Les pistes de la Messe qui prend son Temps

2020-05-28T17:48:47+02:00

Cet article, actif pendant la suspension des messes, est désormais clos.

Nous vous donnons rendez-vous le dimanche 31 mai à 19h à l’église Saint-Ignace pour la reprise de la Messe qui prend son Temps. Un baptême sera célébré, la messe durera donc un peu plus longtemps qu’à l’habitude.

Il n’y a pas de système d’inscription, mais le nombre de places sera limité à 200 personnes environ.

Chacun est invité à venir avec son masque. Le format de la messe sera adapté pour permettre de respecter les mesures de prudence.

A bientôt à la MT !

Tous les samedis, retrouvez sur cette page les pistes pour prier avec la Messe qui prend son Temps :

Messe du 24 mai

Messe du 17 mai

Messe du 10 mai

Messe du 3 mai

Messe du 26 avril

Messe du 19 avril

Messe du 12 avril

Messe du 5 avril

Messe du 29 mars

Messe du 22 mars

Messe du 15 mars

Si vous n’êtes pas familier de cette manière de prier sur un texte biblique, vous pourrez trouver dans cet article des repères pour vous guider.

Pour continuer à vivre la MT en communion les uns avec les autres, 2 propositions :

  • Un cahier numérique pour déposer des intentions de prière. Ces intentions seront imprimées et déposées chaque semaine devant l’autel, avec la procession des offrandes, lors de l’eucharistie du dimanche des communautés jésuites de Sèvres (église St Ignace) et d’Assas (Maison Magis).
  • Des petits groupes de partage, via WhatsApp, Zooom, Skype, selon ce qui est choisi par le groupe.

Messe du 24 mai

Foule des saints

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 17, 1b-11a)

En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel et dit :

« Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie.

Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.

Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire.

Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe.

J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner.

Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole.

Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.

Moi, je prie pour eux ;

ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi.

Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ;et je suis glorifié en eux.

Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

Voici pour Jésus l’heure du retour vers son Père.

Le passage de l’Evangile selon saint Jean que nous lisons aujourd’hui nous dévoile la prière de Jésus à son Père, lorsqu’entouré des Douze il vit ce dernier repas pascal à la Cène où il se donne à ses disciples corps et sang livrés, leur lavant aussi les pieds en signe de miséricorde. Lui qui s’est dépouillé de la gloire qu’il avait auprès du Père avant que le monde fût, il est face à la mort qui va se saisir de lui.

En faisant face aux ténèbres du mal, à l’heure de sa Passion, Jésus est apparemment au plus loin de la Gloire du Père qui est amour et vie. Il ne peut être plus loin, plus bas. C’est alors qu’Il prie le Père de le revêtir de cette gloire ; en communiquant aux hommes mortels la vie qu’il reçu de Lui.

Oui, telle est la gloire de Dieu : que l’homme vive en devenant semblable à Lui. La Gloire du Père, c’est Sa vie aimante et lumineuse qui se communique en abondance. La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, relevé en Jésus ressuscité, et qui dans l’Esprit chante la joyeuse louange en toute liberté…

Cette vie éternelle et infiniment aimante à laquelle Jésus demande à son Père de nous introduire avec lui, est connaissance de Dieu-même ; comme un ami connait son ami, ou un disciple son maître, au sens d’une participation à sa vie-même et d’union aimante.

C’est pour cela que Jésus est venu dans la chair : pour que nous connaissions le Père, que nous ayons enfin accès pleinement et véritablement à Lui. Lorsqu’il demande que, de lui, glorifiée dans la vie éternelle et aimante du Père, Jésus demande qu’ainsi, de lui, cette glorification s’étende ainsi à nous tous… qu’avec Lui, transfiguré dans la gloire, nous devenions dès ici-bas image agissante du Père infiniment aimant des Cieux

Une fois cette première intention adressée au Père, Jésus se pose en témoin, avocat et défenseur pour nous auprès de Lui.

Il loue les merveilles accomplies en ceux qui lui ont été donnés et qui l’ont reconnu : ils ont reçu et gardé la Parole de Dieu, reconnu le Père auteur de tout don, et le Fils dans sa parole et ses œuvres. N’y a-t-il pas plus grande joie pour Jésus, que celle, déjà, de voir ainsi naître son Eglise en tous ceux qui se laissent toucher par la Parole de Dieu ? en tous ceux qui sont conduits à reconnaitre la bonté infinie du Père dans nos vies ? En tous ceux qui sont conduits croire en lui et vivre avec lui, le Fils ?

Puis cette louange une fois exprimée, Jésus prie pour ses disciples, pour tous ceux qui ont la foi et gardent sa parole. Qu’ils connaissent la plénitude de cette relation qui l’unit, lui le Fils, à son Père, relation d’amour et de vie qui est aussi communion dans l’Esprit. Voilà le cœur de son désir, le cœur de sa prière. Voilà ce qui anime Jésus depuis le premier jour…

Certes à cette heure, Jésus quitte le monde tandis que nous y demeurons. Mais c’est par notre accueil qu’il sera maintenant glorifié, par notre manière d’aimer et de servir, de vivre avec Lui la communion avec son Père. C’est là-même que se révèlera la présence véritable et le vrai visage du Dieu trois fois saint : en devenant Eglise, en devenant nous-mêmes la pleine stature du Christ, tous ensemble…

Oui Jésus peut partir, nous voilà remis au Père pour demeurer et croître par lui dans l’unité de l’amour, dans l’unité de l’Esprit.

Pour commencer de temps de prière, je demande au Seigneur la grâce de vivre une vraie rencontre avec Lui, qu’il me donne de me tourner tout entier vers lui pour mieux percevoir comment il m’aime et me sauve, me prend dans sa Gloire.

Je peux aussi imaginer la scène : Jésus, à table avec les 12 au soir de sa Passion, dans la salle haute… et qui se met à prier son Père.

Puis je peux m’arrêter sur ces trois points :

« Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés »

Je contemple le Christ au moment de donner sa vie pour nous à la croix, lui qui s’est dépouillé de sa Gloire dans les cieux pour venir nous rejoindre. Comment il prie son Père de le glorifier dans son amour qui est vie éternelle… Comment il veut là-même, dans ce don de sa vie, nous ouvrir la vie éternelle du Père par-delà le mal, le péché, la mort qui nous accable encore. Qu’est-ce qui me touche plus dans ce mystère de gloire ? Qu’il se donne pour nous ? que le Père le glorifie ? Que par lui nous avons part à la vie infinie et aimante de Dieu même ?

« Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole.  Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi. » 

Je contemple Jésus qui se fait témoin pour nous devant le Père… N’y a-t-il pas plus grande joie pour Jésus, que celle, déjà, de voir ainsi naître son Eglise en tous ceux qui se laissent toucher par la Parole de Dieu, cherche à le suivre, à croire en lui le Fils et apprendre de lui à reconnaitre la bonté infinie du Père dans nos vies ? Quel regard sur ma vie de croyant je peux laisser Jésus poser sur moi ?

« Moi, je prie pour eux ; Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

J’entends Jésus prier le Père pour nous…  Il quitte le monde tandis que nous y demeurons. C’est à nous, dans notre capacité à vivre de sa vie même qui est en communion avec son Père, qu’est maintenant confié la présence véritable et le vrai visage du Dieu trois fois saint : appelé à devenir ensemble son corps, la pleine stature du Christ… J’accueille cette mission pour laquelle Jésus nous confie à son Père. Quelles résonnances prend-elle pour moi ?

Pour finir, je peux revenir sur une chose ou l’autre qui m’a plus touché lors de ce temps de prière et rester après du Seigneur comme un ami avec son ami : lui parler, l’écouter, me laisser conduire…

Messe du 17 mai

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 15-21)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

L’évangile de Saint Jean déploie dans les chapitres 14 à 17 un long discours de Jésus sur le cœur de ce qu’il est et de ce qu’il veut nous donner. L’évangile de ce dimanche se trouve au début de ce long discours qui se situe entre la trahison de judas et l’arrestation de Jésus au mont des oliviers. Voilà ce qui se cache sous la phrase d’entrée de notre évangile « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples » Oui en ce temps là… qui est tout sauf anodin, le Christ nous laisse un dernier témoignage.

Dans ce témoignage, Jésus lie deux choses qui sont a première vue antinomiques pour notre culture. A savoir « amour » et « commandement ». Les deux procèdent de deux sphères indépendantes et nous aimons bien que l’une ne vienne pas empiéter sur l’autre, surtout quand il s’agit des commandements qui viennent remettre l’amour à sa place ! Mais il paraît que l’amour soulève les montagnes. Et de fait l’amour que nous pouvons nous porter les un aux autres peut se révéler exigeant. Je garde en mémoire ce jeune de 20 ans en pleurs me disant combien il est difficile d’aimer. Il se rendait bien compte dans la vérité de son cœur qu’il n’arrivait pas à suivre, qu’il répondait mal à l’amour de sa copine. Il pleurait sur sa faiblesse à répondre présent. Oui l’amour peut être exigeant, une exigence qui est bonne, une exigence qui nous pousse à aller jusqu’au bout. Le Christ va jusqu’au bout pour nous, il nous invite aussi à le faire et ainsi a entrer dans l’exigence de ses commandements.

Ayant posé ce cadre, Jésus reste cohérent avec cette question d’exigence d’amour quand on est sur le départ. Il prévient donc ses disciples qu’il s’en va, sans pour autant, les abandonner et il leur annonce un défenseur. C’est ce fameux Paraclet. Le défenseur, l’avocat, et aussi le consolateur. Et de fait, ses disciples devront être consolés. Ce Paraclet n’est ni vu, ni reçu par le monde mais uniquement par les disciples. Le terme « monde » dans l’évangile de Saint Jean est perçu de manière négative, comme ceux qui sont dans le refus de Dieu et de sa révélation. C’est donc une question de cohérence entre d’un côté ceux qui ont accueilli le Christ, se sont mis à sa suite et de l’autre ceux qui ne le reçoivent pas.

Les disciples vont apparemment perdre Jésus, mais trois jours plus tard, il se manifestera de nouveau. Ces manifestations vont malgré tout laisser une absence, un vide… tout comme nos confinements nous ont laissé dans une absence de nos amis et de nos proches. Cette solitude peut être pesante et lourde. D’où cette affirmation. Non je ne vous abandonne pas, oui je reste avec vous et mon Défenseur-Consolateur est avec vous.

Cette question de l’abandon reste un paradoxe pour notre foi. Qui a eu une vision du Christ récemment? Ceux qui répondront par l’affirmative seront soit regardé avec suspicion comme illuminés ou regardés comme très avancés dans les vertus chrétiennes… Il est donc important d’entendre que ce n’est pas parce que je ne le vois pas qu’il m’a abandonné. Retrouver le Christ n’est pas immédiat et ce Défenseur-Consolateur est là pour nous. Notre monde ne se limite pas au visible. Et les réalités de notre cœur sont une porte qui ouvre à la vie intérieure, qui ouvre ces lieux porteurs de sens et de consolations. La relecture de nos histoires saintes nous montre bien que notre « simple » quotidien est chargé de lieux forts, d’expériences fondatrices qui donnent du goût à nos vies.

La suite de notre Évangile reprend cette affirmation de la communion entre le Christ et son Père qui est si chère à Saint Jean. Le Christ apparaît comme ferment d’unité, de communion entre le Père et nous. Cette communion évoque une création restaurée. Cette restauration entre Dieu et sa créature est aussi annonciatrice d’une restauration entre nous. L’une découle de l’autre. Nos chemins d’amour sont donc marqués par cet aspect de restauration, de recréation que le christ nous offre. C’est une restauration intérieure qui a son exigence, ses commandements à suivre comme tout travail de jardinage qui permet un déploiement de beaux jardins.

1) « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Quelles sont les exigences que je me donne pour bien aimer ? Est-ce que cette petite phrase me pousse à l’action de grâce ou à un travail intérieur pour mieux répondre présent à l’appel du Christ ?

2) Comment est-ce que je « trouve » mon Dieu ? Est-il loin, comme si j’étais dans cet abandon ? Ou proche ? Est-ce que j’ai envie de dire quelque chose à mon Dieu sur le sujet de sa présence ? Puis-je lui en parler comme un ami parle à son ami ?

3) Quelle est pour moi l’importance de la communion dans cet « être-avec » Dieu et les autres ? Qu’est-ce qui est source de grâce dans ma vie ?

Messe du 10 mai

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 1-12)

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »

Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »

Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »

Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »

Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père »

Jésus va être livré à la mort. Il annonce son départ à ses disciples, qui sont désemparés. Est-ce la fin de son œuvre ? Est-ce que son départ marque la fin du chemin parcouru avec les disciples?

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé » dit Jésus aux disciples. Le mot traduit ici par « bouleversé » ne signifie pas seulement une légère tristesse, mais un trouble plus profond. Cette épreuve les atteint au plus intime d’eux-mêmes, dans leur cœur qui désigne le lieu de leur affectivité et de leur volonté. Tout s’écroule. Leur foi en Jésus est ébranlée.

