🔮 Mise Ă  jour :  suite aux annonces du gouvernement, la Messe qui prend son Temps reprend en prĂ©sentiel Ă  partir du dimanche 29 novembre.

Plusieurs “petites MT” auront lieu ce dimanche Ă  19h, dans diffĂ©rents lieux Ă  proximitĂ© de l’église Saint Ignace. Pour pouvoir rĂ©partir les personnes, l’inscription est obligatoire sur ce formulaire : https://forms.gle/MH4Q4bauVLuso5cZ7. Date limite : samedi Ă  20h. Chacun(e) recevra dimanche matin un mail avec les prĂ©cisions concernant le lieu de la messe.

Pour ceux qui ne peuvent pas se joindre à la MT, le commentaire et les pistes pour prier seront publiés ici.

Messe du 29 novembre

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Marc (Mc 13, 33-37)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment.

C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller.

Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maütre de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis.

Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

  Commentaire de soeur Bénédicte Barthalon, soeur auxiliatrice

Aujourd’hui, nous sommes le premier jour de l’annĂ©e liturgique, premier dimanche de l’Avent. Le passage de l’évangile de Marc qui nous est proposĂ© se situe Ă  la fin d’un chapitre dĂ©diĂ© Ă  l’annonce des derniers temps, Ă  l’attente du Messie. Quoi de plus Ă©tonnant que de parler des derniers temps au moment oĂč on se prĂ©pare Ă  la venue au monde d’un enfant Ă  NoĂ«l ? Avec ces textes, la liturgie nous propose d’inclure dans une mĂȘme attente, l’attente de l’incarnation de JĂ©sus et son retour Ă  la fin des temps. Contempler le Christ qui est, Ă  la fois dĂ©jĂ  venu, dĂ©jĂ  lĂ , et pas encore, celui dont nous attendons le retour.

Comme dans la parabole des talents, entendue il y a 2 semaines, JĂ©sus nous parle d’un homme : il est « parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller. » Cet homme fait une confiance complĂšte Ă  ses serviteurs, il leur donne tout pouvoir, il leur laisse une grande libertĂ©. Il s’absente et les laisse seuls mais bonne nouvelle, il reviendra. La seule chose que nous savons sur son retour, c’est qu’il vient « à l’improviste », « vous ne savez pas quand ce sera le moment », « le soir ou Ă  minuit, au chant du coq ou le matin ». Il les prĂ©pare Ă  son absence et Ă  son retour en leur donnant une seule consigne, trĂšs large, qui peut nous sembler vague. Il leur demande de veiller, de se tenir prĂȘt pour son retour.

« Veillez ». DĂ©ployons un peu les sens que peut prendre cet appel pour nous aujourd’hui.

Veiller, c’est « comme le veilleur qui attend l’aurore », rester Ă©veillĂ©, ne pas s’endormir, guetter, regarder, attendre la lumiĂšre qui va jaillir des tĂ©nĂšbres, la vie qui va surgir. C’est garder le cƓur en attente de la rencontre, dĂ©sireux d’accueillir celui qui va venir, ĂȘtre attentif(ve) aux signes de sa prĂ©sence


Veiller, c’est veiller sur un enfant, veiller sur un malade, veiller sur une personne que l’on aime, comme un berger veille sur ses brebis, c’est une maniĂšre de prendre soin : Être lĂ , prĂ©sence fraternelle, aimante, prĂ©sence d’humanitĂ©.  C’est rejoindre nos frĂšres et sƓurs en humanitĂ©, ceux et celles dont nous parlait la parabole du jugement dernier : les malades, les prisonniers, les Ă©trangers, ceux qui ont faim, soif


Veiller, c’est prendre soin des biens confiĂ©s par le Seigneur : Le maitre a donnĂ© tout pouvoir, fixĂ© Ă  chacun son travail, comme le CrĂ©ateur qui confie Ă  l’homme sa crĂ©ation pour la cultiver et la garder, la faire fructifier, nous invitant Ă  ĂȘtre co crĂ©ateurs avec Lui.

