă©tait au lit, elle avait de la fiĂšvre.
AussitĂŽt, on parla Ă  JĂ©sus de la malade. JĂ©sus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fiĂšvre la quitta, et elle les servait.

Le soir venu, aprĂšs le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui Ă©taient atteints d’un mal ou possĂ©dĂ©s par des dĂ©mons. La ville entiĂšre se pressait Ă  la porte.
Il guĂ©rit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de dĂ©mons ; il empĂȘchait les dĂ©mons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il Ă©tait.

Le lendemain, JĂ©sus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit dĂ©sert, et lĂ  il priait.
Simon et ceux qui Ă©taient avec lui partirent Ă  sa recherche.
Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. »
JĂ©sus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que lĂ  aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »

Et il parcourut toute la GalilĂ©e, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les dĂ©mons.

Commentaire d’Emmanuelle MaupomĂ©, soeur auxiliatrice

Marc 1, 29-39 : une journée de Jésus

Quand on contemple JĂ©sus et sa folle activitĂ© dans ce passage de l’Evangile de Marc, il semble que l’on entend le rire de la Vie qui se propage de proche en proche comme une cascade, comme une contagion de joie divine… La belle- mĂšre de Pierre se lĂšve et sert, les malade sont guĂ©ris, les dĂ©mons se taisent, la ville entiĂšre se presse, et JĂ©sus va encore ailleurs, plus loin, pour que ailleurs encore la Vie, sa Vie se rĂ©pande et que l’Evangile soit annoncĂ©…

Lui, JĂ©sus il est partout : il est dans la maison, et il est hors de la maison, il est au dĂ©sert et sur les routes, il est lĂ  le jour et il est lĂ  aussi la nuit, il est lĂ  dans l’action et il est lĂ  dans la priĂšre, il est lĂ  qui se laisse toucher, et il est lĂ  qui Ă©chappe aussi Ă  toute prise…En Lui pourtant, toutes ces oppositions : dedans/dehors, action/priĂšre, nuit et jours, toutes ces tensions, semblent s’apaiser…

Alors nous, nous qui sommes des disciples parfois bien agitĂ©s par nos activitĂ©s, nos rencontres, nos prĂ©occupations, nous pouvons nous demander : comment fait- il ? Comment fait- il pour rester juste au cƓur de toute cette activité ? Comment fait- il pour que le rire de la vie en Lui ne se crispe pas Ă  cause de la fatigue, de la confrontation mĂȘme Ă  la souffrance d’autrui ? Comment fait- il pour discerner le moment juste oĂč il lui faut rĂ©pondre Ă  la soif de la foule, des malades qui se pressent et le moment juste pour se refuser Ă  cette soif et aller au dĂ©sert ou ailleurs ? Comment fait- il pour se donner ainsi, tout Ă  tous, et demeurer pourtant appuyĂ©, ancrĂ© sur son PĂšre ? Et nous pouvons rĂȘver aussi d’ĂȘtre comme JĂ©sus : serein de sa sĂ©rĂ©nitĂ© active,, lestĂ©s comme lui d’une ancre secrĂšte qui plongerait en son cƓur et nous permettrait d’aimer sans fatigue, de nous donner sans tension, sans dispersion. Mais comment faire ?

Ecoutons JĂ©sus : pour façonner ses disciples Ă  son image, Il ne leur donne pas un long enseignement sur la Confiance ou sur la priĂšre : Il ne leur dit rien d’autre que « allons ailleurs ». C’est-Ă -dire qu’il n’est d’autre maniĂšre pour apprendre le chemin que le chemin lui-mĂȘme, mais derriĂšre Lui. Il n’est pas d’autre maniĂšre d’apprendre l’Ă©quilibre en Dieu, que de consentir Ă  se laisser dĂ©sĂ©quilibrer par la route, par la mission, par la priĂšre Ă  sa suite. Pas d’autre maniĂšre que de se laisser dĂ©sĂ©quilibrer mais aussi ramener Ă  l’Ă©quilibre par Lui, Ă  chaque pas, sans rĂȘver d’une stabilitĂ© dĂ©finitive qui ne tiendrait au fond qu’Ă  notre propre sagesse. Il n’est pas d’autre chemin pour le disciple, pour chacun de nous, que de marcher, mais marcher derriĂšre Lui, les yeux fixĂ©s sur Lui, rivĂ©s sur Lui qui va devant …

Fixer les yeux sur lui, pour apprendre Ă  marcher avec lui, pour apprendre sa maniĂšre de marcher et de vivre, c’est prĂ©cisĂ©ment cela qui nous est proposĂ© maintenant avec ce temps de priĂšre…

Emmanuelle Maupomé, St Ignace, 7 février 2021

FĂȘte de la Bienheureuse Marie de la Providence

Je demande une grùce, par exemple : la grùce de pouvoir me rendre vraiment présent/e à Jésus qui parle, qui guérit, qui prie, avec tout ce que je suis, pour apprendre de Lui qui Il est vraiment.

1/ JĂ©sus s’approcha et la saisit par la main

Je regarde JĂ©sus, tous ceux qui sont là : les disciples, la famille, et puis cette femme allongĂ©e, malade.  J’imagine les gestes des uns et des autres, jusqu’à ce moment oĂč JĂ©sus s’approche, prend la main de cette femme, la relĂšve… Qu’est-ce que j’éprouve en regardant cela : Ă©tonnement, admiration, joie, autre chose ? J’accueille ce qui vient ainsi en moi.

2/ Le soir venu, (…) la foule entiĂšre se pressait Ă  la porte

La foule entiĂšre se presse : c’est une foule avec des malades, des gens atteints de toutes sortes de maladies, de fatigues physiques, psychiques sans doute aussi. Je peux imaginer ces malades du  temps de JĂ©sus : les aveugles, les boiteux, les paralytiques, les possĂ©dĂ©s. Et je peux amener aussi tous les malades et les fatiguĂ©s d’aujourd’hui : ceux que je connais, dont je suis proche, moi peut-ĂȘtre… Je les amĂšne à  JĂ©sus, je les lui prĂ©sente, je prie pour eux, avec eux….

3/ JĂ©sus priait…. « Tout le monde te cherche »… « Allons ailleurs ! »

C’est la nuit, le dĂ©sert et JĂ©sus prie… Je prends le temps de dĂ©couvrir JĂ©sus qui prie, avec les disciples qui le dĂ©couvrent… Puis j’écoute leur dialogue « tout le monde te cherche… Allons ailleurs ! » Qu’est-ce qui pousse ainsi JĂ©sus ailleurs, vers d’autres qui l’attendent ? Et moi, quel est l’ailleurs oĂč je me sens invitĂ©/e Ă  aller aujourd’hui ?

Messe du 31 janvier

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 21-28)

JĂ©sus et ses disciples entrĂšrent Ă  CapharnaĂŒm.

AussitĂŽt, le jour du sabbat, il se rendit Ă  la synagogue, et lĂ , il enseignait.

On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.

Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier :

« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. »

JĂ©sus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. »

L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui.

Ils furent tous frappĂ©s de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? VoilĂ  un enseignement nouveau, donnĂ© avec autoritĂ© ! Il commande mĂȘme aux esprits impurs, et ils lui obĂ©issent. »

Sa renommée se répandit aussitÎt partout, dans toute la région de la Galilée.

Commentaire du pĂšre Miguel Roland-Gosselin sj

Vous savez que la premiĂšre lecture est choisie, le dimanche, pour le lien qu’elle permet d’établir avec l’évangile. Elle oriente notre comprĂ©hension de l’évangile. Exemple : cet Ă©pisode de guĂ©rison, par quel biais faut-il l’envisager ? Pourquoi l’Église l’a-t-elle retenu aujourd’hui ? RĂ©ponse : voyez cette « autorité » de JĂ©sus, voyez avec quelle puissance il parle et il agit, et comprenez qui il est ; il est celui que Dieu avait annoncĂ© Ă  MoĂŻse, le « nouveau prophĂšte », ce mystĂ©rieux personnage qui viendrait un jour arracher les hommes Ă  la mort. « Je ne veux pas mourir », disaient le peuple d’IsraĂ«l au dĂ©sert. « Vous faites bien de dire cela », avait rĂ©pondu Dieu ; vous faites bien, car vous n’ĂȘtes pas faits pour la mort mais pour la vie. Et Dieu s’était engagé : je vous enverrez un prophĂšte vĂ©ritable, celui qui parlera vraiment au nom de Dieu, celui dont les mots auront la puissance de Dieu. JĂ©sus est l’accomplissement des Écritures.

Vous n’ĂȘtes pas faits pour mourir. Et JĂ©sus le Vivant va donc affronter la mort. Il va l’affronter d’abord par des mots, par des paroles d’enseignement qui ont « autorité ». Les foules sont frappĂ©es par cette autorité : quand cet homme-lĂ  parle, ses paroles sonnent vrai ; on entend qu’elles viennent de loin ; on entend que ce qu’il dit n’est pas puisĂ© dans son propre fond. Cet homme-lĂ  parle de plus loin que lui. Il est un passeur de vie. Il nous donne des mots oĂč l’on entend Dieu lui-mĂȘme, source de vie. N’est-ce pas cela, parler avec autorité ? Rien Ă  voir avec la parole d’une puissant, la parole d’un dominant. Laissez cela aux scribes ! La parole d’autoritĂ© est humble, juste, vivifiante. Celui qui parle ainsi est en Ă©troite parentĂ© avec l’auteur de la vie. Il nous « autorise » Ă  avancer ; c’est cela une parole « d’autorité ».

Ce point pourrait faire l’objet d’un premier moment de priĂšre. Nous pourrions contempler JĂ©sus dans sa parole vivifiante, ferme, exigeante, exactement ajustĂ©e pour faire grandir les gens et les lancer dans l’existence. JĂ©sus « passeur » de vie. Et si cela nous aide, nous pourrons faire un petit dĂ©tour pour nous rappeler le visage de quelques personnes qui ont Ă©tĂ© pour nous des « passeurs », de belles figures d’autoritĂ©.

Et puis il y a ce tĂȘte-Ă -tĂȘte avec l’homme possĂ©dĂ© par un esprit impur. Cet homme, bien sĂ»r, nous reprĂ©sente tous. Il est, selon saint Marc, le premier d’entre nous que le Christ va libĂ©rer de sa mort, qu’il va arracher au dĂ©mon mortel qui peut ronger un homme. Curieusement, le dĂ©mon se dĂ©fend ; on dirait que le malheureux possĂ©dĂ© s’arc-boute devant JĂ©sus pour ne pas le laisser approcher. Comme si la mĂȘme humanitĂ© qui dit « Je ne veux pas mourir » allait se dresser contre JĂ©sus pour l’empĂȘcher de faire son Ɠuvre de vie. C’est exactement ce qui va se passer. Tout l’évangile racontera cela : JĂ©sus arrive avec une puissance de vie, et l’humanitĂ©, possĂ©dĂ©e par ses dĂ©mons, va tenir tĂȘte Ă  JĂ©sus et le rejeter. C’est qu’il en coĂ»te de choisir la vie et de renoncer Ă  son existence de pĂ©ché ! C’est que nous y tenons, Ă  nos dĂ©mons ! GrĂące Ă  Dieu, JĂ©sus dira sur la croix que l’humanitĂ© ne « savait pas » ce qu’elle faisait. Nous ne savons pas, mais les dĂ©mons qui nous dĂ©chirent le savent : « Je sais qui tu es ! »

Il y a peut-ĂȘtre lĂ  une deuxiĂšme matiĂšre pour notre priĂšre. Nous pourrions regarder l’humanitĂ©, la belle humanitĂ© qui tient tĂȘte Ă  la vie, qui cĂšde Ă  ses dĂ©mons, qui est possĂ©dĂ©e par
 Ă  vous de voir : l’orgueil, la jalousie, toutes les « puissances et dominations » dont parle saint Paul. Nous porterons un regard sans concession sur les folies du monde et, au nom de l’humanitĂ© blessĂ©e, au nom de tous ceux qui souffrent, nous lancerons Ă  JĂ©sus un vibrant : « Je ne veux pas mourir ».