Jésus les invite à croire. Ce mot apparait 6 fois dans le texte. C’est un thème majeur du passage. Croire en Dieu et croire que Jésus est le Fils de Dieu.

Alors que les disciples sont en plein désarroi, Jésus les encourage à retrouver la sérénité et à s’en remettre à ce qui demeure : Dieu. Lorsque tout semble s’effondrer autour de nous, lorsque nous semblons couler à l’image de Pierre dans le lac, appelons le Seigneur de toutes nos forces. Il est notre roc, notre appui infaillible. Il est toujours présent à nos côtés, même si nous sommes dans le brouillard, si nous ne voyons rien, ne sentons rien.

Jésus annonce ensuite aux disciples qu’après son départ, il poursuivra sa mission, qui est d’aider chacun à trouver une place auprès de Dieu. Chacun a une place spécifique car chaque personne est unique, avec un ton de voix ou une palette de couleur qui lui est propre. Nous avons tous du prix aux yeux de Dieu. Il nous appelle par notre propre nom. Jésus nous guide pour que nous préparions notre place au cours de notre existence. Quelle serait la place où je donnerai le meilleur de moi-même et me sentirai le plus libre ? Quelle serait la place où, en prenant la mesure de mes capacités, je pourrais servir le mieux le monde et l’Eglise ? Entendre cet appel, cette voix intérieure à engager ma vie par des petites et grandes décisions.

Puis Jésus dit : « Pour aller où je vais, vous savez le chemin ».

Mais quel chemin ? Les disciples l’ont accompagné pendant des années, mais ils ne comprennent pas. Thomas veut savoir où se trouve le chemin. Vers où se diriger ?

Jésus répond « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Jésus s’identifie au chemin qui mène vers Dieu. Jésus, le Fils unique (Jn 3,16) montre comment avancer vers Dieu, qui est amour. Et nous n’avons jamais fini d’apprendre à aimer… Nous savons bien que nous sommes parfois complices du mal et que notre cœur peut se fermer et devenir sec.

En tant que chemin, Jésus montre où se trouve la vérité, la vérité divine. Jésus nous invite à identifier et à suivre ce qu’il y a de plus vrai en nous. Jésus est la vérité.

En tant que chemin, Jésus montre où se trouve la vie, la vie qui atteint sa plénitude dans la communion avec Dieu. Si nous nous laissons transformer par les paroles et les actions de Jésus, lui qui s’est fait serviteur, la vie se déploie en nous. Elle devient plus large. Notre cœur s’élargit pour recevoir davantage la vie de l’Esprit. Jésus est la vie.

 

Mais Philippe souhaite que les indications soient plus claires, plus évidentes, sans hésitation possible. On le comprend bien. « Montre-nous le Père » dit-il.  Jésus répondit par cette phrase énigmatique « je suis dans le Père et le Père est en moi ». Comment Jésus peut-il affirmer une phrase aussi audacieuse ? Est-ce qu’il a perdu la tête ? Paradoxalement, Jésus ne peut le dire que s’il est dépouillé de lui-même, que s’il est vraiment en communion avec le Père. C’est Dieu qui s’exprime à travers lui.

Nous touchons ici au mystère de l’incarnation…., de Dieu qui s’est fait homme en Jésus.

Quand Jésus parle ou agit, c’est le Père lui-même qui parle ou agit. Les œuvres de Jésus sont les œuvres du Père.

Le Père nous est connu par le Fils. Ce qu’il y a voir en Dieu, c’est le Christ, pas plus. Tout est là, déjà donné ! Jésus est l’homme pleinement accompli. Il se reçoit totalement du Père.

C’est dans son parcours historique que Jésus manifeste la réalité de Dieu. Jésus annonce la Bonne Nouvelle. Jésus guérit, se fait proche des petits, des pauvres, des affamés (Mt 25) et donne sa vie.

Dieu n’a pas d’autres visages que celui de Jésus. C’est le figure du serviteur et l’agneau sans voix.

Non, la mort de Jésus n’est pas la fin du chemin pour les disciples, mais le dévoilement de la voie qui permet de rencontrer Dieu.

La route vers Dieu passe par la croix et l’accueil, toujours plus grand, de Dieu en nous.

Grâce à demander : celle de croire en Jésus, notre guide et ami.

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé »

Les disciples sont troublés à l’annonce de la mort de Jésus. Jésus les invite à la confiance et à renforcer leur foi. Et moi, en cette période mouvementée et incertaine, est-ce que je me tourne vers Dieu ? Lui exprimer mes joies, mes craintes, mes peines, mes demandes.

« Je pars vous préparer une place »

Cette place auprès du Père ne se fera pas sans nous. Entendre l’appel du Seigneur à creuser en soi pour trouver la place qui nous est propre. Quels pas suis-je invité à faire ?

« Je suis le chemin, la vérité, la vie »

Jésus nous montre le chemin vers qui Celui qui est à l’origine de la vie véritable. Dieu le Père n’a pas d’autres visages que celui du Christ. Se faire proche de Jésus, notre guide et ami. Me rappeler les passages de son parcours sur terre qui me rejoignent.

Quelles sont les lumières que Dieu me donne pour avancer sur la route ?

Messe du 3 mai

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 10, 1-10)

En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

Quatrième dimanche de Pâques, le dimanche « du bon pasteur ». Dans l’élan de la Résurrection, nous envisageons le Christ comme celui qui ouvre le chemin, qui nous conduit vers le repos, vers la vie, vers le champ immense de tous les possibles : avec lui pour berger, nous saurons inventer un monde vivant ; nous saurons même réparer et reconstruire le monde abîmé d’aujourd’hui…

Pourquoi donc ce dimanche du bon pasteur est-il, tous les ans, la « journée mondiale de prière pour les vocations » ? Peut-être parce qu’en marchant à la suite du bon berger, en voyant s’ouvrir avec lui le champ immense des possibles, cela éveillera en nous de grands désirs ; tout est à faire, tout est à inventer, et je sens monter en moi une énergie à dépenser, la volonté de servir. Ce monde à soigner et à construire, il lui faut des chrétiens qui s’engagent, à la suite du Christ.