Veiller, cela peut aussi ĂȘtre une attitude spirituelle. Evagre le Pontique, un moine du dĂ©sert au IVĂšme siĂšcle l’a exprimĂ© dans une formule savoureuse :

« Sois le portier de ton cƓur et ne laisse aucune pensĂ©e

entrer sans l’interroger ; interroge-les une à une, dis à chacune :

« Es-tu de notre parti ou du parti des adversaires ? » (Jos. 5, 13).

Et si elle est de la maison, elle te comblera de paix ;

si elle est de l’adversaire, elle t’agitera de colĂšre ou te troublera. »

« Sois le portier de ton cƓur » : Cette pensĂ©e qui m’habite, vers oĂč m’entraine-t-elle ? Autrement dit, provoque-t-elle en moi un mouvement profond d’ouverture Ă  Dieu et aux autres, de dĂ©centrement de moi-mĂȘme, un dĂ©sir d’aimer, de me faire proche de l’autre, ou bien me conduit-elle Ă  me fermer, Ă  me centrer sur moi-mĂȘme, Ă  m’isoler, Ă  m’enlever des forces pour aimer
 ? Dans ces temps difficiles, nous sommes plus que jamais invitĂ©(e)s Ă  la vigilance pour nous laisser mener par l’Esprit.

Avec Marie, nous pouvons aussi veiller comme une mĂšre attend son enfant. Comme une femme enceinte veille sur la vie en elle, elle est en attente de la vie qui va jaillir, une vie fragile, discrĂšte, parfois invisible. Et cette attente est pleine d’une promesse et d’une espĂ©rance. Elle se rĂ©jouit et se prĂ©pare. Oui, le Seigneur vient parmi nous, et c’est une Bonne Nouvelle, il ose nous rejoindre au cƓur mĂȘme de notre humanitĂ© en travail d’enfantement. Alors veillons, tenons bon dans l’espĂ©rance que la vie est plus forte que la mort. Le Seigneur vient, il est dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre et nous accompagne.

Je me mets en prĂ©sence du Seigneur. Il est lĂ , il m’attend, me voici Seigneur.

Je demande une grñce : Seigneur, donne-moi d’entendre comment tu m’invite à veiller aujourd’hui ?

  1. « C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donnĂ© tout pouvoir Ă  ses serviteurs, fixĂ© Ă  chacun son travail, et demandĂ© au portier de veiller. »

Regarder cet homme, comment il laisse ses biens à ses serviteurs, comment il leur fait confiance, leur donne une grande liberté et « tout pouvoir » pour en prendre soin. Regarder les serviteurs qui reçoivent ces dons.

  1. « Prenez garde et restez éveillés », « Veillez »

Entendre cet appel, le laisser résonner en moi. Comment cela fait-il écho dans ma vie, dans mon quotidien ? Sur quoi ou sur qui est-ce que je me sens invité(e) à veiller ?

  1. « vous ne savez pas quand vient le maßtre de la maison »

Le Seigneur vient. Comme Marie dans l’attente de JĂ©sus, je me laisse habiter par la promesse de vie, je regarde les signes de la prĂ©sence du Seigneur qui sont dĂ©jĂ  lĂ  dans mon quotidien, mĂȘme fragiles ou tĂ©nus. Je me prĂ©pare le cƓur.

A la fin de ce temps de priùre, je confie au Seigneur ce qui habite mon cƓur. Je lui parle comme un ami parle à son ami.

Messe du 22 novembre

Tympan de Notre Dame – Le jugement dernier

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 31-46)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples :

« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siĂ©gera sur son trĂŽne de gloire. Toutes les nations seront rassemblĂ©es devant lui ; il sĂ©parera les hommes les uns des autres, comme le berger sĂ©pare les brebis des boucs : il placera les brebis Ă  sa droite, et les boucs Ă  gauche.

Alors le Roi dira Ă  ceux qui seront Ă  sa droite :

‘Venez, les bĂ©nis de mon PĂšre, recevez en hĂ©ritage le Royaume prĂ©parĂ© pour vous depuis la fondation du monde.

Car j’avais faim, et vous m’avez donnĂ© Ă  manger ; j’avais soif, et vous m’avez donnĂ© Ă  boire ; j’étais un Ă©tranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillĂ© ; j’étais malade, et vous m’avez visitĂ© ; j’étais en prison, et vous ĂȘtes venus jusqu’à moi !’