Et il restera encore une phrase Ă  entendre, la plus vigoureuse et salutaire qui soit : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » C’est un ordre impĂ©rieux et tranchant. Y a-t-il des dĂ©mons qui nous rongent (quels sont-ils ?), des peurs qui nous retiennent (quelles sont-elles) ? Une chose est sĂ»re, rien de tout cela ne fait le poids devant le Christ. Il « commande mĂȘme aux esprits impurs », rien de nos petitesses et de nos folies ne dĂ©borde sa bontĂ© et sa puissance. Mais ce « Tais-toi ! » qui chasse les dĂ©mons, ce « Tais-toi ! » qui guĂ©rit et libĂšre un homme, ne faudra-t-il pas que nous le prononcions nous aussi ? Pour notre bien et pour celui du monde, le chemin de la vie n’exige-t-il pas de notre part quelques vigoureuses et tranchantes dĂ©cisions d’autorité ? Dire non Ă  ceci, non Ă  cela. Cela peut s’envisager, avec une grande confiance en la bontĂ© et en la douceur de Dieu, du Dieu de JĂ©sus-Christ.

Demander une grùce : « Seigneur, libÚre-moi (libÚre-nous) des puissances du mal et des inspirations mauvaises. »

« Il enseignait en homme qui a autoritĂ©. » Les foules admirent en JĂ©sus une « autorité ». Laisser monter en moi tout ce que je sais de lui, le contempler : vais-je partager l’admiration des foules ?

« Je ne veux pas mourir. » C’est un cri de l’humanitĂ© (1Ăšre lecture). ConsidĂ©rer notre monde avec son virus d’aujourd’hui et ses dĂ©mons de toujours, avec toute sa peine Ă  vivre. Demander Ă  Dieu la vie, pour le monde, pour des gens, pour moi.

« Tais-toi ! Sors de cet homme. » Entendre cette parole « d’autorité ». Ces mots vigoureux, n’y a-t-il pas lieu que je les prononce Ă  mon tour ? Sur moi-mĂȘme (pour chasser mes dĂ©mons). Sur d’autres. Toujours avec amour et charitĂ©.

Conclure en parlant au Seigneur.

Messe du 24 janvier

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 14-20)

AprĂšs l’arrestation de Jean le Baptiste, JĂ©sus partit pour la GalilĂ©e proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait: « Les temps sont accomplis : le rĂšgne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez Ă  l’Évangile. »

Passant le long de la mer de GalilĂ©e, JĂ©sus vit Simon et AndrĂ©, le frĂšre de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pĂȘcheurs.

Il leur dit : « Venez Ă  ma suite. Je vous ferai devenir pĂȘcheurs d’hommes. »

AussitĂŽt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frÚre Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets.

AussitĂŽt, JĂ©sus les appela.

Alors, laissant dans la barque leur pÚre Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

Commentaire du Pasteur Frédéric Chavel

A l’occasion de la semaine pour l’unitĂ© des chrĂ©tiens, un pasteur protestant a Ă©tĂ© invitĂ© Ă  faire le commentaire.

Commentaire Ă  venir.

Pour une grùce : Seigneur, fais de ma vie une vie évangélique, dans la grùce du partage.

1/ « JĂ©sus partit pour la GalilĂ©e proclamer l’Évangile de Dieu ». Temps de mise en route. Mais quelle est la fin de ce voyage ? Qu’est-ce que vivre un tel dĂ©part ?

Suis-je prĂȘt, quant Ă  moi, Ă  dĂ©sĂ©quilibrer ma vie en tendant vers l’appel du Royaume ?

2/ « Laissant leurs filets ». Le labeur est difficile, et l’interrompre pour autre chose encore plus exigeant. Et pourtant, j’observe les disciples. N’y a-t-il pas ici libertĂ© et simplicitĂ© ?

Comment vivre dans la paix les moments nécessaires de changement de vie ?

3/ « PĂȘcheurs d’hommes ». Parcourir des yeux l’humanitĂ©. Sans non plus oublier les poissons, et toutes les crĂ©atures dont notre humanitĂ© est solidaire.

Que suis-je appelĂ© Ă  faire pour eux ? Qu’est-ce que je dĂ©sire partager avec eux de la vie ?

Messe du 17 janvier

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 1, 35-42)

En ce temps-lĂ , Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.

Posant son regard sur JĂ©sus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »

Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent JĂ©sus.

Se retournant, JĂ©sus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? »

Ils lui rĂ©pondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : MaĂźtre –, oĂč demeures-tu ? »

Il leur dit : « Venez, et vous verrez. »

Ils allĂšrent donc, ils virent oĂč il demeurait, et ils restĂšrent auprĂšs de lui ce jour-lĂ .

C’était vers la dixiĂšme heure (environ quatre heures de l’aprĂšs-midi).

AndrĂ©, le frĂšre de Simon-Pierre, Ă©tait l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi JĂ©sus.

Il trouve d’abord Simon, son propre frĂšre, et lui dit :  « Nous avons trouvĂ© le Messie » – ce qui veut dire: Christ.

André amena son frÚre à Jésus.

JĂ©sus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras KĂšphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Commentaire du P. Grégoire Le Bel sj

Nous sommes au dĂ©but de l’évangile de Saint Jean. Cet Ă©vangile Ă©tonnant, qui a eu du mal Ă  ĂȘtre reconnu comme canonique, dĂ©bute avec son fameux Prologue, puis s’ouvre sur ce que les exĂ©gĂštes appellent le livre des Signes sur 12 chapitres.

Avec ce premier chapitre de saint Jean, nous sommes les tĂ©moins privilĂ©giĂ©s d’une passation : L’attention Ă©tait clairement sur Jean, ce personnage Ă©tonnant et haut en couleur. Rapidement, sa vie sera de dĂ©signer un autre, le Messie, et d’abord aux Juifs envoyĂ©s de JĂ©rusalem, puis Ă  JĂ©sus lui-mĂȘme quand celui-ci s’approche pour ĂȘtre baptisĂ©, puis enfin Ă  ses propres disciples. Jean est un passeur, un facilitateur, un aĂ©roport, un de ces lieux, une de ces personnes qui permet Ă  d’autres d’advenir Ă  la vie. Ici aux Juifs qui n’accepteront pasle message et resteront dans leur cĂ©cité ; puis Ă  JĂ©sus, qui sera confirmĂ© dans sa vocation de Fils de Dieu ; enfin Ă  ses disciples Ă  qui il indique le chemin Ă  suivre, et ce chemin c’est le Christ lui-mĂȘme.

Voici peut-ĂȘtre une premiĂšre invitation : reconnaĂźtre celles et ceux qui furent dans ma vie ou le sont encore, des passeurs, des femmes et des hommes qui ont Ă©tĂ© comme des poteaux indicateurs de la direction Ă  suivre pour vivre en plĂ©nitude. Un professeur, mes parents, un parrain, une marraine, aux scouts, au MEJ un chef, une cheftaine, un ou une animatrice, un saint Ă  travers ses Ă©crits ou sa vie ou que sais-je encore.

Seconde invitation, qui en est la contraposĂ©e : ReconnaĂźtre humblement que j’ai pu ĂȘtre moi aussi de maniĂšre consciente ou non passeur, facilitateur de telle ou tel. Nous sommes des ĂȘtres de relation, vivifiĂ© par l’Esprit Saint reçu Ă  notre baptĂȘme. Il ne peut en ĂȘtre autrement que de montrer Ă  notre tour des chemins Ă  des proches ou des inconnus : Oui l’Esprit Saint fait feu de toute existence qui vit Ă  son rythme.

Mais revenons Ă  ce court passage de seulement sept versets. Il nous prĂ©sente l’appel des trois premiers disciples : un inconnu, AndrĂ© et Simon. Mais est-ce rĂ©ellement un appel ? N’est-ce pas plutĂŽt une attraction, un de ces moments oĂč les choses prennent place, s’ajustent, comme quand on tombe amoureux, comme quand on exprime son dĂ©sir de la vie religieuse par exemple.

Une des choses trĂšs intĂ©ressantes tient dans le fait que ces premiers appelĂ©s/envoyĂ©s sont des disciples de Jean. D’une certaine maniĂšre, ces hommes sont la vivante expression de ce que proclamait Jean Ă  ses disciples qui s’inquiĂ©taient de la naissante popularitĂ© de JĂ©sus, rapportant qu’il se serait mĂȘme mis Ă  baptiser comme on peut le lire au chapitre 3. « Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai Ă©tĂ© envoyĂ© devant lui. Celui Ă  qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant Ă  l’ami de l’époux, il se tient lĂ , il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » Qu’il grandisse et que je diminue. C’est ce que Jean fait en indiquant Ă  ses disciples l’Agneau de Dieu, le Christ, le Messie tant attendu ; Deux d’entre eux entendent et se mettent en route. D’une certaine maniĂšre, Jean Baptiste est une icĂŽne de la ChastetĂ©. Il n’entre pas dans quelque jeu de sĂ©duction, ni avec les pharisiens venus de JĂ©rusalem, ni avec ses propres disciples. Il veut pour eux le meilleur. Il les dĂ©tache de leurs liens affectifs avec lui.

Alors que les disciples sont en route, JĂ©sus semble presque surpris de les voir marcher Ă  sa suite. Une invitation leur est alors faite : « Venez, et vous verrez. ». Invitation Ă  laquelle ils rĂ©pondent en demeurant Ă  ses cĂŽtĂ©s. C’est un trĂšs beau terme que demeurer. Quelque chose de la stabilitĂ©, de la sĂ©curitĂ©, la durĂ©e, qui fait penser Ă  la maison, la demeure. MĂȘme si cela peut faire sourire, l’épisode du petit prince avec le renard est de cet ordre-lĂ . Demeurer, s’apprivoiser, et s’attacher Ă  jamais dans un cƓur Ă  cƓur. Une question peut alors nous accompagner : quels moyens puis-je prendre ou inventer pour demeurer auprĂšs de JĂ©sus, demeurer en sa prĂ©sence au cƓur de mon quotidien. Prie en Chemin est un excellent moyen, mais Ă  chacun de trouver sa maniĂšre de nourrir cette prĂ©sence auprĂšs du Christ, de s’y laisser nourrir et accueilli aussi.