Arrêtons-nous d’abord au livre des Actes des Apôtres. Au matin de Pentecôte, Pierre lance au monde la bonne nouvelle : « Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié », et les foules répondent par ces mots, les tout premiers mots adressés à l’Église : « Frères, que devons-nous faire ?» « Frères », d’abord. Les foules auraient-elles compris qu’avec le Ressuscité commence un monde de fraternité ? La fameuse fraternité à laquelle aspire l’humanité, voilà qu’en Église elle devient enfin possible. Matière à méditer… De même que la suite : « Que devons-nous faire ? » Derrière cette question, j’entends l’anxiété du monde à la dérive, les gens qui ne savent pas à quels saints se vouer. Nous sommes – n’est-ce pas vrai ? – une humanité déboussolée, épuisée de tâtonner en quête de sens, désireuse d’agir. « Que devons-nous faire ? »

Réponse de Pierre : « Recevez le baptême au nom de Jésus-Christ. » Autrement dit : plongez en Jésus-Christ, laissez-vous immerger dans sa vie, sa mort et sa résurrection. Que sa victoire ruisselle sur vous, qu’elle pénètre toutes les fibres de votre être. Et du même coup, adoptez le Christ pour Maître et Seigneur, il sera votre seul pasteur. Fiez-vous à lui, mettez en lui votre foi-confiance.

Christ-Pasteur. Rappelons-nous comment les premiers chrétiens ont représenté en images le salut promis : un berger portant sur ses épaules une brebis. Qu’est-ce que cela signifie, sinon le lien infiniment personnel et tendre qui lie le Sauveur à chacun d’entre nous ? Ce que Jésus a traversé – sa vie, sa mort et sa résurrection – il nous invite à y passer avec lui, chacun selon son histoire propre. Il est « passé par la porte », dit l’évangile, il est venu de Dieu pour passer par où chacun d’entre nous doit passer. L’image biblique du troupeau suggère la dimension collective – nous sommes un peuple en marche –, mais l’évangile apporte une nouveauté : « Ses brebis, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. » La Pâque de Jésus, son passage de la mort à la vie n’est pas seulement victoire sur la mort en soi, mais victoire pour chacun sur sa propre mort. Jésus n’a pas traversé seulement « les épreuves de la vie », au sens générique, il a porté les épreuves singulières de tout homme ; il accompagne chacun dans ses combats, dans ses quêtes, dans ses aventures particulières. Peut-être pourrai-je goûter cela dans la prière : comment le Christ me porte sur ses épaules, en même temps qu’il conduit l’humanité dans son aventure collective.

Un mot encore me retient : « Ses brebis… il les fait sortir. » Sortir ! Sûrement notre génération doit-elle entendre ce mot, quand le pape y revient avec tellement d’insistance. Dieu en a assez, répète-t-il, que nous l’enfermions dans nos schémas, dans notre perfection tournée sur soi, il veut nous emmener au large, toujours plus loin. Il est prêt à nous conduire sur des chemins nouveaux, à la rencontre des autres. Il nous appelle depuis les périphéries. Tel est le style du pape François, un peu rude quand il fustige nos peurs, ou nos scléroses mentales et religieuses (des « âmes habituées », dirait Péguy). Mais pour être évangélique le pape ne dit pas que cela. Sortir ne suffit pas.  « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer, il pourra sortir et trouver un pâturage. » Entrer et sortir ; il s’agit en somme d’aller et de venir. La vie chrétienne sera d’autant plus ouverte au monde qu’elle sera une vie intérieure. Le bonheur du pâturage nous attend au-dehors, dans la rencontre fraternelle, mais ce bonheur exige une rentrée en soi-même avec le Christ. Prier, s’immerger dans les évangiles, former et écouter sa conscience, parler vrai, rejoindre la communauté ; il faut tout cela pour espérer « sortir » et bâtir une humanité fraternelle. Il faut tout cela pour que naisse en chacun un désir, un appel, une « vocation ».

Demander une grâce. Par exemple : « Seigneur, je désire te connaître plus intimement pour t’aimer et te suivre davantage ».

1.« Frères, que devons-nous faire ? » J’entends ces mots, lourds de désir. Je regarde notre humanité, celle de toujours et celle d’aujourd’hui (contexte tellement inédit et difficile) : je présente au Ressuscité nos efforts désemparés, notre énergie d’inventivité. J’appelle l’Esprit sur le monde.

2.« Ses brebis, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. » Je me laisse appeler. Je m’offre à la tendresse du Christ. J’entends son invitation à « sortir » : vers où ? vers qui ? Je pèse ma vocation de chrétien, audacieusement.

3.« Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé… » Je prie pour les catéchumènes dont le baptême viendra sans tarder. Et pour moi, quelle conversion ?

En conclusion, je peux parler au Seigneur, et peut-être terminer par une prière d’invocation à l’Esprit (Viens, Esprit Saint : prière du jour de Pentecôte).

Messe du 26 avril

Les Pèlerins d’Emmaüs, Arcabas

Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc (Lc 24, 13-35)

Lire ce passage comme si j’étais ce compagnon inconnu de Cléophas, marchant à ses côtés, quittant Jérusalem pour reprendre la vie d’avant, comme si de rien n’était.

Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.

Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »

Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »

À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

Chers amis,

Voici une page d’évangile bien connue. Elle fait partie des best-sellers des récits même si elle n’apparaît que dans l’Évangile selon saint Luc et est mentionnée dans un verset en Marc 16.
Best-seller car c’est un récit bien organisé, avec une intrigue, des moments presque comiques (enfin un comique évangélique) et un dénouement heureux. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux peintres et artistes aient choisi ce thème, en passant par Rembrandt, Le Caravage, Maurice Denis ou Arcabas pour ne citer que quelques-uns.

Je vous propose donc 5 points d’attention pour nous permettre de mieux méditer ce passage biblique : l’aveuglement, le chemin de la compréhension, le lien entre les écritures et l’eucharistie, les effets de la rencontre du Christ et enfin la manière de faire de Jésus.

Il y a tout d’abord un thème qui traverse passage, qui est celui de l’aveuglement ou de la cécité. C’est d’abord à cet inconnu qui rejoint les deux hommes en marche, qu’est reproché ironiquement de ne rien savoir de ce qui s’est passé à Jérusalem qu’il vient de quitter. Cet aveuglement est ensuite reproché aux grands prêtres et aux chefs des juifs qui n’ont pas reconnu la grandeur de « ce prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple ». Enfin, tout se retourne quand c’est justement cet inconnu qui semble ne rien savoir qui reproche à son tour aux pèlerins d’être des « Esprits sans intelligence » et dont le « cœur est lent à croire… ». En y regardant bien, on peut en effet remarquer leur présentation tronquée de la vie de Jésus, dans laquelle la résurrection est absente malgré les témoignages des femmes qui rapportent que « des anges, […] disaient qu’il est vivant ».