Alors les justes lui répondront :

‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donnĂ© Ă  boire ? tu Ă©tais un Ă©tranger, et nous t’avons accueilli ? tu Ă©tais nu, et nous t’avons habillĂ© ? tu Ă©tais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’

Et le Roi leur répondra :

‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frùres, c’est à moi que vous l’avez fait.’

Alors il dira Ă  ceux qui seront Ă  sa gauche :

‘Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu Ă©ternel prĂ©parĂ© pour le diable et ses anges.

Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donnĂ© Ă  manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donnĂ© Ă  boire ; j’étais un Ă©tranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillĂ© ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visitĂ©.’

Alors ils répondront, eux aussi :

‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, ĂȘtre nu, Ă©tranger, malade ou en prison, sans nous mettre Ă  ton service ?’

Il leur répondra :

‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’

Et ils s’en iront, ceux-ci au chĂątiment Ă©ternel, et les justes, Ă  la vie Ă©ternelle. »

  Commentaire du P. Xavier Léonard sj

L’évangile de ce dimanche met en scĂšne un Christ roi qui juge et trie les hommes, mettant Ă  droite les bons et Ă  gauche les mauvais. Cette image se retrouve souvent sur les tympans de nos cathĂ©drales. En terme de catĂ©chisme nous avons une images simple et forte : les bons au paradis les mauvais en enfer. Mais cherche-t-on a nous faire peur pour Ă©viter l’enfer ?

Ce simplisme est quelque chose qui m’a toujours posĂ© question. La contemplation du texte m’a poussĂ© Ă  vĂ©rifier mes souvenir et quelques clics plus tard, mon Ă©cran d’ordinateur me montrait le tympan du jugement dernier de Notre Dame. Mes souvenirs n’étaient pas justes, et l’artiste qui a fait ce tympan a pris le temps de contempler avant de se mettre au travail. Faisons-lui justice et entrons nous aussi dans cette contemplation.

Les trois premiers versets mettent en scĂšne le Fils de l’homme qui vient en gloire, avec tous ses anges et il s’assied sur un trĂŽne. Il vient pour sĂ©parer. C’est la premiĂšre image. Ensuite, on entend qu’il le fait comme un berger sĂ©pare ses brebis de ses chĂšvres. DeuxiĂšme image qui est en contrepoint, puisque les bergers ne siĂšgent pas sur des trĂŽnes, avec un tas d’anges Ă  cĂŽtĂ© d’eux. Avec ces deux images, le rĂ©cit de Matthieu cherche Ă  se dĂ©ployer, en image et contre image, pour Ă©viter les malentendus.

Le rĂ©cit de Matthieu nous donne une image et une contre image et le tympan de Notre Dame n’est pas en reste. Oui son trĂŽne est beau, oui les anges sont lĂ , avec des priants Ă  genoux pour le rĂ©vĂ©rer, mais il est torse nu et Ă  sa gauche se tient un ange qui soutient une croix. Ce n’est pas comme cela que je m’imaginais un roi d’oĂč ma surprise. Ce fils de l’homme qui vient en gloire avec tous ses anges Ă  quelque chose qui n’est pas du tout royal, a la maniĂšre des hommes. Entendre cette surprise permet au rĂ©cit de devenir bonne nouvelle, de quitter nos prĂ©conçus pour se mettre Ă  l’écoute de sa Parole.

Il est important de se laisser dĂ©placer, dĂ©caler car la suite est encore plus surprenante. Notre juge, fait son tri et donne ses critĂšres de sĂ©lections pour expliquer la sentence. Ses critĂšres sont un renversement supplĂ©mentaire car celui qui avait faim, soif, devait ĂȘtre recueilli, Ă©tait nu, malade et en prison, c’est le Christ lui-mĂȘme. Techniquement parlant avant d’ĂȘtre sur son trĂŽne, il Ă©tait tout en bas de l’échelle ! Tous ces dĂ©nuements, il les a vĂ©cus. Il y a donc une solidaritĂ©, une communion entre Christ et les petits. Oui la souffrance, que nous rappelle la croix tenue par l’ange, il la connaĂźt. Le Christ n’est pas indiffĂ©rent aux actes que nous posons pour construire notre monde. Car certains de ces actes font grandir la souffrance des petits et d’autres leur donne une place. J’ai envie de l’appeler le Solidaire, le « Avec » si vous me permettez cet abus de langage. C’est sur ces critĂšres de solidaritĂ© que le Fils de Homme tranche.