Le passage s’achĂšve sur l’appel de Pierre par son frĂšre AndrĂ©. Il est Ă©tonnant que Pierre, sans qu’on sache rien de lui, s’il est disciple ou pas de Jean Baptiste etc. est mis d’emblĂ©e en position d’autoritĂ©. Devant le Christ, pas de comparaison, pas de premier ou de dernier. Il y a seulement des aimĂ©s, chacun Ă  sa maniĂšre, sous le regard de celui qui nous envisage tel que nous sommes et serons un jour. Il est enfin heureux de voir que les envoyĂ©s de la part de Jean Baptiste, deviennent dĂšs le dĂ©but de l’évangile, Ă  leur tour des facilitateurs, des passeurs, montrant le chemin vers le Christ Ă  un autre. N’est-ce pas une belle maniĂšre de dĂ©buter notre annĂ©e liturgique ? Seigneur, fais de nous des habitants de ta maison, des facilitateurs de ta prĂ©sence auprĂšs des femmes et hommes de ce temps. Amen.

Au dĂ©but de ce temps de priĂšre je demande la grĂące pouvoir trouver les mots pour dire quelle est ma quĂȘte, ce que je recherche dans mon cheminement avec le Christ.

1/ « Voici l’agneau de Dieu ». Je me place auprĂšs des deux disciples de Jean le Baptiste. Je regarde Jean. Il est fidĂšle au lieu oĂč il baptise. JĂ©sus en revanche, marche, va et vient le long du Jourdain ou du lac de GalilĂ©e. Puis j’entends et mĂ©dite cette Ă©trange parole : « Voici l’agneau de Dieu »

2/ « Que cherchez-vous ? » JĂ©sus commence par interroger le dĂ©sir de celui ou celle qui se met Ă  sa suite. Et la question est gĂ©nĂ©rale : Que cherchez-vous ? J’imagine ce qui se passe dans la tĂȘte et le cƓur des deux disciples qui suivent JĂ©sus. Et pour moi, qu’en est-il ? Qu’est-ce que je recherche dans ce compagnonnage avec JĂ©sus ?

3/ « Nous avons trouvĂ© le messie ». C’est Ă©tonnant et rassurant de voir que se mettre Ă  la suite de JĂ©sus ne se fait pas d’un coup. Il y a des Ă©tapes, des moments de maturation, de transformation, de changement. En regardant ma vie, quelles Ă©tapes ont Ă©tĂ© franchies ? À quels moments JĂ©sus a-t-il posĂ© son regard sur moi ? J’en fais mĂ©moire et je rends grĂące.

Messe du 10 janvier


 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 7-11)

En ce temps-lĂ , Jean le Baptiste proclamait :

« Voici venir derriĂšre moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour dĂ©faire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisĂ©s avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint.»

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.

Et aussitĂŽt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se dĂ©chirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.

Il y eut une voix venant des cieux :

« Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

  Commentaire du pÚre Etienne Grieu sj

Cet Ă©pisode du baptĂȘme de JĂ©sus est trĂšs important, car c’est un acte inaugural, un geste qui ouvre une nouvelle page, ici, c’est le commencement de la mission de JĂ©sus. Or gĂ©nĂ©ralement, dans un acte inaugural de ce type, on dit en une seule fois tout ce qui ensuite va peu Ă  peu se dĂ©ployer. Alors, cela nous invite Ă  redoubler d’attention pour comprendre ce qui se dit dans cet acte du baptĂȘme.

Regardons le geste mĂȘme du baptĂȘme, qui a Ă©tĂ© inventĂ©, apparemment par Jean le Baptiste. Existait depuis longtemps dans le judaĂŻsme des ablutions, afin de se purifier de toutes les souillures qu’on peut contracter. Le baptĂȘme est un geste qu’on peut classer dans cette famille de gestes de purification. Mais, avec ce que fait Jean, il y a 2 nouveautĂ©s : d’abord, on est plongĂ© tout entier dans l’eau. Comme pour dire, ça ne suffit pas de mettre un peu d’eau pour enlever les saletĂ©s et ce qui est moche en nous ! en fait, il faut que nous soyons tout entier plongĂ©s dans l’eau. Comme si ce dont nous devions ĂȘtre purifiĂ©s n’était pas un petit Ă©lĂ©ment, mais nous-mĂȘmes, tout entier. Le geste du baptĂȘme indique qu’on est prĂȘt Ă  ĂȘtre tout entier renouvelĂ©s. Pas seulement une part de nous. Mais nous, tout entier.

La 2e nouveautĂ©, c’est qu’on ne se fait pas l’ablution soi-mĂȘme. Mais on est baptisĂ© par un autre (ici Jean). C’est une maniĂšre de reconnaĂźtre que pour ce renouvellement de fond en comble de notre ĂȘtre, eh bien nous avions besoin d’un autre. Nous ne pouvons pas nous renouveler seuls.

VoilĂ , en trĂšs gros ce que pouvait reprĂ©senter ce geste du baptĂȘme que pratiquait Jean. Alors beaucoup de gens venaient (Marc Ă©crit « tout le pays de JudĂ©e et tous les habitants de JĂ©rusalem ») venaient se faire baptiser. Et c’était, de leur part, un geste de conversion. Marc Ă©crit « ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs pĂ©chĂ©s ». On peut imaginer ici un vaste mouvement de rĂ©veil spirituel, oĂč beaucoup de personnes Ă©prouvent le besoin de changer de vie, ils se reconnaissent pĂ©cheurs, limitĂ©s, dĂ©pourvus, et ils font ce geste du baptĂȘme pour dire qu’ils s’en remettent entiĂšrement Ă  Dieu.

Et tout cela se passe dans le Jourdain, dans ce cours d’eau que le peuple, bien des siĂšcles avant, a dĂ» franchir pour entrer dans la terre sainte. Donc, ce qui est espĂ©rĂ©, c’est une nouvelle entrĂ©e dans la terre sainte, une transformation pas seulement de chacun, mais du peuple ; pour qu’il redevienne le peuple conduit par Dieu Ă  travers le dĂ©sert, jusque dans la terre sainte.

Au point oĂč nous en sommes, une question a peut-ĂȘtre surgi en vous : mais que vient donc faire JĂ©sus lĂ -dedans ? JĂ©sus, il n’a pas besoin d’ĂȘtre purifiĂ© ; il n’a pas pĂ©chĂ© ! il n’a pas besoin de conversion. Il n’a pas besoin d’entrer dans la terre sainte, car c’est lui qui apporte le Royaume. Alors pourquoi vient-il ici, pourquoi se fait-il baptiser ? Et en plus, pourquoi on a fait de cette dĂ©marche l’acte inaugural de sa mission ?

Eh bien justement, dans ce choix de JĂ©sus, il y a tout lui ; et il y a la maniĂšre de s’y prendre de Dieu avec nous. Ce que fait JĂ©sus, ce qu’il veut avant tout, c’est nous rejoindre. Nous rejoindre lĂ  oĂč nous sommes le plus nous-mĂȘmes, lĂ  oĂč nous sommes en vĂ©ritĂ©. Or, quand, face Ă  Dieu, nous nous reconnaissons bien dĂ©munis, pas fiers, et ayant vraiment besoin d’un autre pour ĂȘtre renouvelĂ©s en profondeur, alors lĂ  nous sommes le plus nous-mĂȘmes, nous sommes le plus en vĂ©ritĂ©.

Et il nous rejoint ainsi discrĂštement. Sans rien dire. Il vient joindre son geste aux gestes de tous les gens qui sont lĂ , sa prĂ©sence Ă  leur prĂ©sence. Il vit ainsi un moment de communion, extrĂȘmement fort, avec son peuple.

Eh bien en faisant cela, prĂ©cisĂ©ment, JĂ©sus entre dans sa mission. Car sa mission, ce sera cela. Du dĂ©but Ă  la fin. Une communion qu’il cherche Ă  rĂ©tablir avec l’humanitĂ©, avec nous.

Si le ciel s’ouvre, si l’Esprit se manifeste, c’est une maniĂšre de dire que c’est Dieu lui-mĂȘme qui s’engage dans cette mission. La voix qui vient du Ciel, elle s’adresse Ă  JĂ©sus. Marc, de cette façon, nous rend tĂ©moin de la relation entre JĂ©sus et son PĂšre. Et ce qui se manifeste c’est de la joie ! La joie du PĂšre parce que son Fils inaugure cette mission dans laquelle il va nous retrouver.

Comment aujourd’hui, nous laisser rejoindre par JĂ©sus ? Je vous propose de regarder ces moments de votre vie oĂč vous ĂȘtes, comme les foules qui venaient auprĂšs de Jean le Baptiste, pas fiers ; oĂč vous avez conscience d’un besoin de renouvellement en profondeur ; oĂč vous dĂ©couvrez que vous ne pourrez pas faire cela seul, Ă  la force du poignet, mais que vous avez vraiment besoin des autres. Eh bien, ces moments, c’est sans doute pour nous la porte d’entrĂ©e pour accueillir le Christ !

Vous pouvez demander au Seigneur, Ă  l’occasion de ce temps de priĂšre, la grĂące d’ĂȘtre rejoints par la joie de Dieu, et qu’elle grandisse en vous.

  • Regarder Jean. Comment le voyez-vous ? Marc l’a dĂ©crit vĂȘtu de poils de chameau, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage : quelqu’un qui s’est mis Ă  l’extrĂȘme pĂ©riphĂ©rie mais qui, de lĂ , attire tout le monde. Ecouter ce qu’il dit, entendre sa voix (comment est-elle sa voix : forte ? douce ? tonitruante ?) Il annonce quelqu’un qui est plus fort que lui.
  • Regarder JĂ©sus. Voir sa dĂ©marche de se faire lui aussi baptiser. N’est-ce pas Ă©tonnant ? (Marc a dit auparavant « ils se faisaient baptiser en confessant leurs pĂ©chĂ©s »). Rester sur cet engagement de JĂ©sus Ă  rejoindre son peuple qui se reconnaĂźt pĂ©cheur.
  • Ecouter la voix qui vient des cieux (comment est-elle, cette voix : forte ? douce ? etc.). Elle dit « Tu es mon Fils bien-aimĂ© ; en toi, je trouve ma joie ». Rester lĂ -dessus. La voix s’adresse Ă  JĂ©sus, laisser rĂ©sonner « tu es mon Fils bien-aimĂ© ». Ecouter la voix qui dit sa joie. LĂ  aussi, laisser rĂ©sonner.

Messe du 20 décembre

Annonciation, Filippo Lippi, Palazzo Barberini

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Luc (Lc 1, 26-38)

En ce temps-lĂ , l’ange Gabriel fut envoyĂ© par Dieu dans une ville de GalilĂ©e, appelĂ©e Nazareth, Ă  une jeune fille vierge, accordĂ©e en mariage Ă  un homme de la maison de David, appelĂ© Joseph ; et le nom de la jeune fille Ă©tait Marie.

L’ange entra chez elle et dit :

« Je te salue, Comblée-de-grùce, le Seigneur est avec toi. »

À cette parole, elle fut toute bouleversĂ©e, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

L’ange lui dit alors :

« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grùce auprÚs de Dieu.

Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de JĂ©sus.

Il sera grand, il sera appelĂ© Fils du TrĂšs-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trĂŽne de David son pĂšre ; il rĂ©gnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son rĂšgne n’aura pas de fin. »

Marie dit à l’ange :

« Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? »

L’ange lui rĂ©pondit :

« L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du TrĂšs-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naĂźtre sera saint, il sera appelĂ© Fils de Dieu.

Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est Ă  son sixiĂšme mois, alors qu’on l’appelait la femme stĂ©rile.

Car rien n’est impossible Ă  Dieu. »

Marie dit alors :

« Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »

Alors l’ange la quitta.

  Commentaire du PÚre Miguel Roland-Gosselin sj

À quelques jours de NoĂ«l, l’Église choisit dans les Écritures quelques pages qui nous ferons mieux entrer dans l’intelligence du mystĂšre. Je dis « mystĂšre », parce le mot m’est soufflĂ© par la deuxiĂšme lecture : « rĂ©vĂ©lation d’un mystĂšre gardĂ© depuis toujours dans le silence, mystĂšre maintenant manifesté , mystĂšre portĂ© Ă  la connaissance de toutes les nations pour les amener Ă  l’obĂ©issance de la foi  » Quand vous entendez dans le vocabulaire chrĂ©tien le mot « mystĂšre », ne pensez pas « mystĂšre et boule de gomme », pensez : bonne nouvelle qui se dĂ©couvre enfin, et qui n’aura jamais fini de nous Ă©merveiller de plus en plus. Depuis la nuit des temps Dieu a un projet, un immense dĂ©sir pour l’homme et pour la crĂ©ation, et au matin de NoĂ«l ce projet va enfin venir au jour. Ce projet-dĂ©sir-promesse, cette bonne nouvelle qui travaille en secret l’humanitĂ© depuis les origines, c’est le Christ. Quand les temps Ă©taient mĂ»rs, Dieu a prĂ©parĂ© une belle humanitĂ© digne d’accueillir le Christ. Pour que la promesse puisse Ă©clore, il lui fallait une terre favorable ; c’est la foi de Marie.

Et puisqu’il s’agit de contempler aujourd’hui ce « mystĂšre gardĂ© depuis toujours dans le silence », puisque nous mĂ©ditons sur la longue germination du Christ qui s’annonce depuis les origines, l’Église est allĂ© chercher dans les Écritures un autre rĂ©cit d’Annonciation, dans les temps reculĂ©s. Bien avant Marie, le roi David reçut lui aussi la visite d’un messager – c’est le prophĂšte Nathan –, lequel messager (en grec cela se dit « ange ») lui promet une descendance, une descendance royale. Et Dieu dit : « Je serai pour lui un pĂšre ; et lui sera pour moi un fils ». S’agissait-il dĂ©jĂ  de JĂ©sus ? En un sens, oui. En ce sens que Dieu prend en charge la royautĂ© de David, son peuple d’IsraĂ«l, sa ville de JĂ©rusalem, le Temple que bĂątira son fils Salomon ; tout cela servira Ă  la germination du Christ. Tout dans l’histoire humaine est prĂ©pa­ratif ; dĂšs lors qu’un homme, comme David, met sa confiance en Dieu, il contribue Ă  la naissance du Christ. Jusqu’au jour oĂč, Ă  l’heure choisie par Dieu, le Christ viendra au monde, accueilli par la foi parfaite de Marie. (Et l’évangĂ©liste Matthieu ajoutera : accueilli aussi par la belle foi de Joseph.)

Et ce long travail de prĂ©paration, est-il maintenant fini ? N’y a-t-il plus rien Ă  attendre, maintenant que le Christ est venu au monde ? Bien sĂ»r que si, il reste Ă  attendre ; l’histoire n’est pas finie. Rappelez-vous que le dernier mot de la Bible sera : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! » Et d’Avent en Avent, de NoĂ«l en NoĂ«l, nous n’en finirons pas, et de cĂ©lĂ©brer l’évĂ©nement unique de l’Incarnation du Verbe, et d’espĂ©rer qu’il prenne peu Ă  peu sa pleine mesure en nous. Nous espĂ©rons que cet Ă©vĂ©nement, de mieux en mieux, prenne corps en nous. Le long et mystĂ©rieux travail que Dieu opĂšre depuis toujours pour faire advenir le Christ, il l’opĂšre en nous – c’est l’Ɠuvre de l’Esprit – pour que nous devenions chrĂ©tiens. Et pour que l’Église devienne de mieux en mieux ce qu’elle est, le corps du Christ. Ce travail, c’est la foi. « Il est grand, le mystĂšre de la foi. » Les belles Ɠuvres que Dieu a faites par la foi de David, l’Ɠuvre immense et unique qu’il a faite par la foi de Marie, il continue de les faire, pour le monde d’aujourd’hui, par notre propre foi. Par notre confiance en lui.

Un court instant je vois l’étonnant contraste entre l’immensitĂ© du monde, son bruit et ses chahuts, et le calme tranquille d’une maison de Nazareth.

Je demande une grùce : Viens, Jésus sauveur !

1/ Je regarde l’humanitĂ© en quĂȘte de salut. L’humanitĂ© des temps bibliques ; je survole Abraham, David, les prophĂštes
, quelques figures de l’humanitĂ© en quĂȘte du Christ. Et l’humanitĂ© d’aujourd’hui : Asie, AmĂ©rique, Afrique, Europe ; tant de beautĂ©s et tant de folies
 J’appelle l’Esprit pour que naisse le Christ.

2/ Marie Ă  Nazareth. La longue course de l’Esprit vient s’arrĂȘter sur elle, Dieu se pose sur Marie et je me repose auprĂšs d’elle : Marie de l’Annonciation, Marie Ă  quelques jours de NoĂ«l. Je lui demande de m’inviter dans sa foi-confiance.

3/ Enfin je m’offre Ă  Dieu. Je m’offre pour que JĂ©sus me saisisse, que son Ă©vangile naisse en moi, que je porte dignement le nom du Christ. Et je prie pour l’Église, afin qu’elle soit son corps, sa prĂ©sence sensible dans le monde d’aujourd’hui.

Messe du 13 décembre

La prédication de Jean Baptiste, Domenico Ghirlandaio

 

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Jean (Jn 1, 6-8.19-28)

Il y eut un homme envoyĂ© par Dieu ; son nom Ă©tait Jean. Il est venu comme tĂ©moin, pour rendre tĂ©moignage Ă  la LumiĂšre, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la LumiĂšre, mais il Ă©tait lĂ  pour rendre tĂ©moignage Ă  la LumiĂšre.

Voici le tĂ©moignage de Jean, quand les Juifs lui envoyĂšrent de JĂ©rusalem des prĂȘtres et des lĂ©vites pour lui demander : « Qui es-tu ? »

Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. »

Ils lui demandĂšrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophĂšte Élie ? »

Il répondit : « Je ne le suis pas.

– Es-tu le ProphĂšte annoncĂ© ? »

Il répondit : « Non. »

Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une rĂ©ponse Ă  ceux qui nous ont envoyĂ©s. Que dis-tu sur toi-mĂȘme ? »

Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophÚte Isaïe. »

Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens.

Ils lui posĂšrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le ProphĂšte ? »

Jean leur rĂ©pondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derriĂšre moi, et je ne suis pas digne de dĂ©lier la courroie de sa sandale. »

Cela s’est passĂ© Ă  BĂ©thanie, de l’autre cĂŽtĂ© du Jourdain, Ă  l’endroit oĂč Jean baptisait.

  Commentaire du PÚre Claude Philippe sj

Comme dimanche dernier, nous suivons Jean Baptiste prĂšs du Jourdain. Mais, cette fois-ci, il n’est pas prĂ©sentĂ© comme un prĂ©dicateur courageux invitant Ă  la conversion ou un baptiseur attirant une grande foule, non, c’est une simple voix…

Jean est annoncé comme « témoin ».

Vous l’avez peut-ĂȘtre notĂ©, notre passage comprend quatre fois les mots « tĂ©moins » ou « tĂ©moignage » en seulement trois phrases. L’évangĂ©liste insiste ici lourdement pour aider l’auditeur inattentif.

Mais de quel genre de tĂ©moin s’agit-il ? Le mot grec, martĂœria, traduit ici par tĂ©moin appartient au langage juridique du procĂšs.

Car s’ouvre devant nous un procĂšs, un grand procĂšs. On ne le sait pas encore, mais il s’agit du procĂšs entre Dieu et le monde, qui refuse Dieu. Mais n’avançons pas trop vite ! Les piĂšces du dossier seront fournies au fur et Ă  mesure de l’Evangile de Jean…

Il y a d’un cĂŽtĂ©, un tĂ©moin, Jean, et de l’autre, des prĂȘtres et de lĂ©vites qui reprĂ©sentent le monde du Temple et son culte.

Jean est « envoyĂ© par Dieu ». Il est du camp de Dieu. Il est envoyĂ© « afin que tous croient par lui ». Sa mission de susciter une rencontre entre Dieu et l’homme.

Les autres sont « envoyĂ©s » par les autoritĂ©s religieuses de JĂ©rusalem. Ce sont comme des enquĂȘteurs.

Ils posent une premiĂšre question Ă  Jean : « qui es-tu ? ». Cette question est juste. Il est normal de connaitre, Ă  minima, le tĂ©moin, pour savoir d’oĂč il vient et s’il est crĂ©dible.

Jean dĂ©clare tout d’abord qu’il n’est pas le Messie. Il n’est pas non plus Elie ni le ProphĂšte. Rappelons qu’à cette Ă©poque, l’attente du Messie Ă©tait vive et les Juifs pensaient qu’elle serait prĂ©cĂ©dĂ©e – ou mĂȘme se rĂ©aliserait – par le retour d’Elie ou la venue du ProphĂšte, annoncĂ© dans le livre du DeutĂ©ronome, qui prendrait le relais de MoĂŻse[1].

Les enquĂȘteurs imposent leurs catĂ©gories mentales : le Messie, Elie ou le ProphĂšte. Nous n’avons pas l’impression qu’ils aient l’intention de bouger ou de devenir des disciples. Mais ils posent une nouvelle question car ils doivent donner une rĂ©ponse Ă  leur commanditaire : « Qui dis-tu de toi-mĂȘme ? »

Jean Baptiste rĂ©pond maintenant en citant IsaĂŻe : « je suis la voix de celui qui crie dans le dĂ©sert ». Jean ne dĂ©cline pas une identitĂ©, mais il se dĂ©finit comme une voix, et une voix qui dĂ©signe quelqu’un d’autre. Il ne veut pas que l’on s’arrĂȘte Ă  lui mais il aspire Ă  ce que l’on s’oriente vers le Seigneur.

AprĂšs la question sur l’identitĂ©, les Pharisiens l’interrogent sur le pourquoi du baptĂȘme. LĂ  aussi, Jean rĂ©pond briĂšvement le concernant. Il ne ramĂšne pas Ă  lui. Il n’est pas centrĂ© sur lui-mĂȘme.

Il admet qu’il baptise dans l’eau, puis de nouveau, il porte son attention sur le Messie.

Il a l’audace de dire qu’« au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

C’est l’Esprit qui lui souffle cela. Jean est totalement Ă  son Ă©coute et il a la conviction intĂ©rieure de la venue imminente du Messie.

Il a une familiarité authentique avec Dieu. Il est connecté avec Dieu, si on peut dire.

Comme Marie, son cƓur est disposĂ© Ă  accueillir le Seigneur.

Car pour connaitre, pour rencontrer quelqu’un, le cƓur doit ĂȘtre disposĂ©.