⇒ Premier enseignement : ne pas trop vite juger. Dans la méditation de la parole de Dieu, chaque mot a son poids, a son importance et peut faire grandir ma foi et surtout me faire sortir d’une cécité ou d’un aveuglement qui croit tout savoir…

Un second thème pour aborder ce passage si riche est celui de voir ou de comprendre. Il est intéressant de souligner que Jésus ne reproche pas aux pèlerins, et à chacun d’entre nous en fait, de ne pas le reconnaître, alors que ce sont des proches des apôtres et donc sans doute de Jésus. Jésus ne se met pas au centre. Il met au centre la puissance du témoignage : témoignage des écritures et particulièrement des prophètes. Ce reproche nous est peut-être adressé : Vous connaissez les écritures, vous avez fréquenté le Christ, vous ne le reconnaissez pas quand il vous rejoint sur les chemins de vos vies, au cœur de vos déroutes, de vos égarements loin de lui, loin de ses promesses.

⇒ Deuxième enseignement : user de son intelligence pour comprendre les écritures à la lumière du Christ et saisir ainsi la manière dont il me rejoint.

Un troisième thème nous est plus familier peut-être car il est clairement intégré dans chacune de nos eucharisties : L’interprétation des écritures est comme une amorce pour reconnaître et accueillir pleinement Jésus, notamment dans le repas Eucharistique. D’ailleurs ce repas est dirigé par Jésus comme un maître, rappelant étrangement d’autres repas comme la Cène, les multiplications des pains ou encore l’apparition au bord du lac. Jésus prend le pain, le bénit, le rompt et leur donne. Grace à l’enseignement de Jésus, un enseignement qui chauffe le cœur, – qui le prépare comme les mains du potier préparent la glaise en la travaillant, la rendant souple, – grâce à cet enseignement donc, leurs cœurs et leurs yeux s’ouvrent leur permettant de devenir à leur tour témoins, pèlerins missionnaires, auprès des Apôtres.

⇒ Troisième enseignement : la découverte du Christ ne peut se passer de la méditation des écritures. Ce lent exercice est un travail qui nous prépare constamment à reconnaître le Christ nous envoyant en mission au cœur de nos vies.

Un quatrième aspect de ce passage est la conséquence de la reconnaissance de cette manifestation de Jésus. Tout d’abord leurs yeux s’ouvrent, yeux physiques peut-être mais surtout yeux du cœur. Nourrie des écritures et du corps du Christ, notre vie ne peut plus être comme avant. Elle tend à vivre en harmonie avec un cœur plus large encore, celui du Christ. Les effets sont immédiats : ils ne restent pas en extase, mais au contraire osent affronter la nuit, osent retourner sur les lieux de leurs désespoirs, Jérusalem, osent traverser la peur pour rejoindre l’Église naissante.

⇒ Quatrième enseignement : uni au Christ, les ténèbres, l’obscurité ne sont plus des obstacles. La présence du ressuscité est toujours là, boussole à mes côtés, lampe sur mes pas.

Enfin pour terminer, je vous propose de contempler la manière de faire de Jésus. Il se fait proche, il s’approche, propose sa présence, mais ne s’impose pas d’autorité. Il n’aborde pas les deux hommes par le haut, mais là où ils en sont, au cœur de leurs questions, de leurs désolations peut-être. Il les laisse parler jusqu’au bout. A chaque fois il demande, ne s’impose pas : « de quoi parliez-vous en route ? » et plus loin, alors qu’ils s’approchent d’une auberge « Il fit semblant d’aller plus loin. »

⇒ Cinquième et dernier enseignement : Notre Dieu ne s’impose pas, alors pourquoi l’imposer ? Notre Dieu se propose, alors qu’attendons-nous pour le proposer à notre tour ? Peut-être de mieux le connaître à travers la méditation des écritures. Peut-être à user davantage de son intelligence pour s’en nourrir. Sans doute en acceptant le temps de Dieu, qui est un temps long. Sans doute en mettant sa confiance en lui seul. Il a traversé la mort et sera toujours là pour marcher à nos côtés dans nos obscurités, espérant faire de nous des témoins de son amour, des pèlerins-missionnaires.

1. Faire mémoire du récit évangélique : voir le chemin, écouter les échanges, voir s’approcher un inconnu, lui exposer le désarroi de la mort du Christ, un homme puissant en parole et en actes. Écouter cette grande fresque qui conduit à Jésus, partager le pain et reconnaître le ressuscité.

2. On découvre que les pèlerins sont incapables de reconnaître Jésus qui marche à leurs côtés. Qu’est ce qui les en empêche ? Qu’est-ce qui m’empêche à mon tour de voir Jésus présent au cœur de mon quotidien ?

3. Les pèlerins d’Emmaüs font l’expérience d’un cœur tout brûlant alors qu’ils marchaient auprès de Jésus et se laissaient enseigner. Un instant je fais mémoire de ces moments où j’ai senti intensément la présence de Jésus. Cela s’est peut-être révélé après coup. J’en rends grâce.

Messe du 19 avril

L’Incrédulité de saint Thomas, Le Caravage

Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean (Jn 20, 19-31)

C’était après la mort de Jésus.  Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! ». Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.  Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. ». Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Cette page de l’Evangile de Jean nous aide à mieux comprendre ce que peut représenter la résurrection du Christ pour nous. Les disciples, eux, ils ont fait l’expérience de la présence du Christ, de manière extrêmement claire et nette, après sa mort. Mais qu’est-ce que ça nous dit nous, comment ça nous rejoint aujourd’hui ? Regardons ce qui se passe.

On peut imaginer les disciples dans cette pièce aux portes verrouillées. Ils ont peur. Celui qu’ils suivaient a été arrêté et condamné ; il est tout naturel qu’ils se demandent : ne va-t-on pas maintenant s’en prendre à nous ? Pourtant ils restent ensemble. Ils ne s’enfuient pas chacun de leur côté, comme s’ils attendaient quelque chose, même si c’est confusément.

Et à un moment donné, ils font l’expérience, claire, forte, certaine, de la présence du Christ au milieu d’eux. Quelque chose d’irrésistible. Je crois qu’on peut leur faire confiance qu’ils ont effectivement fait cette expérience, avec cette force-là.

Quelle est leur réaction ? Peut-être sont-ils traversés par un sentiment mêlé : une immense surprise, une grande joie, mais peut-être aussi une vague crainte : après tout, ils ont tous abandonné Jésus. Pierre, même, a déclaré haut et fort, à un moment, qu’il n’avait rien à voir avec lui. Au moment de sa mort, il n’y avait presque plus personne auprès de Jésus. Face à lui, on peut penser qu’ils ne sont quand même pas très fiers. Ne va-t-il pas leur demander compte de leur attitude ?