La question des justes, qui dĂ©sirent savoir comment ils ont fait pour valider les critĂšres du Christ tĂ©moigne de leur surprise. Bonne surprise mais surprise tout de mĂȘme. Dans leur chef, ils n’ont pas rĂ©alisĂ© ces actes pour pouvoir ĂȘtre sauvĂ©s. Ils les ont posĂ©s car cela valait la peine et ils avaient envie de vivre ainsi. On est dans l’ordre du choix de vie, du style de vie et pas dans la todo list.

Le pape François, dans son encyclique Fratelli tutti, parle de gratuitĂ© qui accueille. Pour lui, c’est sortir du mercantilisme : tu me donnes, je te donne ainsi que je te donne, mais mon rendement sur investissement vaut la peine. On est alors dans un registre commercial, qui quand il domine nos vies, les transforme en un commerce anxieux (Fratelli tutti n° 140).

Le tĂ©moignage de la vie du Christ nous amĂšne a pouvoir vivre un dĂ©centrement de nous-mĂȘme pour entrer dans une relation plus juste. L’attention aux petits, qui sont incapables de rendre, montre bien que ce qui est gratuit Ă  de la valeur. C’est une autre maniĂšre de vivre. L’ironie c’est que la peur du manque nous pousse Ă  des maniĂšres de faire qui tuent plutĂŽt qu’à des maniĂšres de faire qui nous permettent de vivre. Le tĂ©moignage du Christ est lĂ  pour nous rappeler que nous sommes faits pour la vie.

Demande de grñce : prendre davantage conscience de qui est ce Fils de l’homme pour moi.

1) Quand le Fils de l’homme viendra


A quoi ressemble ce Fils de l’homme pour moi ? Est-ce celui du tympan de Notre Dame ? Est-ce une autre reprĂ©sentation que j’ai de lui ? Est-il imposant avec son trĂŽne et tous ses anges, ou plutĂŽt berger en train de courir aprĂšs ses moutons ?

2) Il placera les brebis Ă  sa droite et les chĂšvres Ă  sa gauche.

Est-ce que j’ai peur du jugement dernier ? Si oui, qu’est-ce qui me prĂ©occupe ? Si non est-ce de l’indiffĂ©rence ? Ou un « truc pas clair » ou que j’ai pas encore considĂ©rĂ© ? Est-ce que je peux en parler dans la priĂšre Ă  mon Dieu.

3) Seigneur quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir ?

Laisser raisonner en moi cette bonne surprise. Quelles sont ces maniĂšres de faire qui sont en moi et que je retrouve dans l’évangile ?

Messe du 15 novembre

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 14-30)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples cette parabole :
« C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
À l’un il remit une somme de cinq talents, Ă  un autre deux talents, au troisiĂšme un seul talent, Ă  chacun selon ses capacitĂ©s.
Puis il partit.

Aussitît, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres.
De mĂȘme, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.
Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maütre.

Longtemps aprĂšs, le maĂźtre de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes.
Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, prĂ©senta cinq autres talents et dit :
‘Seigneur, tu m’as confiĂ© cinq talents ; voilĂ , j’en ai gagnĂ© cinq autres.’
Son maßtre lui déclara :
‘TrĂšs bien, serviteur bon et fidĂšle, tu as Ă©tĂ© fidĂšle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’
Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit :
‘Seigneur, tu m’as confiĂ© deux talents ; voilĂ , j’en ai gagnĂ© deux autres.’
Son maßtre lui déclara :
‘TrĂšs bien, serviteur bon et fidĂšle, tu as Ă©tĂ© fidĂšle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’

Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit :
‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur :
tu moissonnes lĂ  oĂč tu n’as pas semĂ©, tu ramasses lĂ  oĂč tu n’as pas rĂ©pandu le grain.
J’ai eu peur, et je suis allĂ© cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’
Son maßtre lui répliqua :
‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne lĂ  oĂč je n’ai pas semĂ©, que je ramasse le grain lĂ  oĂč je ne l’ai pas rĂ©pandu.
Alors, il fallait placer mon argent Ă  la banque ; et, Ă  mon retour, je l’aurais retrouvĂ© avec les intĂ©rĂȘts.
Enlevez-lui donc son talent et donnez-le Ă  celui qui en a dix.
À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever mĂȘme ce qu’il a.
Quant Ă  ce serviteur bon Ă  rien, jetez-le dans les tĂ©nĂšbres extĂ©rieures ; lĂ , il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