Ce n’est pas le cas des enquĂȘteurs. Ils ne sont pas prĂȘts Ă  accepter ce qui sort de leurs schĂ©mas. Le cerveau fonctionne probablement bien, mais le cƓur est comme oubliĂ©. Ils ne se laissent pas rejoindre dans tout leur ĂȘtre.

A la fin de notre passage, et c’est intĂ©ressant de le noter en ce temps de l’Avent, Jean-Baptiste demeure toujours en veille…

Alors, en ce temps d’attente, Ă©coutons le tĂ©moignage de Jean.

Que nous nous dĂ©centrions de nous-mĂȘme pour accueillir celui qui vient nous rejoindre, nous sauver, nous relever, nous inviter Ă  partager sa joie.

Que grandisse notre dĂ©sir d’accueillir celui que notre cƓur attend.

[1] Cf Xavier LĂ©on-Dufour, Lecture de l’Évangile selon Jean, I, p 157.

Je me demande la grùce de me préparer à accueillir le Seigneur

« Il est venu comme témoin »

Jean a reçu la mission de « rendre tĂ©moignage Ă  la lumiĂšre, afin que tous croient par lui ». ConsidĂ©rer comment Jean se positionne. Il ne se met pas en avant et est au service de sa mission. Quels ont Ă©tĂ© (sont) les tĂ©moins de Dieu dans ma vie ? Quels gestes ou paroles m’ont particuliĂšrement touché ? Rendre grĂące.

« Les Juifs lui envoyĂšrent de JĂ©rusalem des prĂȘtres et des lĂ©vites pour lui demander : « Qui es-tu ? » »

Regarder Jean, puis les prĂȘtres et les lĂ©vites. Ecouter leurs Ă©changes. Quelles sont leurs attentes ? Quels sont leurs dĂ©sirs ? Quelle est ma soif ? En parler au Seigneur.

« Je ne suis pas digne »

Entendre ces paroles pleines d’humilitĂ© de Jean. Il sait qu’il n’est qu’un passeur. Il propose un baptĂȘme dans l’eau pour prĂ©parer intĂ©rieurement Ă  la venue du Seigneur. Il accomplit avec confiance, audace et modestie ce Ă  quoi l’invite l’Esprit. Il est aussi en situation d’attente… Comment puis-je me prĂ©parer Ă  accueillir le Seigneur ?

Messe du 6 décembre

Arcabas, Jean le Baptiste

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 1, 1-8)

Commencement de l’Évangile de JĂ©sus, Christ, Fils de Dieu.

Il est Ă©crit dans IsaĂŻe, le prophĂšte :

Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin.

Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert.

Il proclamait un baptĂȘme de conversion pour le pardon des pĂ©chĂ©s.

Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprÚs de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés.

Jean Ă©tait vĂȘtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Il proclamait :

« Voici venir derriĂšre moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour dĂ©faire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisĂ©s avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

  Commentaire du PÚre Nicolas Rousselot sj

Chers amis je voudrais avec vous mĂ©diter le premier chapitre de st Marc, versets 1 Ă  8, pour ce deuxiĂšme dimanche de l’Avent.

Je voudrais d’abord faire un peu de gĂ©ographie. C’est trĂšs intĂ©ressant, parce que lĂ  oĂč Jean-Baptiste se trouve, il est au sud du Jourdain, tout prĂšs de la Mer morte. Il est exactement lĂ  oĂč le prophĂšte Elie a fait son dĂ©part vers Dieu – on le voit au second livre des Rois. Et l’on croit jusqu’au temps de JĂ©sus que ce fameux prophĂšte Elie doit revenir. C’est pour cela Ă  mon avis que Jean-Baptiste est prĂ©sentĂ© dans l’Evangile vĂȘtu comme Elie, avec un manteau en poil de chameau.

C’est aussi le sens du dĂ©sert. Jean-Baptiste est bien en terre promise, mais cette terre promise est devenue malheureusement un dĂ©sert. C’est-Ă -dire que le peuple a trahi l’Alliance. Et on voit Jean-Baptiste manger. Il mange des sauterelles parce qu’il est encore dans le dĂ©sert, le lieu finalement de la dĂ©sobĂ©issance. Mais il mange aussi du miel : il est quand mĂȘme en terre promise. Vous vous rappelez, cette terre oĂč coule le lait et le miel : le lait, c’est ce qui nous est donnĂ© par les animaux ; le miel aussi, par les abeilles, ainsi que par la vĂ©gĂ©tation. Ce sont les deux dons qui nous sont faits parce que l’homme pour les produire ne fait que les rĂ©colter.

Le deuxiĂšme point, qui est aussi passionnant, c’est qu’avant le prophĂšte Elie, ce lieu prĂ©cis est l’endroit oĂč est arrivĂ© le peuple de Dieu venant d’Egypte, Ă  la fin de l’Exode. C’est lĂ  exactement l’endroit oĂč il est entrĂ© en terre promise. C’est l’apĂŽtre Jean qui dans son Evangile nous dit que Jean baptisait Ă  BĂ©thanie, au-delĂ  du Jourdain. LĂ  aussi, il faut lire toutes les indications : c’est bien « au-delà » du Jourdain, de l’autre cĂŽtĂ©. Comme si Jean baptisait Ă  l’endroit oĂč le peuple n’était pas encore entrĂ© en terre promise. Il y a lĂ  une signification thĂ©ologique trĂšs intĂ©ressante : Jean-Baptiste nous dit : « il faut repartir au point zĂ©ro, au point de dĂ©part. Il faut repasser le Jourdain. » D’oĂč la question du baptĂȘme.

Et c’est mon troisiĂšme point. Qui serait plutĂŽt un point d’histoire. Jean-Baptiste est en train de proposer, d’inviter, Ă  plonger – c’est le mot baptizein. À plonger dans le Jourdain une deuxiĂšme fois. Et on se demande : mais que fait Jean-Baptiste dans cet endroit si chaud, si brĂ»lant du dĂ©sert ? Pourtant il est le fils d’un prĂȘtre, le fils de Zacharie, il devrait se trouver au temple
 Eh bien il faut savoir qu’à ce moment-lĂ , dans l’histoire d’IsraĂ«l, il y a eu une grande crise. Il y avait Ă  ce moment beaucoup de rites de purification : il y avait les fameux moines de Qumran qui n’étaient pas trĂšs loin ; et aussi beaucoup d’autres rites. Pourquoi ? Parce que le temple ne remplissait plus son office. Le temple semblait corrompu, et c’est pour cela que les gens revenaient au dĂ©sert et faisaient des purifications. Non seulement des purifications rituelles, mais aussi – on le voit chez Jean-Baptiste – de vraies purifications. Mais entre ces purifications qui existaient dans le Peuple de Dieu et celle qu’accomplit Jean-Baptiste, il y a une grande diffĂ©rence qu’il faut noter.

En effet les rites se rĂ©pĂ©taient sans cesse. Or lĂ , on a vraiment l’impression que Jean-Baptiste offre un seul baptĂȘme. Habituellement les rites de purification, on les fait soi-mĂȘme – un peu comme avant le covid on prenait de l’eau dans le bĂ©nitier avant d’entrer dans une Ă©glise. Mais lĂ , c’est un autre qui nous plonge dans l’eau. Il s’agit un baptĂȘme individuel, alors que souvent les rites sont collectifs. Pour conclure, on peut dire que Jean-Baptiste propose aux gens un acte quasi sacramentel. Et il nous est dit que les gens, en Ă©tant baptisĂ©s, confessaient les pĂ©chĂ©s Ă  voix haute. Comme finalement le jour du Yom Kippour, vous vous rappelez, ce jour du grand pardon oĂč tout IsraĂ«l se met en pĂ©nitence et confesse les pĂ©chĂ©s. Or lĂ  il est bien dit : « ils se faisaient baptiser par lui en confessant leurs pĂ©chĂ©s ». Comme si tout ce qui est prĂ©vu au temple ne marchait plus. Et l’on a l’impression que Jean-Baptiste est le prĂȘtre d’un nouveau culte qui supplante celui du temple ; il invite Ă  une nouvelle maniĂšre de prier. On quitte la purification rituelle et on demande la vraie purification du cƓur.

Et je vous donne un dernier point : c’est que Jean-Baptiste dit : « mon baptĂȘme est trĂšs important, il est quasi sacramentel
 mais je vous annonce un baptĂȘme plus fort. Un baptĂȘme dans l’Esprit Saint. » Et Ă  cet endroit il y a le coup de la sandale. Ce coup de la sandale vous semble peut-ĂȘtre anodin, mais pour moi il est extrĂȘmement fort. Pourquoi ? D’abord parce qu’on va le retrouver en Matthieu, en Luc, mais aussi en Saint Jean, et aussi dans les Actes des ApĂŽtres – cette mention que Jean-Baptiste a dit : « je ne suis pas digne de dĂ©nouer la courroie de ses sandales ». Ça semble un dĂ©tail, mais ça a une grande importance. Parce que nous savons maintenant que les rabbins engageaient des disciples – plutĂŽt, les disciples demandaient aux rabbins, comme on demande Ă  quelqu’un d’ĂȘtre pris en charge dans la rĂ©daction d’une thĂšse ; et les rabbins demandaient en compensation : « oui, je vais t’apprendre la Torah, mais tu vas ĂȘtre Ă  mon service. Tu vas faire mon linge, tu vas faire ma cuisine, tu vas nettoyer ma maison, etc. » Mais il y a une chose que la Torah interdisait de faire : c’est que les disciples dĂ©chaussent le maĂźtre, et notamment lui lavent les pieds. Et pourquoi ne pas dĂ©nouer la courroie des sandales du maĂźtre, du rabbin ? Parce qu’à ce moment-lĂ  je vais me mettre Ă  genou. Et il ne faut surtout pas que je considĂšre le rabbin comme Dieu. Dieu est Dieu. Et mon rabbin est peut-ĂȘtre gĂ©nial
 mais il est seulement mon rabbin. Or dans cet Ă©pisode, ce qui est formidable, c’est que Jean-Baptiste nous dit trois choses. Il dit : il vient derriĂšre – mais il vient avant moi, et je suis derriĂšre lui. Je suis son disciple. Mais non seulement je ne ferai jamais le dĂ©nouement de sa sandale, non seulement, deuxiĂšme chose, je pourrais Ă  la limite dĂ©lier la courroie parce que je peux vraiment me mettre Ă  genou devant lui
 mais troisiĂšme chose je ne suis pas mĂȘme digne de dĂ©faire la courroie de ses sandales. On voit lĂ  que Jean-Baptiste a une image extrĂȘmement profonde de celui qui va venir, du Messie attendu.

Je vous propose pour conclure quelques points pour la priÚre :

Tout d’abord, entendez la parole d’IsaĂŻe que reprend Jean-Baptiste. Entendez-la en ce temps d’Avent : « prĂ©parez les chemins du Seigneur ». Comment se prĂ©parer ? St Ignace va nous dire : « comment se disposer ? ». Il faut d’abord faire silence. Me mettre en Ă©tat d’écoute. Et puis me rendre disponible, c’est-Ă -dire prendre du recul par rapport Ă  toutes les rĂ©alitĂ©s auxquelles je suis attachĂ©. Ma famille, mon travail, mes relations, peut-ĂȘtre ma relation privilĂ©giĂ©e. Par rapport Ă  ce que je veux faire. Mais plus exactement, prĂ©pare-toi, dispose-toi.