Mais Jésus déclare d’emblée : « la paix soit avec vous ! ». Voilà quelque chose qui est donné sans condition préalable. La paix, n’est-ce pas ce qu’il a voulu leur communiquer depuis le commencement ? N’est-ce pas ce qu’il a cherché sans cesse à partager à tous ceux qu’il a rencontrés ? La paix, c’est quand les nœuds qui au fond de nous, qui nous font mal et nous contraignent, sont dénoués, tout ce qui reste noué, non réconcilié, douloureux. En les rappelant à cette paix, Jésus leur dit que pour eux, tout recommence, et comme au jour de leur naissance, la vie leur est donnée à nouveau, sans ces nœuds qui sont venus la blesser.

Or, en même temps, il leur montre ses mains et son côté. Vous imaginez ? Vous avez envie de voir, de regarder ces mains suppliciées, cette plaie béante ? Vous y voyez quoi ? quelque chose d’horrible, les traces toutes fraîches d’une violence qui s’est déchaînée et qui est allé au bout d’elle-même.

C’est cela qui est stupéfiant : Jésus annonce tout de suite la paix, puis rappelle de la manière la plus crue la réalité qu’il a subie.

Et cette violence, ce n’est pas seulement celle des romains et des juifs adversaires de Jésus. C’est la violence de l’humanité. C’est notre violence. C’est nous qui sommes capables de telles plaies ; nous, collectivement, comme humanité. Et aujourd’hui, à cette heure même, certains hommes, certaines femmes, quelque part dans le monde, dans des salles de torture sordides subissent des choses tout aussi atroces que ce que Jésus a subi. Et nous faisons partie de cette humanité. Et par nos complicités microscopiques, ou plus grandes, nous participons à cette violence.

Le ressuscité nous délivre de cela : il nous donne sa paix, et en nous délivrant de tout ce qui reste noué en nous, il nous libère aussi de notre violence.

Et vous avez remarqué ? dans la suite du texte, ça va très vite : ceux qui ont fait cette expérience d’être guéris intérieurement du mal, ils ne peuvent que le partager. Et le partager c’est quoi ? C’est d’abord remettre les péchés.

Voilà : je ne commente pas plus ce texte, notamment le 2e épisode avec Thomas, notre frère jumeau. Simplement je vous propose de voir comment la résurrection nous met au travail à l’intérieur : ce n’est pas seulement la bonne nouvelle d’un mort qui est toujours vivant ; c’est la bonne nouvelle que ce mal qui avait noué des choses en nous, qui parfois nous rend violent, est défait. La voie est libre pour vivre, pour vivre de cette guérison, pour pardonner à notre tour.

Je peux demander au Seigneur pour ce temps de prière, de mieux saisir ce que la résurrection du Christ me dit, à moi personnellement.

1. « Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient car ils avaient peur des juifs ». Regarder les disciples, enfermés et en proie à la peur. Sentir ce qui peut les habiter à ce moment-là : comment se sentent-ils ?

2. Regarder Jésus qui est là au milieu d’eux. Comment vous le représentez-vous ? Quelle est son attitude ? Ecouter ses premiers mots : « La paix soit avec vous !»

3.  Jésus leur montre ses mains et son côté : quel effet cela fait-il aux disciples ? Comment les imaginez-vous à ce moment-là ?

Messe du 12 avril – Dimanche de Pâques

Tableau Arcabas - Tombeau vide et ange

Arcabas, Ange et tombeau vide

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Messe du 05 avril – Dimanche des Rameaux et de la Passion

Rameaux - Entrée à Jérusalem - Arcabas

“Entrée à Jérusalem” – Arcabas vers 1980 huile sur toile

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Messe du 29 mars

Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean (Jn 11, 3-7.17.20-27.33b-45)   (la version brève)

En ce temps-là, Marthe et Marie,  les deux sœurs de Lazare, envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »

En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »

Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.

Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »

À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.

Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »

Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »

Marthe reprit :  Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection au dernier jour. »

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? »

Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »

Alors Jésus se mit à pleurer.

Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »

Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.

Jésus dit : « Enlevez la pierre. »

Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. »

Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »

On enleva donc la pierre.

Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.

Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »

Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »

Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire.

Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

Ce passage d’Évangile nous rejoint particulièrement pour deux raisons : Jésus est auprès de ses proches dans un temps d’épreuve et il est question de vie et de mort. Suivons de plus près Jésus…

D’abord, reconnaissons que Jésus est comme nous, il a de très bons amis. Saint Jean dit qu’il aimait (du mot grec agape) Marthe, Marie et Lazare. Marthe et Marie sont présentes chez saint Luc dans un récit bien connu (Luc 10) et plus tard chez saint Jean, où Marie versa un parfum d’un grand prix sur les pieds de Jésus. L’amitié est un moteur dans notre existence. La valeur de la vie est dans la qualité des liens que nous tissons.

Jésus est comme nous. Il éprouve aussi des émotions. Il pleure la mort son ami. Pourquoi pleure-t-il alors qu’il sait que Lazare sera ressuscité ? La disparition de son ami l’émeut, comme tout un chacun. La mort d’un proche est et sera toujours difficile à vivre. On se sent fragile, triste, démuni et parfois désemparé. Cela fait partie de la réalité humaine. Jésus l’a vécu, comme nous. La foi n’est pas un antalgique (un opium !) ou un artifice destiné à occulter les angoisses. La foi est adhésion à Jésus, qui a aussi connu la souffrance et la mort. Dieu n’est pas indifférent à la douleur des hommes. Jésus n’a pas cherché à cacher son émotion. Car si l’émotion peut nous surprendre, nous dérouter, elle est impulsion de la vie qui nous déborde. Nous pouvons contempler Jésus, qui laisse s’exprimer ses émotions.

Mais si Jésus aimait Lazare et ses sœurs, pourquoi avoir attendu deux jours avant de se déplacer ? Parce que chaque acte de Jésus a son heure. Il n’est pas soumis aux contingences du monde ou aux désirs des hommes, mais il est obéissant à la volonté du Père.

Jésus est fidèle au Père. Il est fidèle à ce qu’il y a de plus vrai au fond de lui. Il ne cherche pas à plaire aux autres, ou son bien-être personnel. Etre disciple de Jésus, c’est écouter ce que nous invite le Seigneur au plus profond et s’engager pleinement, avec ce qu’on est, pour accomplir ce qui nous semble important et juste.

Alors Jésus se dirige vers Béthanie, qui se trouve à 3 km de Jérusalem. Il sait qu’il va vers un lieu hostile et dangereux. D’ailleurs, après notre récit, des chefs juifs décideront sa mort. Jésus marche vers la mort pour donner la vie. La croix est en toile de fond de notre passage. La grotte fermée par une pierre, par exemple, anticipe la sépulture de Jésus.