Commentaire du P. Etienne Grieu sj

Avec cette page de l’Evangile selon st Matthieu, nous sommes dans les derniers chapitres de son Évangile (chap. 25, pour un texte qui compte 28 chapitres). Et nous sommes juste avant le rĂ©cit de la passion (le chap. 26 commence en rapportant la dĂ©cision des autoritĂ©s de tuer JĂ©sus). Ce texte nous est donc confiĂ© par l’évangĂ©liste, comme rapportant les derniĂšres paroles de JĂ©sus, en finale de son enseignement, avant qu’il nous soit enlevĂ©. Et ce sont des appels Ă  veiller ; on l’a dĂ©jĂ  entendu dimanche dernier avec la parabole des 10 jeunes filles et leur lampe Ă  huile ; et on l’entendra encore dimanche prochain avec la parabole du jugement dernier.

Ce qui est nouveau dans le texte d’aujourd’hui par rapport Ă  celui de dimanche dernier, c’est que l’appel Ă  veiller se dĂ©cline autrement : ce n’est pas seulement un appel Ă  ĂȘtre prĂȘt pour le retour du Seigneur, c’est aussi une invitation Ă  une certaine maniĂšre d’agir et d’ĂȘtre, en l’absence du Seigneur.

La parabole d’aujourd’hui commence en prĂ©sentant un homme qui s’en va. Il part en voyage et ce voyage doit durer longtemps et l’emmener trĂšs loin, de sorte que durant une longue pĂ©riode, il ne sera plus prĂ©sent. Souvent nous Ă©prouvons l’absence de Dieu, le silence de Dieu comme un drame, comme un abandon. Mais le texte d’aujourd’hui nous invite Ă  en dĂ©couvrir un autre aspect : ce retrait de Dieu, nous laisse sans personne pour nous surveiller, sans personne pour nous dire ce que nous devons faire. VoilĂ  peut-ĂȘtre un aspect de la relation que Dieu entend avoir avec nous :  un lien qui n’a rien d’infantilisant ; qui n’est pas toujours en train de nous dire ce que nous devons faire et ne pas faire. Avez-vous remarquĂ© d’ailleurs ? Le maĂźtre, quand il s’en va, donne Ă  ses serviteurs une somme Ă©norme (un talent, c’est l’équivalent de 34 kg d’argent, des millions d’euros). Et il ne laisse aucune consigne. Rien. Il est Ă©tonnant ce maĂźtre ! Comment l’interprĂ©ter cette absence de consigne ? C’est lĂ , justement que notre libertĂ© est convoquĂ©e. Cette absence de consigne laisse la place Ă  notre propre jugement : comment voyons-nous Dieu ? Comme un ĂȘtre irascible et trĂšs exigeant, qui ordonne de loin mais ne prend aucun risque et nous demandera des comptes ? C’est la vision qu’a l’homme qui part enfouir son talent. Il est pĂ©trifiĂ© de peur. Au point qu’il en perd le bon sens. Le maĂźtre, Ă  son retour, lui dira : « mais pourquoi n’as-tu pas pensĂ© Ă  cette chose si simple, de confier cette somme Ă  un banquier ? » Mais il semble que cet homme, par son geste d’enfouir en terre le talent, a voulu ne plus rien avoir Ă  faire avec lui, comme s’il le considĂ©rait comme quelque chose de mort, qu’on doit mettre dĂ©finitivement hors de notre portĂ©e. Il a ainsi coupĂ© les ponts avec son Seigneur, et celui-ci, ne pourra que reconnaĂźtre et entĂ©riner cette situation.

Mais les autres serviteurs, comment ont-ils reçu ces talents ? Ils les ont fait fructifier. Ça veut dire, ils ont pris des risques ; et surtout, ils ont considĂ©rĂ© que ces talents Ă©taient vraiment leurs ; sans quoi ils n’auraient pas osĂ© les mettre en jeu.