Mais j’entends aussi un autre mot, une autre injonction, dans la parole de Jean-Baptiste : reviens. Reviens au point de dĂ©part. Reviens au-delĂ  du Jourdain. Reviens Ă  ton baptĂȘme. Et prends quelque temps pour te demander : quelle direction est-ce que vraiment je veux donner Ă  ma vie ? Quelles sont mes prioritĂ©s ? Qu’est-ce que je veux changer ? Et lĂ  ce ne sera pas du volontarisme, parce que je vais en demander la grĂące : une grĂące d’intelligence, pour bien voir ce que je dois changer dans ma vie, et une grĂące de force, pour pouvoir l’accomplir.

C’est ce que je souhaite à chacun de vous. Amen.

[La version audio des pistes de priĂšre se trouve Ă  la fin du commentaire audio.]

Je peux demander la grùce au Seigneur de me préparer à sa venue, et de me laisser déplacer par lui.

1) Entendre en ce temps de l’Avent la parole d’IsaĂŻe, que reprend Jean-Baptiste. « PrĂ©parez les chemins du Seigneur ». Prendre le temps de l’écouter, et de me rendre disponible, de prenant du recul par rapport Ă  tout ce Ă  quoi je suis attachĂ© : ma famille, mes relations privilĂ©giĂ©es, mon travail, mes projets, etc..

2) Entre un autre appel dans la parole du Baptiste : « reviens. Reviens au-delĂ  du Jourdain. Reviens Ă  ton baptĂȘme ». Prendre le temps de me demander : quelle direction est-ce que vraiment je veux donner Ă  ma vie ? Quelles sont mes prioritĂ©s ? Qu’est-ce que je veux changer ?

3) En demander la grñce au Seigneur : grñce d’intelligence, pour bien voir ce que je dois changer dans ma vie, et grñce de force, pour pouvoir l’accomplir.

Messe du 29 novembre

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 13, 33-37)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment.

C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller.

Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maütre de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis.

Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

  Commentaire de soeur Bénédicte Barthalon, soeur auxiliatrice

Aujourd’hui, nous sommes le premier jour de l’annĂ©e liturgique, premier dimanche de l’Avent. Le passage de l’évangile de Marc qui nous est proposĂ© se situe Ă  la fin d’un chapitre dĂ©diĂ© Ă  l’annonce des derniers temps, Ă  l’attente du Messie. Quoi de plus Ă©tonnant que de parler des derniers temps au moment oĂč on se prĂ©pare Ă  la venue au monde d’un enfant Ă  NoĂ«l ? Avec ces textes, la liturgie nous propose d’inclure dans une mĂȘme attente, l’attente de l’incarnation de JĂ©sus et son retour Ă  la fin des temps. Contempler le Christ qui est, Ă  la fois dĂ©jĂ  venu, dĂ©jĂ  lĂ , et pas encore, celui dont nous attendons le retour.

Comme dans la parabole des talents, entendue il y a 2 semaines, JĂ©sus nous parle d’un homme : il est « parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller. » Cet homme fait une confiance complĂšte Ă  ses serviteurs, il leur donne tout pouvoir, il leur laisse une grande libertĂ©. Il s’absente et les laisse seuls mais bonne nouvelle, il reviendra. La seule chose que nous savons sur son retour, c’est qu’il vient « à l’improviste », « vous ne savez pas quand ce sera le moment », « le soir ou Ă  minuit, au chant du coq ou le matin ». Il les prĂ©pare Ă  son absence et Ă  son retour en leur donnant une seule consigne, trĂšs large, qui peut nous sembler vague. Il leur demande de veiller, de se tenir prĂȘt pour son retour.

« Veillez ». DĂ©ployons un peu les sens que peut prendre cet appel pour nous aujourd’hui.

Veiller, c’est « comme le veilleur qui attend l’aurore », rester Ă©veillĂ©, ne pas s’endormir, guetter, regarder, attendre la lumiĂšre qui va jaillir des tĂ©nĂšbres, la vie qui va surgir. C’est garder le cƓur en attente de la rencontre, dĂ©sireux d’accueillir celui qui va venir, ĂȘtre attentif(ve) aux signes de sa prĂ©sence


Veiller, c’est veiller sur un enfant, veiller sur un malade, veiller sur une personne que l’on aime, comme un berger veille sur ses brebis, c’est une maniĂšre de prendre soin : Être lĂ , prĂ©sence fraternelle, aimante, prĂ©sence d’humanitĂ©.  C’est rejoindre nos frĂšres et sƓurs en humanitĂ©, ceux et celles dont nous parlait la parabole du jugement dernier : les malades, les prisonniers, les Ă©trangers, ceux qui ont faim, soif


Veiller, c’est prendre soin des biens confiĂ©s par le Seigneur : Le maitre a donnĂ© tout pouvoir, fixĂ© Ă  chacun son travail, comme le CrĂ©ateur qui confie Ă  l’homme sa crĂ©ation pour la cultiver et la garder, la faire fructifier, nous invitant Ă  ĂȘtre co crĂ©ateurs avec Lui.

Veiller, cela peut aussi ĂȘtre une attitude spirituelle. Evagre le Pontique, un moine du dĂ©sert au IVĂšme siĂšcle l’a exprimĂ© dans une formule savoureuse :

« Sois le portier de ton cƓur et ne laisse aucune pensĂ©e

entrer sans l’interroger ; interroge-les une à une, dis à chacune :

« Es-tu de notre parti ou du parti des adversaires ? » (Jos. 5, 13).

Et si elle est de la maison, elle te comblera de paix ;

si elle est de l’adversaire, elle t’agitera de colĂšre ou te troublera. »

« Sois le portier de ton cƓur » : Cette pensĂ©e qui m’habite, vers oĂč m’entraine-t-elle ? Autrement dit, provoque-t-elle en moi un mouvement profond d’ouverture Ă  Dieu et aux autres, de dĂ©centrement de moi-mĂȘme, un dĂ©sir d’aimer, de me faire proche de l’autre, ou bien me conduit-elle Ă  me fermer, Ă  me centrer sur moi-mĂȘme, Ă  m’isoler, Ă  m’enlever des forces pour aimer
 ? Dans ces temps difficiles, nous sommes plus que jamais invitĂ©(e)s Ă  la vigilance pour nous laisser mener par l’Esprit.

Avec Marie, nous pouvons aussi veiller comme une mĂšre attend son enfant. Comme une femme enceinte veille sur la vie en elle, elle est en attente de la vie qui va jaillir, une vie fragile, discrĂšte, parfois invisible. Et cette attente est pleine d’une promesse et d’une espĂ©rance. Elle se rĂ©jouit et se prĂ©pare. Oui, le Seigneur vient parmi nous, et c’est une Bonne Nouvelle, il ose nous rejoindre au cƓur mĂȘme de notre humanitĂ© en travail d’enfantement. Alors veillons, tenons bon dans l’espĂ©rance que la vie est plus forte que la mort. Le Seigneur vient, il est dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre et nous accompagne.

Je me mets en prĂ©sence du Seigneur. Il est lĂ , il m’attend, me voici Seigneur.

Je demande une grñce : Seigneur, donne-moi d’entendre comment tu m’invite à veiller aujourd’hui ?

  1. « C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller. »

Regarder cet homme, comment il laisse ses biens à ses serviteurs, comment il leur fait confiance, leur donne une grande liberté et « tout pouvoir » pour en prendre soin. Regarder les serviteurs qui reçoivent ces dons.

  1. « Prenez garde et restez éveillés », « Veillez »

Entendre cet appel, le laisser résonner en moi. Comment cela fait-il écho dans ma vie, dans mon quotidien ? Sur quoi ou sur qui est-ce que je me sens invité(e) à veiller ?

  1. « vous ne savez pas quand vient le maßtre de la maison »

Le Seigneur vient. Comme Marie dans l’attente de JĂ©sus, je me laisse habiter par la promesse de vie, je regarde les signes de la prĂ©sence du Seigneur qui sont dĂ©jĂ  lĂ  dans mon quotidien, mĂȘme fragiles ou tĂ©nus. Je me prĂ©pare le cƓur.

A la fin de ce temps de priùre, je confie au Seigneur ce qui habite mon cƓur. Je lui parle comme un ami parle à son ami.

Messe du 22 novembre

Tympan de Notre Dame – Le jugement dernier

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 31-46)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siĂ©gera sur son trĂŽne de gloire. Toutes les nations seront rassemblĂ©es devant lui ; il sĂ©parera les hommes les uns des autres, comme le berger sĂ©pare les brebis des boucs : il placera les brebis Ă  sa droite, et les boucs Ă  gauche.

Alors le Roi dira Ă  ceux qui seront Ă  sa droite :

‘Venez, les bĂ©nis de mon PĂšre, recevez en hĂ©ritage le Royaume prĂ©parĂ© pour vous depuis la fondation du monde.

Car j’avais faim, et vous m’avez donnĂ© Ă  manger ; j’avais soif, et vous m’avez donnĂ© Ă  boire ; j’étais un Ă©tranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillĂ© ; j’étais malade, et vous m’avez visitĂ© ; j’étais en prison, et vous ĂȘtes venus jusqu’à moi !’

Alors les justes lui répondront :

‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donnĂ© Ă  boire ? tu Ă©tais un Ă©tranger, et nous t’avons accueilli ? tu Ă©tais nu, et nous t’avons habillĂ© ? tu Ă©tais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’

Et le Roi leur répondra :

‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frùres, c’est à moi que vous l’avez fait.’

Alors il dira Ă  ceux qui seront Ă  sa gauche :

‘Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu Ă©ternel prĂ©parĂ© pour le diable et ses anges.

Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donnĂ© Ă  manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donnĂ© Ă  boire ; j’étais un Ă©tranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillĂ© ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visitĂ©.’

Alors ils répondront, eux aussi :

‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, ĂȘtre nu, Ă©tranger, malade ou en prison, sans nous mettre Ă  ton service ?’

Il leur répondra :

‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’

Et ils s’en iront, ceux-ci au chĂątiment Ă©ternel, et les justes, Ă  la vie Ă©ternelle. »

  Commentaire du P. Xavier Léonard sj

L’évangile de ce dimanche met en scĂšne un Christ roi qui juge et trie les hommes, mettant Ă  droite les bons et Ă  gauche les mauvais. Cette image se retrouve souvent sur les tympans de nos cathĂ©drales. En terme de catĂ©chisme nous avons une images simple et forte : les bons au paradis les mauvais en enfer. Mais cherche-t-on a nous faire peur pour Ă©viter l’enfer ?

Ce simplisme est quelque chose qui m’a toujours posĂ© question. La contemplation du texte m’a poussĂ© Ă  vĂ©rifier mes souvenir et quelques clics plus tard, mon Ă©cran d’ordinateur me montrait le tympan du jugement dernier de Notre Dame. Mes souvenirs n’étaient pas justes, et l’artiste qui a fait ce tympan a pris le temps de contempler avant de se mettre au travail. Faisons-lui justice et entrons nous aussi dans cette contemplation.