Le retour à la vie de Lazare est le 7ème et dernier signe accompli par Jésus dans l’Evangile de saint Jean. C’est le plus grand : redonner vie à un corps qui commence à se putréfier.

Un signe désigne une réalité plus ample. Que souhaite nous faire comprendre ici Jésus ? Il nous révèle que Dieu est maitre de la vie. Jésus dit qu’il est « la résurrection et la vie » (v. 25). Dieu donne la vie en plénitude, dès maintenant, à condition de le laisser agir en nous. Il offre une vie large,. La mort physique ne peut pas nous éloigner de la communion avec Dieu. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, dit saint Paul (Rm 8,38-39). Le récit nous enseigne aussi autre chose : si nous croyons que Jésus est l’envoyé de Dieu, alors nous verrons la gloire de Dieu. Dit autrement, croire en Jésus permet de reconnaitre Dieu pour ce qu’il est : Il est tout amour ! La joie, l’espérance et l’amour sont plus grands que l’isolement, la fermeture et la fin de tout. Nous aimant sans mesure jusqu’à se faire homme, Dieu ne cesse de nous inviter à dire OUI à une vie authentique, pleine et solidaire. Croire pour voir… Le croyant voit autrement.

Demandons au Seigneur d’augmenter en nous la foi. Si on accueille l’Esprit de Dieu en nous, notre vie a plus de couleurs et de profondeur.

Entendons son appel à la communion, à la vie et à l’espérance.

Une demande de grâce : «  Seigneur, augmente en moi ma foi, car c’est toi qui m’offres la vraie vie »

« Celui que tu aimes est malade »

Entrer dans les sentiments de Jésus. Il a de l’amitié pour Marthe, Marie et Lazare. Ses amitiés l’ont construit et fortifié. Aimer, c’est aussi accepter d’être touché et vulnérable. Voir Jésus s’émouvoir et pleurer. Rendre grâce au Seigneur pour les amitiés qui me sont offertes. Ce sont des cadeaux de Dieu.

Dans le moment d’épreuve que nous traversons, exprimer mes sentiments à Dieu.

« Il demeura encore deux jours à cet endroit »

Jésus reste libre dans ses amitiés. Il est fidèle au Père. Regarder Jésus poursuivre sa mission, dans la confiance. Il désire être à sa juste place. A quoi le Seigneur m’appelle-il à vivre pour ces prochains jours ? Lui demander la grâce de mieux l’écouter et d’agir avec lui, même dans de petites choses.

« Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu »

La foi en Jésus permet de voir Dieu tel qu’il est : non pas un juge impassible, mais un être qui est tout amour et qui nous invite à le rejoindre. Demander à Dieu de faire grandir ma foi. Reconnaître dans ma vie des moments de grâce, où je me sens pleinement dans le présent et aussi comme rattaché à l’éternité. Remercier le Seigneur pour ces temps de paix et de joie profonde.

Messe du 22 mars

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 9, 1.6-9.13-17.34-38) (version brève)

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.

Je vous propose d’entendre ce récit de la guérison de l’aveugle né comme quelque chose qui nous est dit, de la part de l’Evangéliste Jean, sur ce qu’est être croyant, être témoin du Christ.

C’est un long récit. Et il faut sans doute cette longueur pour nous faire entrer dans l’itinéraire de cet homme, qui est celui du croyant. Regardons ce qui lui arrive :

Tout d’abord, il vit quelque chose de bouleversant. Alors qu’apparemment, il n’a rien demandé, Jésus s’approche de lui, lui applique de la boue sur ses yeux, et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Et le texte dit : « à son retour, il voyait ». On peut imaginer ce que cela représente pour cet homme : le monde se dévoile pour lui, avec ses couleurs, ses lignes et ses formes. C’est pour lui sans doute une naissance, un tout nouveau rapport au monde. Et cela, grâce à cet homme qui l’a guéri, dont il ne sait pas grand-chose. Il est tout à fait possible que les uns et les autres, nous ayons vécu quelque chose de semblable dans notre itinéraire de croyant : à un moment, un événement qui nous a fait voir toutes choses un peu autrement, dans une autre lumière, où nous pouvons reconnaître l’œuvre de Dieu, le don de Dieu.

Mais cela n’est qu’une première étape : car la suite du récit montre comment cet homme est aux prises avec des autorités qui acceptent très mal ce qui lui est arrivé, et se refusent à tout prix à voir en Jésus quelqu’un qui fait du bien. Observez ce qui se passe : au début l’homme répond aux questions en rapportant ce qui lui est arrivé. C’est de l’ordre du compte-rendu. Mais au fur et à mesure qu’on le tarabuste, il s’enhardit ; il répond avec de plus en plus de force. Sa première parole engagée, c’est quand il se prononce sur Jésus. Il dit alors simplement « c’est un prophète ». Mais ensuite, il prend de plus en plus d’assurance. Il se met par exemple à interroger ses interrogateurs, à leur renvoyer leurs questions : « Je vous l’ai dit et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? ». Et finalement, il met en cause leur autorité : « voilà ce qui est étonnant ! vous ne savez pas d’où il est et pourtant il m’a ouvert les yeux. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». L’itinéraire que fait cet homme est très étonnant. Lui qui n’était qu’un mendiant, lui qui était considéré comme étant dans le péché depuis sa naissance – comme le diront ceux qui l’interrogent, à la fin – eh bien c’est lui qui en remontre aux autorités. Cela annonce l’audace des témoins du Christ, qui retentira tout au long de l’histoire, et qui sera d’autant plus impressionnante qu’elle concerne des personnes au départ très modestes.

Cela nous dit quelque chose sur ce qu’est être croyant. Ce n’est pas d’abord afficher des convictions de foi : cet homme ne récite pas un credo. Il dit simplement ce qui lui est arrivé. Comment il est aujourd’hui une créature nouvelle à cause de cela.

Parfois nous nous interrogeons : comment partager notre foi à ceux qui nous entourent ? Eh bien voilà une manière de faire qui ne consiste pas à dire ce en quoi on croit, mais ce qui nous est arrivé. Et cela, sans doute, ça intéresse beaucoup vos proches et vos amis.