Alors, la question du jour Ă  1000 euros (ou Ă  5 talents) : le maĂźtre a-t-il vĂ©ritablement donnĂ© ces talents, ou bien les a-t-il simplement prĂȘtĂ©s ? les serviteurs, emploient le terme « confier » (« tu m’avais confiĂ© cinq talents » ; le verbe grec pourrait se traduire aussi : tu m’avais remis ; tu m’avais transmis – comme on transmet un hĂ©ritage – tu m’avais livrĂ© – c’est le mĂȘme verbe qui est employĂ© pour parler du Christ livrĂ© Ă  ceux qui le mettront Ă  mort) ; le maĂźtre, lui, dans la finale de la parabole, parle de « donner » (« tout homme Ă  qui l’on donnera, il sera dans la surabondance »). Eh bien, je pense que les deux verbes se complĂštent bien : les talents que Dieu nous confie, c’est vraiment un don, un prĂ©sent, qui nous est remis, et nous pouvons nous l’accueillir comme Ă©tant vĂ©ritablement nĂŽtre. Et en mĂȘme temps, en employant le verbe « confier » ou « transmettre », les serviteurs soulignent qu’ils n’ont pas oubliĂ© que ce qu’ils ont, ils l’ont reçu d’un autre ; voire mĂȘme, que ce prĂ©sent porte la trace de Celui qui a livrĂ© sa vie pour nous, l’a vĂ©ritablement donnĂ©e. Et puis, en employant ce verbe, ils ne s’installent pas dans l’imaginaire du propriĂ©taire exclusif, car, se souvenant que ce don leur a Ă©tĂ© livrĂ©, ils pourront Ă  leur tour le partager, le livrer eux-aussi, voire se livrer eux-mĂȘmes.

Pour finir, je veux souligner une chose : Ă  partir de cette parabole, nous pouvons voir autrement tout ce que nous faisons, toutes les activitĂ©s qui sont les nĂŽtres : tout cela est sous-tendu par le don de Dieu. DĂšs lors, nous pouvons vivre toutes ces activitĂ©s comme autant de rendez-vous avec Lui. De mĂȘme qu’on pense trĂšs souvent Ă  un ĂȘtre cher quand il est loin de nous et que chaque geste que nous faisons peut faire signe de sa part, de mĂȘme toute notre existence peut ĂȘtre habitĂ©e par cette prĂ©sence de Dieu : ce n’est jamais une prĂ©sence qui s’impose, mais c’est la prĂ©sence du donateur, plus prĂ©cisĂ©ment, de celui qui donne la vie. Nous pouvons le retrouver comme tel, dans chacun de nos gestes qui prennent soin de cette vie.

GrĂące demandĂ©e : prendre davantage conscience de tout ce que le Seigneur m’a donnĂ©.

  • Rester sur cet homme qui est en train de donner ses talents (une somme considĂ©rable). ReprĂ©sentez-vous la scĂšne ; quels sont les gestes et les attitudes des personnes, par quoi ils sont habitĂ©s, chacun d’eux ?
  • Regarder les serviteurs qui « aussitĂŽt » vont faire fructifier ce qu’ils ont reçu ; lĂ  aussi, comment vous les reprĂ©sentez-vous ? Par quoi sont-ils habitĂ©s ?
  • Regarder le serviteur qui creuse la terre pour enfouir son talent. Et entendre l’explication qu’il donne (« j’ai eu peur »). Voir cet homme, entrer dans sa maniĂšre de rĂ©agir.
  • Question : le maĂźtre a-t-il donnĂ© ces talents ou les a-t-il simplement prĂȘtĂ©s ? Et pour vous-mĂȘme : tous les talents que vous avez, comment les voyez-vous ?

Parlez librement avec le Seigneur, notamment Ă  partir de ce dernier point ; n’hĂ©sitez pas Ă  l’interroger, Ă  lui demander de vous Ă©clairer : que signifie le don que le Seigneur nous fait ?