Les trois premiers versets mettent en scĂšne le Fils de l’homme qui vient en gloire, avec tous ses anges et il s’assied sur un trĂŽne. Il vient pour sĂ©parer. C’est la premiĂšre image. Ensuite, on entend qu’il le fait comme un berger sĂ©pare ses brebis de ses chĂšvres. DeuxiĂšme image qui est en contrepoint, puisque les bergers ne siĂšgent pas sur des trĂŽnes, avec un tas d’anges Ă  cĂŽtĂ© d’eux. Avec ces deux images, le rĂ©cit de Matthieu cherche Ă  se dĂ©ployer, en image et contre image, pour Ă©viter les malentendus.

Le rĂ©cit de Matthieu nous donne une image et une contre image et le tympan de Notre Dame n’est pas en reste. Oui son trĂŽne est beau, oui les anges sont lĂ , avec des priants Ă  genoux pour le rĂ©vĂ©rer, mais il est torse nu et Ă  sa gauche se tient un ange qui soutient une croix. Ce n’est pas comme cela que je m’imaginais un roi d’oĂč ma surprise. Ce fils de l’homme qui vient en gloire avec tous ses anges Ă  quelque chose qui n’est pas du tout royal, a la maniĂšre des hommes. Entendre cette surprise permet au rĂ©cit de devenir bonne nouvelle, de quitter nos prĂ©conçus pour se mettre Ă  l’écoute de sa Parole.

Il est important de se laisser dĂ©placer, dĂ©caler car la suite est encore plus surprenante. Notre juge, fait son tri et donne ses critĂšres de sĂ©lections pour expliquer la sentence. Ses critĂšres sont un renversement supplĂ©mentaire car celui qui avait faim, soif, devait ĂȘtre recueilli, Ă©tait nu, malade et en prison, c’est le Christ lui-mĂȘme. Techniquement parlant avant d’ĂȘtre sur son trĂŽne, il Ă©tait tout en bas de l’échelle ! Tous ces dĂ©nuements, il les a vĂ©cus. Il y a donc une solidaritĂ©, une communion entre Christ et les petits. Oui la souffrance, que nous rappelle la croix tenue par l’ange, il la connaĂźt. Le Christ n’est pas indiffĂ©rent aux actes que nous posons pour construire notre monde. Car certains de ces actes font grandir la souffrance des petits et d’autres leur donne une place. J’ai envie de l’appeler le Solidaire, le « Avec » si vous me permettez cet abus de langage. C’est sur ces critĂšres de solidaritĂ© que le Fils de Homme tranche.

La question des justes, qui dĂ©sirent savoir comment ils ont fait pour valider les critĂšres du Christ tĂ©moigne de leur surprise. Bonne surprise mais surprise tout de mĂȘme. Dans leur chef, ils n’ont pas rĂ©alisĂ© ces actes pour pouvoir ĂȘtre sauvĂ©s. Ils les ont posĂ©s car cela valait la peine et ils avaient envie de vivre ainsi. On est dans l’ordre du choix de vie, du style de vie et pas dans la todo list.

Le pape François, dans son encyclique Fratelli tutti, parle de gratuitĂ© qui accueille. Pour lui, c’est sortir du mercantilisme : tu me donnes, je te donne ainsi que je te donne, mais mon rendement sur investissement vaut la peine. On est alors dans un registre commercial, qui quand il domine nos vies, les transforme en un commerce anxieux (Fratelli tutti n° 140).

Le tĂ©moignage de la vie du Christ nous amĂšne a pouvoir vivre un dĂ©centrement de nous-mĂȘme pour entrer dans une relation plus juste. L’attention aux petits, qui sont incapables de rendre, montre bien que ce qui est gratuit Ă  de la valeur. C’est une autre maniĂšre de vivre. L’ironie c’est que la peur du manque nous pousse Ă  des maniĂšres de faire qui tuent plutĂŽt qu’à des maniĂšres de faire qui nous permettent de vivre. Le tĂ©moignage du Christ est lĂ  pour nous rappeler que nous sommes faits pour la vie.

Demande de grñce : prendre davantage conscience de qui est ce Fils de l’homme pour moi.

1) Quand le Fils de l’homme viendra


A quoi ressemble ce Fils de l’homme pour moi ? Est-ce celui du tympan de Notre Dame ? Est-ce une autre reprĂ©sentation que j’ai de lui ? Est-il imposant avec son trĂŽne et tous ses anges, ou plutĂŽt berger en train de courir aprĂšs ses moutons ?

2) Il placera les brebis Ă  sa droite et les chĂšvres Ă  sa gauche.

Est-ce que j’ai peur du jugement dernier ? Si oui, qu’est-ce qui me prĂ©occupe ? Si non est-ce de l’indiffĂ©rence ? Ou un « truc pas clair » ou que j’ai pas encore considĂ©rĂ© ? Est-ce que je peux en parler dans la priĂšre Ă  mon Dieu.

3) Seigneur quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir ?

Laisser raisonner en moi cette bonne surprise. Quelles sont ces maniĂšres de faire qui sont en moi et que je retrouve dans l’évangile ?

Messe du 15 novembre

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 14-30)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples cette parabole :
« C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
À l’un il remit une somme de cinq talents, Ă  un autre deux talents, au troisiĂšme un seul talent, Ă  chacun selon ses capacitĂ©s.
Puis il partit.

Aussitît, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres.
De mĂȘme, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.
Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maütre.

Longtemps aprĂšs, le maĂźtre de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes.
Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, prĂ©senta cinq autres talents et dit :
‘Seigneur, tu m’as confiĂ© cinq talents ; voilĂ , j’en ai gagnĂ© cinq autres.’
Son maßtre lui déclara :
‘TrĂšs bien, serviteur bon et fidĂšle, tu as Ă©tĂ© fidĂšle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’
Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit :
‘Seigneur, tu m’as confiĂ© deux talents ; voilĂ , j’en ai gagnĂ© deux autres.’
Son maßtre lui déclara :
‘TrĂšs bien, serviteur bon et fidĂšle, tu as Ă©tĂ© fidĂšle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’

Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit :
‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur :
tu moissonnes lĂ  oĂč tu n’as pas semĂ©, tu ramasses lĂ  oĂč tu n’as pas rĂ©pandu le grain.
J’ai eu peur, et je suis allĂ© cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’
Son maßtre lui répliqua :
‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne lĂ  oĂč je n’ai pas semĂ©, que je ramasse le grain lĂ  oĂč je ne l’ai pas rĂ©pandu.
Alors, il fallait placer mon argent Ă  la banque ; et, Ă  mon retour, je l’aurais retrouvĂ© avec les intĂ©rĂȘts.
Enlevez-lui donc son talent et donnez-le Ă  celui qui en a dix.
À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever mĂȘme ce qu’il a.
Quant Ă  ce serviteur bon Ă  rien, jetez-le dans les tĂ©nĂšbres extĂ©rieures ; lĂ , il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

Commentaire du P. Etienne Grieu sj

Avec cette page de l’Evangile selon st Matthieu, nous sommes dans les derniers chapitres de son Évangile (chap. 25, pour un texte qui compte 28 chapitres). Et nous sommes juste avant le rĂ©cit de la passion (le chap. 26 commence en rapportant la dĂ©cision des autoritĂ©s de tuer JĂ©sus). Ce texte nous est donc confiĂ© par l’évangĂ©liste, comme rapportant les derniĂšres paroles de JĂ©sus, en finale de son enseignement, avant qu’il nous soit enlevĂ©. Et ce sont des appels Ă  veiller ; on l’a dĂ©jĂ  entendu dimanche dernier avec la parabole des 10 jeunes filles et leur lampe Ă  huile ; et on l’entendra encore dimanche prochain avec la parabole du jugement dernier.

Ce qui est nouveau dans le texte d’aujourd’hui par rapport Ă  celui de dimanche dernier, c’est que l’appel Ă  veiller se dĂ©cline autrement : ce n’est pas seulement un appel Ă  ĂȘtre prĂȘt pour le retour du Seigneur, c’est aussi une invitation Ă  une certaine maniĂšre d’agir et d’ĂȘtre, en l’absence du Seigneur.

La parabole d’aujourd’hui commence en prĂ©sentant un homme qui s’en va. Il part en voyage et ce voyage doit durer longtemps et l’emmener trĂšs loin, de sorte que durant une longue pĂ©riode, il ne sera plus prĂ©sent. Souvent nous Ă©prouvons l’absence de Dieu, le silence de Dieu comme un drame, comme un abandon. Mais le texte d’aujourd’hui nous invite Ă  en dĂ©couvrir un autre aspect : ce retrait de Dieu, nous laisse sans personne pour nous surveiller, sans personne pour nous dire ce que nous devons faire. VoilĂ  peut-ĂȘtre un aspect de la relation que Dieu entend avoir avec nous :  un lien qui n’a rien d’infantilisant ; qui n’est pas toujours en train de nous dire ce que nous devons faire et ne pas faire. Avez-vous remarquĂ© d’ailleurs ? Le maĂźtre, quand il s’en va, donne Ă  ses serviteurs une somme Ă©norme (un talent, c’est l’équivalent de 34 kg d’argent, des millions d’euros). Et il ne laisse aucune consigne. Rien. Il est Ă©tonnant ce maĂźtre ! Comment l’interprĂ©ter cette absence de consigne ? C’est lĂ , justement que notre libertĂ© est convoquĂ©e. Cette absence de consigne laisse la place Ă  notre propre jugement : comment voyons-nous Dieu ? Comme un ĂȘtre irascible et trĂšs exigeant, qui ordonne de loin mais ne prend aucun risque et nous demandera des comptes ? C’est la vision qu’a l’homme qui part enfouir son talent. Il est pĂ©trifiĂ© de peur. Au point qu’il en perd le bon sens. Le maĂźtre, Ă  son retour, lui dira : « mais pourquoi n’as-tu pas pensĂ© Ă  cette chose si simple, de confier cette somme Ă  un banquier ? » Mais il semble que cet homme, par son geste d’enfouir en terre le talent, a voulu ne plus rien avoir Ă  faire avec lui, comme s’il le considĂ©rait comme quelque chose de mort, qu’on doit mettre dĂ©finitivement hors de notre portĂ©e. Il a ainsi coupĂ© les ponts avec son Seigneur, et celui-ci, ne pourra que reconnaĂźtre et entĂ©riner cette situation.

Mais les autres serviteurs, comment ont-ils reçu ces talents ? Ils les ont fait fructifier. Ça veut dire, ils ont pris des risques ; et surtout, ils ont considĂ©rĂ© que ces talents Ă©taient vraiment leurs ; sans quoi ils n’auraient pas osĂ© les mettre en jeu.

Alors, la question du jour Ă  1000 euros (ou Ă  5 talents) : le maĂźtre a-t-il vĂ©ritablement donnĂ© ces talents, ou bien les a-t-il simplement prĂȘtĂ©s ? les serviteurs, emploient le terme « confier » (« tu m’avais confiĂ© cinq talents » ; le verbe grec pourrait se traduire aussi : tu m’avais remis ; tu m’avais transmis – comme on transmet un hĂ©ritage – tu m’avais livrĂ© – c’est le mĂȘme verbe qui est employĂ© pour parler du Christ livrĂ© Ă  ceux qui le mettront Ă  mort) ; le maĂźtre, lui, dans la finale de la parabole, parle de « donner » (« tout homme Ă  qui l’on donnera, il sera dans la surabondance »). Eh bien, je pense que les deux verbes se complĂštent bien : les talents que Dieu nous confie, c’est vraiment un don, un prĂ©sent, qui nous est remis, et nous pouvons nous l’accueillir comme Ă©tant vĂ©ritablement nĂŽtre. Et en mĂȘme temps, en employant le verbe « confier » ou « transmettre », les serviteurs soulignent qu’ils n’ont pas oubliĂ© que ce qu’ils ont, ils l’ont reçu d’un autre ; voire mĂȘme, que ce prĂ©sent porte la trace de Celui qui a livrĂ© sa vie pour nous, l’a vĂ©ritablement donnĂ©e. Et puis, en employant ce verbe, ils ne s’installent pas dans l’imaginaire du propriĂ©taire exclusif, car, se souvenant que ce don leur a Ă©tĂ© livrĂ©, ils pourront Ă  leur tour le partager, le livrer eux-aussi, voire se livrer eux-mĂȘmes.