La dernière chose que je voudrais dire s’appuie sur la finale du récit : ce que Jésus reproche, finalement, à ses détracteurs, ce n’est pas d’être aveugle ; c’est de dire « nous voyons » ; autrement dit, de nier leur aveuglement. Cela aussi nous dit quelque chose de précieux sur l’expérience du croyant : le croyant reste, le plus souvent un homme tout à fait imparfait ; que ce soit à cause de son péché, ou de ses limites. Mais nous sommes invités à un autre rapport avec toute cette part de nous-mêmes que, souvent, nous n’aimons pas, que nous aimerions voir disparaître ; tout ce que nous trouvons mal fichu en nous, et parfois même inacceptable. Or Jésus n’exige pas du tout que cela disparaisse. Simplement, il nous invite à nous rapporter autrement à cette part de nous qui est en souffrance. Et à la considérer comme ce qui, en nous, appelle Dieu. Et ce qui en nous appelle Dieu, c’est peut-être ce qu’il y a de plus vrai, de plus juste en nous. Grâce à cela, nous cessons de nous représenter comme des êtres autosuffisants, mais nous reconnaissons une source à notre vie, quelqu’un qui nous a porté à l’existence, et en qui nous trouverons notre perfection.

Une demande de grâce : « Seigneur que grandisse en moi l’audace du croyant »

1) Rester sur ce qui arrive à cet homme au début du récit : Jésus lui a mis de la boue sur les yeux, il est allé à la piscine de Siloé, il s’y est lavé, et quand il est revenu, il voyait. Reprendre ces différents moments un par un ; et sentir intérieurement ce que cet aveugle a pu éprouver.

2) Regarder ce qui se passe dans les échanges qu’il a avec les autorités religieuses. Dans quelle disposition est-il alors qu’on l’interroge ? Comment répond-il aux questions qu’on lui pose ?

3) Que se passe-t-il quand Jésus retrouve l’aveugle guéri ? Comment voyez-vous cette rencontre ? Qu’éprouve l’aveugle en face de Jésus ?

Messe du 15 mars

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean, ch. 4 (version brève)

En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »

En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ?  Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. Je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.  Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » […]

Laissant là sa cruche, elle revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville et ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Page superbe. De toutes les rencontres de Jésus, celle-ci semble avoir été l’une des plus heureuses et réussies. Un homme, une femme étaient arrivés l’un et l’autre au puits, sous le soleil de midi. Au terme, la femme laissera là sa cruche vide et ni l’un ni l’autre n’auront rien bu. Nous sommes passés d’une soif à une autre. Nous sommes passés de la fatigue du chemin à la joie contagieuse.

Regardons cette femme de Samarie. Cinq maris, et un sixième qui n’est même plus un mari : mais que cherche-t-elle, cette femme ? Que cherche-t-elle, sinon vivre et aimer ? Au fond, que cher­chons-nous tous, hommes et femmes fatigués par la route ? De l’eau en abondance, pour ne plus retourner sans cesse au puits. L’amour, un amour enfin abouti. Oui, mais encore ? Cela suffit-il à dire le fond du désir de l’homme ? La femme de Samarie n’a pas su encore formuler et engager le fond de son désir. Dans notre prière, commençons donc par là : en regardant la multitude humaine en quête de vie, en quête d’amour ; et en posant un regard sur nous-mêmes. À quoi est-ce que j’as­pire ? Quels sont mes manques essentiels, ceux que Dieu seul pour­rait combler ?

Car le fond du désir de l’homme, celui qui va réjouir enfin la Samari­taine et la lancer dans une joie contagieuse, le voilà : il semble que ce soit Dieu. Vous pourrez relire soigneusement cette étonnante conversation, voir comment la femme progresse dans l’identifi­cation de Jésus, en même temps qu’elle se découvre elle-même. Jésus est désigné d’abord comme « juif », puis il devient « Seigneur »« plus grand que notre père Jacob »« prophète »« Christ » ; et l’on ajoutera à la fin qu’il est « Sauveur du monde ». Nulle part ailleurs Jésus n’ira aussi loin dans la révélation explicite de son identité : « Je le suis, moi qui te parle ». Jésus révèle son identité en même temps qu’il conduit la femme à découvrir la sienne propre, là où se manifeste sa peine à vivre, son immense désir insatisfait. Alors la femme pose sa dernière ques­tion : Dieu. Où trouve-t-on Dieu ? Faut-il l’adorer ici plutôt que là ? C’est l’ultime façon de demander : Où trouver l’eau de la vie ? Conduite par Jésus jusqu’à son cœur, là où elle voudrait vivre et déborder de vie, la Samaritaine dit : je désire adorer enfin le Dieu de vérité.

Dans notre prière nous pourrons demander à Jésus qu’il nous révèle le visage de Dieu.

Où habite-t-il, Dieu ? Jésus répond : Dieu t’attend dans ton cœur, c’est là qu’il se propose d’habiter. Tu seras juif ou samaritain, tu seras mu­sulman ou chrétien, tu seras celui qui croit au ciel ou celui qui n’y croit pas : sache que Dieu t’attend pour faire jaillir en toi la vie. Aussi dur que soit ton cœur, il ne sera pas plus dur qu’un rocher au désert, et Dieu en fera « une source jaillissante pour la vie éternelle ». À quelle condition ? Pourvu que tu vives « en esprit et vérité ». Juif ou Samaritain, qui que tu sois, tu goûteras à la vie éter­nelle dès lors qu’au plus intime de toi-même, là où réside ta vérité connue de Dieu seul, tu seras accordé au souffle de l’Esprit. Tu diras oui à la vie, tu diras non au mensonge, et une joie nouvelle t’envahira. Un élan joyeux t’emportera vers tes frères, et eux seront à leur tour remplis de joie.

Dans notre prière, nous pourrons finalement regarder cette femme toute joyeuse, qui laisse là sa cruche vide. Cela me suggère qu’il me faudra peut-être laisser quelque chose derrière moi, rompre avec du passé, oser faire toutes choses nouvelles. Seigneur Jésus, permets que je te rencontre au bord du puits, et viens me lancer dans la vie !

Demande de grâce. « Seigneur, donne-moi de cette eau… »

Arrive une femme de Samarie. Regarder cette femme : lasse de venir puiser, insatisfaite en amour, inquiète de savoir où l’on doit prier Dieu. Elle nous ressemble. Regarder notre humanité, fatiguée, avec ses amours tâtonnants, ses faux dieux, sa quête… Prier pour l’humanité (quelques visages concrets ?). Me pré­senter moi-même devant Jésus, tel que je suis.

« Je le suis, moi qui te parle. » Au terme de la rencontre, Jésus dévoile son identité. Écouter la force des mots. Peut-être Jésus a-t-il quelque chose à me dire ce soir, sur moi, sur lui. Réfléchir.

Laissant là sa cruche, elle revint à la ville… Considérer la joie de la femme, son élan qui va être contagieux. Quels sont les élans qui me portent ? N’y a-t-il pas quelque chose à « laisser là », afin de me lancer dans la vie ?

Pour conclure, parler au Seigneur. On pourra lui confier les catéchu­mènes qui seront baptisés à Pâques, plongés dans l’eau vive.