Messe du 8 novembre

Evangile de JĂ©sus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 1-13)

En ce temps-lĂ , JĂ©sus disait Ă  ses disciples cette parabole :

« Le royaume des Cieux sera comparable Ă  dix jeunes filles invitĂ©es Ă  des noces, qui prirent leur lampe pour sortir Ă  la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles Ă©taient insouciantes, et cinq Ă©taient prĂ©voyantes :
les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
tandis que les prĂ©voyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile.
Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, il y eut un cri :
‘Voici l’époux ! Sortez Ă  sa rencontre.’
Alors toutes ces jeunes filles se réveillÚrent et se mirent à préparer leur lampe.
Les insouciantes demandÚrent aux prévoyantes :
‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.’
Les prévoyantes leur répondirent :
‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous,
allez plutît chez les marchands vous en acheter.’
Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva.
Celles qui Ă©taient prĂȘtes entrĂšrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermĂ©e.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivĂšrent Ă  leur tour et dirent :
‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’
Il leur répondit :
‘Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.’

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Commentaire du P. Miguel Roland-Gosselin sj

Jeunes filles prĂ©voyantes et jeunes filles insouciantes
 L’ñme pleine de sagesse qui pour rien au monde ne manquerait la venue du Fils de l’homme, ou l’ñme flottante qui n’a pas pris les choses au sĂ©rieux et qui risque de le laisser passer
 Les disciples de JĂ©sus qui entendent cette parabole ont un imaginaire biblique suffisamment dĂ©veloppĂ© – et nous aussi, peut-ĂȘtre ? – pour saisir aisĂ©ment de quelles « noces » il s’agit. L’époux, c’est le Messie annoncĂ©, c’est celui qui viendra porter Ă  son terme l’Alliance de Dieu avec l’humanitĂ©. Nous dirons : l’époux, c’est JĂ©sus. Ou si vous voulez, c’est l’amour qui m’attend si j’accueille JĂ©sus. Mon cƓur est-il disposĂ© pour l’accueillir ? Suis-je habitĂ©, oui ou non, par un grand dĂ©sir d’accueillir dans mon existence le visage d’amour du Sauveur ? Si la Bible aime l’image des noces, si JĂ©sus parle de la venue de « l’époux », c’est bien parce qu’il s’agit d’une affaire d’amour ; de laisser venir Ă  soi Quelqu’un, une visite qui dĂ©ploiera en nous la joie d’aimer.

Retournons au texte. Cinq demoiselles d’honneur ont donc rempli leurs lampes, tout ce qu’il faut pour attendre longtemps, et cinq autres n’ont aucune rĂ©serve. Que peut signifier cette image ? J’y vois une affaire de dĂ©sir. Il y a celles dont le dĂ©sir est ardent, inusable, et celles qui prennent les choses trop Ă  la lĂ©gĂšre. Entendez ce que nous disait la premiĂšre lecture : « La Sagesse se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs dĂ©sirs  » Oui, elle viendra, la Sagesse ; il viendra le Christ qui unifie nos cƓurs, mais encore faut-il que soit ardent notre dĂ©sir. C’est par lĂ  que commence la vie spirituelle, quand nous laissons grandir et s’exprimer le meilleur de notre dĂ©sir, quand nous laissons la Sagesse de Dieu creuser en nous une soif de vivre et d’aimer. Rappelez-vous la frĂ©quente insistance de JĂ©sus : « Que dĂ©sires-tu ? » « Que cherchez-vous ? » Cinq des jeunes filles de la parabole n’étaient pas mĂ»res encore pour un vrai dĂ©sir. Cela pourra faire notre premier point de priĂšre. De quoi ai-je soif aujourd’hui ? Pour quelles affaires suis-je capable de me mobiliser franchement ? Accueillir JĂ©sus dans ma vie, me plier Ă  la sagesse Ă©vangĂ©lique, est-ce pour moi un authentique dĂ©sir ?