Pour finir, je veux souligner une chose : Ă  partir de cette parabole, nous pouvons voir autrement tout ce que nous faisons, toutes les activitĂ©s qui sont les nĂŽtres : tout cela est sous-tendu par le don de Dieu. DĂšs lors, nous pouvons vivre toutes ces activitĂ©s comme autant de rendez-vous avec Lui. De mĂȘme qu’on pense trĂšs souvent Ă  un ĂȘtre cher quand il est loin de nous et que chaque geste que nous faisons peut faire signe de sa part, de mĂȘme toute notre existence peut ĂȘtre habitĂ©e par cette prĂ©sence de Dieu : ce n’est jamais une prĂ©sence qui s’impose, mais c’est la prĂ©sence du donateur, plus prĂ©cisĂ©ment, de celui qui donne la vie. Nous pouvons le retrouver comme tel, dans chacun de nos gestes qui prennent soin de cette vie.

GrĂące demandĂ©e : prendre davantage conscience de tout ce que le Seigneur m’a donnĂ©.

  • Rester sur cet homme qui est en train de donner ses talents (une somme considĂ©rable). ReprĂ©sentez-vous la scĂšne ; quels sont les gestes et les attitudes des personnes, par quoi ils sont habitĂ©s, chacun d’eux ?
  • Regarder les serviteurs qui « aussitĂŽt » vont faire fructifier ce qu’ils ont reçu ; lĂ  aussi, comment vous les reprĂ©sentez-vous ? Par quoi sont-ils habitĂ©s ?
  • Regarder le serviteur qui creuse la terre pour enfouir son talent. Et entendre l’explication qu’il donne (« j’ai eu peur »). Voir cet homme, entrer dans sa maniĂšre de rĂ©agir.
  • Question : le maĂźtre a-t-il donnĂ© ces talents ou les a-t-il simplement prĂȘtĂ©s ? Et pour vous-mĂȘme : tous les talents que vous avez, comment les voyez-vous ?

Parlez librement avec le Seigneur, notamment Ă  partir de ce dernier point ; n’hĂ©sitez pas Ă  l’interroger, Ă  lui demander de vous Ă©clairer : que signifie le don que le Seigneur nous fait ?

Messe du 8 novembre

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 1-13)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples cette parabole :

« Le royaume des Cieux sera comparable Ă  dix jeunes filles invitĂ©es Ă  des noces, qui prirent leur lampe pour sortir Ă  la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles Ă©taient insouciantes, et cinq Ă©taient prĂ©voyantes :
les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
tandis que les prĂ©voyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile.
Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, il y eut un cri :
‘Voici l’époux ! Sortez Ă  sa rencontre.’
Alors toutes ces jeunes filles se réveillÚrent et se mirent à préparer leur lampe.
Les insouciantes demandÚrent aux prévoyantes :
‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.’
Les prévoyantes leur répondirent :
‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous,
allez plutît chez les marchands vous en acheter.’
Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva.
Celles qui Ă©taient prĂȘtes entrĂšrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermĂ©e.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivĂšrent Ă  leur tour et dirent :
‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’
Il leur répondit :
‘Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.’

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Commentaire du P. Miguel Roland-Gosselin sj

Jeunes filles prĂ©voyantes et jeunes filles insouciantes
 L’ñme pleine de sagesse qui pour rien au monde ne manquerait la venue du Fils de l’homme, ou l’ñme flottante qui n’a pas pris les choses au sĂ©rieux et qui risque de le laisser passer
 Les disciples de JĂ©sus qui entendent cette parabole ont un imaginaire biblique suffisamment dĂ©veloppĂ© – et nous aussi, peut-ĂȘtre ? – pour saisir aisĂ©ment de quelles « noces » il s’agit. L’époux, c’est le Messie annoncĂ©, c’est celui qui viendra porter Ă  son terme l’Alliance de Dieu avec l’humanitĂ©. Nous dirons : l’époux, c’est JĂ©sus. Ou si vous voulez, c’est l’amour qui m’attend si j’accueille JĂ©sus. Mon cƓur est-il disposĂ© pour l’accueillir ? Suis-je habitĂ©, oui ou non, par un grand dĂ©sir d’accueillir dans mon existence le visage d’amour du Sauveur ? Si la Bible aime l’image des noces, si JĂ©sus parle de la venue de « l’époux », c’est bien parce qu’il s’agit d’une affaire d’amour ; de laisser venir Ă  soi Quelqu’un, une visite qui dĂ©ploiera en nous la joie d’aimer.

Retournons au texte. Cinq demoiselles d’honneur ont donc rempli leurs lampes, tout ce qu’il faut pour attendre longtemps, et cinq autres n’ont aucune rĂ©serve. Que peut signifier cette image ? J’y vois une affaire de dĂ©sir. Il y a celles dont le dĂ©sir est ardent, inusable, et celles qui prennent les choses trop Ă  la lĂ©gĂšre. Entendez ce que nous disait la premiĂšre lecture : « La Sagesse se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs dĂ©sirs  » Oui, elle viendra, la Sagesse ; il viendra le Christ qui unifie nos cƓurs, mais encore faut-il que soit ardent notre dĂ©sir. C’est par lĂ  que commence la vie spirituelle, quand nous laissons grandir et s’exprimer le meilleur de notre dĂ©sir, quand nous laissons la Sagesse de Dieu creuser en nous une soif de vivre et d’aimer. Rappelez-vous la frĂ©quente insistance de JĂ©sus : « Que dĂ©sires-tu ? » « Que cherchez-vous ? » Cinq des jeunes filles de la parabole n’étaient pas mĂ»res encore pour un vrai dĂ©sir. Cela pourra faire notre premier point de priĂšre. De quoi ai-je soif aujourd’hui ? Pour quelles affaires suis-je capable de me mobiliser franchement ? Accueillir JĂ©sus dans ma vie, me plier Ă  la sagesse Ă©vangĂ©lique, est-ce pour moi un authentique dĂ©sir ?

J’observe ensuite une curiositĂ© qui mĂ©rite un peu d’attention : « Comme l’époux tardait, dit JĂ©sus, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. » Je n’entends lĂ  aucun reproche. Pourquoi JĂ©sus signale-t-il fatigue et sommeil, sinon pour faire entendre que le temps est long ? Eh oui, le temps est long ! Ce fut d’ailleurs une Ă©preuve qu’a traversĂ©e la premiĂšre gĂ©nĂ©ration chrĂ©tienne : tiens, le salut n’est pas pour aujourd’hui ! La Parousie se fait attendre. La rĂ©surrection de JĂ©sus n’a pas mis un terme aux souffrances qui continuent, Ă  l’insatisfaction inquiĂšte de tant de gens, Ă  leur impatience aussi. VoilĂ  un enjeu spirituel important : apprendre Ă  attendre avec justesse. Les derniers mots de la parabole seront « Veillez donc ! » ; oui, mais pas d’une façon tendue et Ă©puisante qui nous interdirait la confiance tranquille et reposĂ©e. Dieu n’exige pas que nous soyons sans cesse sur le qui-vive. Faire de mon mieux, pousser mon dĂ©sir aussi loin que je peux, et m’en remettre paisiblement Ă  Dieu : la sagesse Ă©vangĂ©lique est de ce cĂŽtĂ©-lĂ , dans une certaine qualitĂ© d’attente qui s’appelle la foi. Notre priĂšre pourrait porter quelques instants lĂ -dessus, Ă  contempler les jeunes filles prĂ©voyantes qui dorment en paix, Ă  demander pour soi et pour d’autres la grĂące d’une foi qui donne le repos. Peut-ĂȘtre connaissons-nous des gens qui ont cette grĂące-lĂ , des gens brĂ»lĂ©s d’ardeur et pourtant paisibles ; des sages, comme on les appelle.

Reste la phrase finale, cette sentence dĂ©finitive : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » L’heure de quoi ? L’heure de la mort ? Ou l’heure de la vie, tout autant. L’heure de la rencontre heureuse, l’heure du pauvre qui frappera Ă  la porte, l’heure du bien Ă  faire et du bonheur Ă  recevoir. Dieu aura au fil des jours mille façons de nous solliciter, mille façons de nous rĂ©veiller pour nous tirer plus loin. Le « Veillez donc » nous met en garde contre l’esprit de nĂ©gligence ou de rĂ©signation. Il nous dit : « Tenez bon », et il nous lance en avant. Savez-vous quels seront les tout derniers mots des Écritures, ceux qui referment le livre de l’Apocalypse et la Bible tout entiĂšre ? C’est : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! » VoilĂ  une belle maniĂšre de conclure notre priĂšre : en nous adressant au Seigneur : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! » et en lui demandant de nous rendre trĂšs attentifs. Seigneur, aide-moi Ă  ne pas manquer ta visite, Ă  ne pas passer Ă  cĂŽtĂ© de ta prĂ©sence. Amen.

Préambules. AprÚs avoir soigné la mise en présence de Dieu, je formule une demande de grùce. Par exemple : Seigneur, je voudrais que tu deviennes de mieux en mieux le but de mon existence, le fond de tous mes désirs. Ou bien : Seigneur, fais-moi grandir dans la foi.

1/ « Cinq Ă©taient insouciantes, cinq Ă©taient prĂ©voyantes  » Je regarde ces dix jeunes filles, et je rĂ©flĂ©chis. Leurs lampes plus ou moins remplies sont peut-ĂȘtre l’image d’un dĂ©sir plus ou moins vif. Questions : quels sont mes dĂ©sirs ardents ? Pour quelles affaires suis-je capable de me mobiliser franchement ? Ma vie est-elle tournĂ©e, oui ou non, vers la venue de JĂ©sus ?

2/ Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes… J’imagine les jeunes filles prĂ©voyantes qui dorment en paix, supportant paisiblement l’attente. J’ai une priĂšre aussi pour tant de gens qui souffrent d’attentes insatisfaites. Pour elles, pour moi, je demande la grĂące d’une foi-confiance qui donne le repos. Peut-ĂȘtre ai-je en tĂȘte le visage de quelques personnes qui ont cette grĂące-là ; je les prĂ©sente Ă  Dieu.

3/ « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » L’heure de quoi ? L’heure de la mort ? Ou l’heure de la vie, tout autant. L’heure de la rencontre heureuse, l’heure du pauvre qui frappera Ă  la porte, l’heure du bien Ă  faire et du bonheur Ă  recevoir. J’offre Ă  Dieu ma disponibilitĂ© pour ses visites quotidiennes.

Conclusion : Je peux m’adresser au Christ : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! »