J’observe ensuite une curiositĂ© qui mĂ©rite un peu d’attention : « Comme l’époux tardait, dit JĂ©sus, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. » Je n’entends lĂ  aucun reproche. Pourquoi JĂ©sus signale-t-il fatigue et sommeil, sinon pour faire entendre que le temps est long ? Eh oui, le temps est long ! Ce fut d’ailleurs une Ă©preuve qu’a traversĂ©e la premiĂšre gĂ©nĂ©ration chrĂ©tienne : tiens, le salut n’est pas pour aujourd’hui ! La Parousie se fait attendre. La rĂ©surrection de JĂ©sus n’a pas mis un terme aux souffrances qui continuent, Ă  l’insatisfaction inquiĂšte de tant de gens, Ă  leur impatience aussi. VoilĂ  un enjeu spirituel important : apprendre Ă  attendre avec justesse. Les derniers mots de la parabole seront « Veillez donc ! » ; oui, mais pas d’une façon tendue et Ă©puisante qui nous interdirait la confiance tranquille et reposĂ©e. Dieu n’exige pas que nous soyons sans cesse sur le qui-vive. Faire de mon mieux, pousser mon dĂ©sir aussi loin que je peux, et m’en remettre paisiblement Ă  Dieu : la sagesse Ă©vangĂ©lique est de ce cĂŽtĂ©-lĂ , dans une certaine qualitĂ© d’attente qui s’appelle la foi. Notre priĂšre pourrait porter quelques instants lĂ -dessus, Ă  contempler les jeunes filles prĂ©voyantes qui dorment en paix, Ă  demander pour soi et pour d’autres la grĂące d’une foi qui donne le repos. Peut-ĂȘtre connaissons-nous des gens qui ont cette grĂące-lĂ , des gens brĂ»lĂ©s d’ardeur et pourtant paisibles ; des sages, comme on les appelle.

Reste la phrase finale, cette sentence dĂ©finitive : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » L’heure de quoi ? L’heure de la mort ? Ou l’heure de la vie, tout autant. L’heure de la rencontre heureuse, l’heure du pauvre qui frappera Ă  la porte, l’heure du bien Ă  faire et du bonheur Ă  recevoir. Dieu aura au fil des jours mille façons de nous solliciter, mille façons de nous rĂ©veiller pour nous tirer plus loin. Le « Veillez donc » nous met en garde contre l’esprit de nĂ©gligence ou de rĂ©signation. Il nous dit : « Tenez bon », et il nous lance en avant. Savez-vous quels seront les tout derniers mots des Écritures, ceux qui referment le livre de l’Apocalypse et la Bible tout entiĂšre ? C’est : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! » VoilĂ  une belle maniĂšre de conclure notre priĂšre : en nous adressant au Seigneur : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! » et en lui demandant de nous rendre trĂšs attentifs. Seigneur, aide-moi Ă  ne pas manquer ta visite, Ă  ne pas passer Ă  cĂŽtĂ© de ta prĂ©sence. Amen.

Préambules. AprÚs avoir soigné la mise en présence de Dieu, je formule une demande de grùce. Par exemple : Seigneur, je voudrais que tu deviennes de mieux en mieux le but de mon existence, le fond de tous mes désirs. Ou bien : Seigneur, fais-moi grandir dans la foi.

1/ « Cinq Ă©taient insouciantes, cinq Ă©taient prĂ©voyantes  » Je regarde ces dix jeunes filles, et je rĂ©flĂ©chis. Leurs lampes plus ou moins remplies sont peut-ĂȘtre l’image d’un dĂ©sir plus ou moins vif. Questions : quels sont mes dĂ©sirs ardents ? Pour quelles affaires suis-je capable de me mobiliser franchement ? Ma vie est-elle tournĂ©e, oui ou non, vers la venue de JĂ©sus ?

2/ Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes… J’imagine les jeunes filles prĂ©voyantes qui dorment en paix, supportant paisiblement l’attente. J’ai une priĂšre aussi pour tant de gens qui souffrent d’attentes insatisfaites. Pour elles, pour moi, je demande la grĂące d’une foi-confiance qui donne le repos. Peut-ĂȘtre ai-je en tĂȘte le visage de quelques personnes qui ont cette grĂące-là ; je les prĂ©sente Ă  Dieu.

3/ « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » L’heure de quoi ? L’heure de la mort ? Ou l’heure de la vie, tout autant. L’heure de la rencontre heureuse, l’heure du pauvre qui frappera Ă  la porte, l’heure du bien Ă  faire et du bonheur Ă  recevoir. J’offre Ă  Dieu ma disponibilitĂ© pour ses visites quotidiennes.

Conclusion : Je peux m’adresser au Christ : « Viens, Seigneur JĂ©sus ! »